‹ Œvres complètes de François Arago (volume 2)Chapitre 16 sur 61 · ROI D'ESPAGNE · texte numérisé non relu

ROI D'ESPAGNE

Alphonse X, dit l'Astronome, dit le Sage, roi de Castaie, naquit en 1226. Il succéda à son père Saint-Ferdinand, à l'âge de trente-un ans.

Son règne fut des plus malheureux ; il eut souvent à combattre ses propres sujets et même les membres de sa famille. 11 mourut à Séville le 21 août 1284, après avoir été détrôné par son fils Don Sanche. Il avait eu le tort, quelque temps auparavant, de s'allier au roi de Maroc * de favoriser conséquemment les entreprises des Maures sw la Péninsule.

Le roi Alphonse ne prend place dans cette coltectioa dfe biographies qiu'à raison de son dévouement à l'astromx&ie» IL réunit fc Tolède les astronomes les plus^élètoea de son temps, chrétiens, juiis. et maurea, et les chargea de rectifier les taMes astronomiques, asalw, qui Lui fie»blaient manquer d'exactitude.

On a prétendu, que le résultat de ce travail, , corooa sous le nom <te Tables cdphon&ims^ lui coûta &ft,Q0O ducats

Les collaborateurs, d'Alphonse ne se distinguèrent par aucune idée capitale ou digue de remarque ;, ils suivirent de point en point le système: de Ftolémée.,, et leurs tabla» diffèrent seulement des précédentes par une. aiûéiioraiioa sensible des mouvements du Soleil, et de la longueur da L'année,

On raoonteqfie le roi Alphonse,, fatigjrè de cette cornplication de cercles et d'épicycles qui figuraient dans le& conceptions de Ptolémée, s'écria : « Si Dieu m'eût consulté au moment de la création, je lui eusse donné de bons avis. » Ces paroles, dans lesquelles on ne devait voir qu'une critique un peu vive de l'œuvre imaginaire de l'astronome grec* taxées d!unpiété,. ne furent peut-être pas sans influence sur les catastrophes qui manquèrent lwdernières années de la vie d'Alphonse.

Il parait que malgré sa juste appréciation, du système astronomique alors^en vogue* Alphonse,.à d'autae* égards* était imbu des préjugés de son époque et qu'il, croyait fermement à. l'astrologie judiciaire..

L'historien commettrait une injustice s'il ne disait que non content d'avoir voulu fixer les principes auxquels, les astres sont soumis dans leurs mouvements, Alphonse dota

RtQIOMONTANUS, 47*

ses peuples <Fu* rocuetf cité encore de nos jours softs le mm de las Partidas , et renfonça»! f ensemble des toi» auxquelles on devait obéissance.

Les Tabie* alpkormnes parurent en 1SM>2* le jour mène ou Alphonse succéda à son père» Elles furent imprimées pour 1* preapaièirs fois & Venise, en U8&

RÉGIOMONTANUS

Jean JLégioQûoataau^, dont le véritable nom était Mu!ter, naquit le 6 juirç 1436, dans le village d'Unfind, près deKœnigsberg, duché de Saxe-Hilburghausen,, dépendant delà Françoise. 11 mourqt à Rome, le 6 juillet 1&76, les m disent de la peste ; suivant les autres» et cette opinion «t la plus accréditée, il tomb* victime d'up gueWapens 9» hd tçpdfrept les enffoits (te Geoi^es de Trébisonda pour avoir relevé les fautes que leur père avait faites. dan* sa traduction de Ptpléjtyée.

L'histoire littéraire a enregistré les npmbreuses critiques acerbes qui se sont élevées en divers temps entre de& faudite; le trait que Ton vient de citer est peut-être Tunique exeipple d'un aseasshwt ayant pour cause dea btrUarismes ou des solécismes signalés dans une tra^

Ou doit à Régionwnteiitts un grand nombre d\>uvragea et d'opuscules dans lesquels U s'qcç»pe des problème* les. plus variés de l'astronomie. L'indication des méthodes qu'il a mises en pratique n'aurait aujourd'hui aucun intérêt. Ses observations sont peu nombreuses et ne condui-

472 RÉGIOMONTANUS.

sent à aucune découverte. Si, comme on l'a prétendu, Régiomontanus fut le plus célèbre astronome de son temps, cela ne fait pas l'éloge de ses contemporains.

Régiomontanus, non-seulement croyait à l'astrologie, mais il déclara sa croyance publiquement à Bologne dans un de ses ouvrages, et il n'hésitait pas à dire qu'il travaillait pour les « amateurs de son art ». Dans ses Éphéméride* de 1499, on le voit rechercher quels sont les aspects de la Lune les plus favorables à la saignée, et sur quelles parties du corps humain les divers signes du zodiaque influent plus spécialement. Ces traits de crédulité sont un nouvel exemple de la lenteur avec laquelle l'esprit humain se débarrasse des plus absurdes préjugés.

En astronomie proprement dite , on doit à Régiomon- . tanus la remarque très-fondée que, si le système de Ptolémée sur les parallaxes de la Lune était exact, le diamètre de cet astre serait quelquefois double de celui qu'on observe.

Régiomontanus avait été appelé à Rome par Sixte IV, qui désirait déjà le consulter sur la réforme du calendrier. II disait, dans un ouvrage qui n'a été publié qu'après sa mort : « Il est temps de nous mettre à l'abri des reproches et des plaisanteries des Juifs à l'occasion de l'anticipation des équinoxes et des désordres qui en résultent dans la célébration de la Pâque. » Ainsi la puissance des plaisanteries était déjà reconnue vers la fin du xve siècle par les plus graves personnages.

Nicolas Copernic (Kopernik) naquit à Thorn, alors capitale de la Prusse polonaise, le 12 février 1473 4.

Parmi les biographes de l'illustre astronome, il en est qui le font descendre d'un Polonais appartenant à la noblesse. D'autres assurent que le père de Copernic était serf. Au temps où nous vivons, ces opinions contradictoires méritent à peine d'être discutées : la noblesse, dans le sens philosophique de ce mot, est purement personnelle ; aux yeux de la raison, tout homme, quelle que soit son extraction, est noble, s'il a de nobles sentiments, s'il se distingue par de nobles actions, s'il a des vertus et en Hait un noble emploi. Les qualités de l'esprit ne suffisent pas pour conférer la noblesse : l'âme et le cœur décident toujours la question.

L De vives discussions se sont élevées sur la question de savoir a Copernic doit être considéré comme Allemand ou comme Polonais. On ne sera pas fâché de trouver ici une note que le général Bem, illustré par la campagne de Hongrie, m'avait remise à ce «jet, lorsqu'il suivit mes Cours publics d'astronomie à l'Observatoire de Paris :

« Vers la fin du xvin* siècle, lors du démembrement de la Pologne, Thorn et Frauenburg tombèrent avec toute la Prusse polonaise, dite royale, au pouvoir des margraves de Brandenburg, qui depuis 1525 tenaient de la couronne de Pologne, comme fief, une partie de la Prusse dite ducale, et qui finirent par prendre le titre de rois de Prusse. Ce passage de la Prusse, province polonaise, sous la domination d'une maison allemande (de 1772 à 1795), fit croire à quelques écrivains modernes ignorants que Copernic était Allemand. »

Yoici ce que je trouve dans une biographie très-détaillée et trèsi&téressante de Copernic, publiée à Paris en 1847, par M. Jean Canski. « En i4M9 les provinces dites Prusse royale, ou Prusse polo-

En point de fait, la filiation, jadis obscure de Copernic, est depuis quelque temps parfaitement éclaircie.

Le grand-père de l'auteur des Révolutions célestes, né en Bohême, alla s'établir à Gracovie et y actpat le droit de bourgeoisie; il faisait le commerce. Ses enfants s'»struisirent dans les écoles dé oette ville. Un d'eux (il avait pris l'état de boulanger) épousa à Thorn, depuis dix ans réincorporé à la Pologne (1464), Barbe Waseelrode* soeur de Pévêque de Warmie. Copernic fat le seul fruit de cette union.

Gopemic, encore enfant, apprit les langues anciennes dans la petite école Saint-Jean à Thonu À dix-huit ans* son onele l'envoya à l'université de Gracovie. 11 s'y livra d'abord avec Une ardeur extrême à l'étude de la philosophie et de la médecine ; mais le hasard le conduisit aux leçons d'Albert Bradzewski, professeur d'astronomie, et lui révéla sa véritable vocatioà.

Il cultiva à la même époque l'art de la peinture, dans lequel il fit des progrès remarquables, A vingWrois ans

naise, furent de nouveau réunies à la Pologne par un acte authentique. » Plus loin M. Cainski proteste avec une grande vivacité contre la place qu'on a assignée à Copernic parmi les illustrations allemandes dans le temple de Walhala, pi*ès de Munich. U ajoute enfin, comme preuve décisive, que, pendant son séjour à Padouét Copernic se fit inscrire lui-même sur la liste des étudiants polonais qui suivaient les cours de l'Université.

Un fait par lequel je terminerai cette note, c'est que la tour de Frauenburg, actuellement en Prusse, qui servait d'observatoire à Copernic, est devenue une prison. Au point de vue du sentiment, cette circonstance pourrait être citée comme une preuve que le grand astronome n'était pas Allemand* mais cet argument paraîtra avoir moins de valeur si l'on se rappelle tous les hommes célèbres que leurs compatriotes eux-mêmes ont dédaignés et voués à l'oubli.

COPUNSa I7K

iae mdk à Padoue et à Bologne pour étudier la phfloaopttie, la médecine et l'astronomie.

En 1499, non* trouvons Copernic professant les artbémaliqaes à Rome devant un auditoire nombreux et

De retour à Graeorie, efi 1502, il se fit piètre; il avait alors trente ans.

Sur la recommandation de son oncle l'évoque de Warrâ, il fut nommé ai 1610 charnue à Franenbarg , petite rite située sur les bords de là Vistate, Là il partageait «i temps entre les devoir* de sa nouvelle profession et ses méditations sur les questions astronomiques* Il prodiguât émssi ses soins aux pauvres malades» mettant ainsi à profit les connaissantes étendues en médecine qu'il avait acquises dans les universités d'Italie.

«à l'époque dont nous parlons» des personnes intéresses n'avaient pas encore soutenu l'idée paradoxale que des études sérieuses rendent impropre à la discussion des «flaires . communes. Aussi les chanoines, collègues de Copernic, le chargèrent-ils de soutenir un procès contre les chevaliers de Tordre teutonique, et il triompha de l'opposition de ces terribles adversaires. On a de lui également on projet de réforme monétaire qu'il développa à la diète de Gradrionz, en 1591.

La ville de Framnburg, située sur une hauteur, fut redevable au talent de Copernic de la machine hydraulique qui y distribuait l'eau dans toutes les habitations.

L'ouvrage de Revolutwmbm orèium cœlesthmt qui portera le nom de Copernic jusqu'à la postérité la plus reculée, fut le fruit de trente ans de méditations.

Cet ouvrage avait été conservé en manuscrit par son auteur pendant vingt-sept années, mais les principaux résultats de l'illustre astronome étaient publiés. Ces résultats étaient trop contraires aux opinions reçues pour ne pas devenir, dans les mains des histrions (les histrions de tous les temps ont eu les mêmes passions) , le sujet des plus ridicules, des plus ignobles parades.

Vaincu enfin par les sollicitations de son ami l'évêque de Culm, Copernic se décida à livrer son livre à l'impression. Rhéticus, son disciple, se chargea du soin de revoir les épreuves. C'est à Nurenberg que cette impression eut lieu, en 1543.

À la tête du livre se trouve une épître dédicatoire à Paul III, qui portait alors la tiare. Elle est d'un style ferme et digne.

« Votre autorité, dit-il, me servira de bouclier contre les méchants, malgré le proverbe qui prononce qu'il n'y a pas de remède à opposer à la morsure d'un calomniateur

t Je suis certain que les savants et profonds mathématiciens applaudiront à mes recherches, si, comme il convient aux vrais philosophes , ils examinent à fond les preuves que j'apporte dans cet ouvrage. Si des hommes légers ou ignorants voulaient abuser de quelques passages de l'Écriture dont ils détournent le sens, je ne m'y arrêterais pas. Je méprise d'avance leurs attaques téméraires.

t Les vérités mathématiques ne doivent être jugées que par des mathématiciens. »

Quelques historiens respectables de la science ont con-

COPERNIC. m

sidéré cette dédicace comme un acte de diplomatie. Mon hypothèse, fait-on dire à Copernic, n'est pas plus absurde que celle des anciens. Mais M. Czinski remarque avec raison que ces paroles ne sont pas contenues dans la dédicace au pape, et qu'elles figurent seulement dans un avertissement, non signé, d'OsBiander éditeur de l'ouvrage.

Dans l'avis de la Sacrée Congrégation, en date de 1620, on lit:

c Attendu que Copernic ne se contente pas de poser hypothétiquement des principes sur la situation et le mouvement du globe terrestre, entièrement contraires à la sainte Écriture et à son interprétation véritable et catholique (ce qu'on ne peut tolérer dans un homme chrétien), mais qu'il ose les présenter comme tris-' trois, etc. »

Copernic mourut à Frauenburg le 23 mai 1543, et eut la satisfaction de tenir dans ses mains déraillantes le premier exemplaire de son ouvrage que Bhéticus venait de lui envoyer.

Outre cette première édition, devenue très-rare, on en connaît deux autres, l'une de 1566 et l'autre de 1617.

Leibnitz a rendu témoignage de son admiration pour le savoir et le caractère de Copernic, en l'appelant l'un des huit Sages de la terre.

L'ouvrage de Copernic fut condamné par la Congrégation de l'index, le 5 mars 1616, sous le pontificat de Paul V. L'arrêt est signé par le cardinal de Sainte-Cécile, évèque d'Albe, et par le frère François Madeleine Tête de Fer.

On a fait remarquer que le pape n'apposa jamais son m.— m. ia

visa à cet acte d'intolérance. Aussi a-t-on peine à s*ex^ pliquer la conduite que tint le clergé de Varsovie le &mar 1829, jour fixé pour l'inauguration dé la statue de Copernic, exécutée par Therwaldsen.

Voici comment ^explique, à. ce sujet, un écrivain trèsreligieux, M. Czinski, compatriote de Copernic:

r La rue principale par laquelle devait passer la Société des Amis des sciences, ainsi que la place qu'occupait le monument, étaient encombrées par la fouie. Hommes, femmes, vieillards, entants, riches et pauvres, se pressaient avec une égale ardeur pour manifester leur joie et s'associer à la cérémonie, tribut payé au génie. Les fenêtres étaient garnies de spectateurs et de guirlandes de fleurs. Varsovie tout entière, augmentée par la population des environs, était debout. La musique, leschante et les hymnes retentissaient. Le' cortège de la Société se dirige vers l' église de Sainte-Croix^ temple vaste et majestueux qui élève ses tours gethiques au-nJessus de la capitale. L'église est remplie de monde, mais Uautel est désert. L'heure se passe, et pas un prêtre ne paraît pour célébrer le service divin. Bientôt on apprit que des ecclésiastiques ignorants ne voulaient pas faire de prières peur un homme qui a publié une œuvre condamnée par la Congrégation de l'index* La foule consternée abandonna l'église. »

L'acte du clergé de Varsovie, accompli en plein xnCsièole, que nous venons de rapporter, ne pourra manquer d'éveiller le» plus pénibles sentiments dans tous les cœurshonnêtes. Il est des hommes qui semblent prendre à tâche de marcher toujours à la remorque de leur siècle, et de

ooraafNio. m

s» moutcer? fo& partisans, des» superstitions^ dent l'espèce humai** a eu tant à sauft-in HfttoQs.de tous nos efforts la propagation des lumière»; c'est le seul moyen -de diminuer le nombre des. fanatiques, qui suivant expression du prête» sort

Au char de la raison attelés par derrière.

RappekwsxBQug qtfil. De faudrait pas remonter bien haut pour trouve* de» éorivaine appartenant aux castes lettrées, et qui étaient eux-mêmes iinbus de.oespréjugé% qu'où peut ewire morts e*t qui. no sont qu'assoupis ;- quîenfin, Mers Ici milieu chi xvtf siôflls* le célèbre géomètre sick lien, l'abbé Maurolycus, jugeait le système de Copernic si dôpewvu de vérité et (te raison* que suivant lui le vénérable chanoine de Tbvm ^ùfaifc mérité d!être publia quemeal fustigé.

L'eroperew Napoléan, en passant- par Tboro en 1807, désira recueillir personnellement tout ce que. la traditioq avait conservé: concernant Nicolas Copernic. Il apprit que la QftWftft 4e l'illustre astronome était occupée par un tisserand. Il s'y fit conduire» Cette habitation de trèsmiaou apparence se composait d'un rez-de-chaussée et de feux étages. Tout y était conservé dans .l'état primitif. Le portrait du grand aéiraumne était suspendu au-dessus du lit dont les rideaux du aerge noire dataient du vivant de Copenric ; sa table» 9<m aonoire* s» deux chaises» tout la mobilier' du aavant était là.

L'empereur dotifrsodfe au tiseeraad s'il voulait lui vea^ dre le portrait du grand homme, quMl aurait fait traas* porter dana le mpgée Napoléon au Lowrre* mais l'artisan

refusa, car il considérait ce portrait comme une sainte relique qui portait bonheur. L'empereur n'insista pas et respecta cette touchante superstition.

En quittant la maison de Copernic, Napoléon alla à Téglise Saint -Jean visiter le tombeau de Fauteur de l'ouvrage sur les Révolutions célestes. Le temps l'avait endommagé, l'empereur ordonna les réparations nécessaires et le fit transporter à côté du maître autel, parce que là on pouvait le voir de tous les points de l'église. Ces travaux se firent aux frais de Napoléon.

Passons à une analyse très-abrégée, comme le cadre de cette notice le comporte, du traité des Révolution* célestes.

Les cercles de la sphère céleste, le zodiaque par exemple, avaient été régulièrement partagés en douze parties de âO degrés chacune, à l'aide des instruments divisés. Il était donc possible de fixer sur ces cercles des points diamétralement opposés. Or, Copernic remarquant que lorsqu'un de ces points était à l'horizon oriental, Tautre occupait à l'occident le point diamétralement opposé, en conclut que la ligne joignant les deux points à 180° de distance, était un diamètre de la sphère céleste et non une corde. Comme, suivant lui, dans la rigueur mathématique les vrais diamètres passaient par le centre de la Terre, il en concluait que les dimensions de notre globe sont insensibles relativement à la distance des étoiles. Cette conclusion est légitime, mais il faut remarquer que l'observation sur laquelle elle se fonde n'était pas possible en point -de fait, au temps de Copernic, à cause de l'ignorance où l'on était alors sur la réfraction

qu'éprouvent les rayons lumineux en traversant l'atmosphère, surtout près de l'horizon.

En écrivant son traité des Révolutions célestes , Copernic s'empresse avec une loyauté qui lui fait le plus grand honneur, de rendre aux anciens qui l'avaient précédé dans la carrière la plus entière justice. C'est ainsi qu'il cite le passage de Cicéron dans lequel il est dit que Nîcetas, de Syracuse, expliquait le mouvement diurne du ciel, dirigé en apparence de l'orient en occident, par un mouvement de la Terre tournant autour d'un certain axe de rotation de l'occident à l'orient.

Philolaûs, philosophe pythagoricien si distingué, que Platon, pour le visiter, fit tout exprès le voyage d'Italie, avait prétendu que la Terre était une planète circulant autour du Soleil. Copernic examine dans son grand ouvrage si cette opinion peut se concilier avec les phénomènes. Il trouve d'abord que le gros du mouvement apparent du Soleil , peut se représenter tout aussi bien avec l'hypothèse que la Terre est une planète circulant autour du Soleil immobile, et dans la supposition contraire qui ferait circuler le Soleil autour de la Terre en repos. Mais Copernic ajoute à ce résultat un examen comparatif des phénomènes de détails envisagés dans les deux hypothèses. Si la Terre est une planète, elle se transporte, dans rintervalle de six mois, d'un point de l'orbite au point diamétralement opposé. On a ainsi une base propre à déterminer les distances des diverses planètes à la Terre. C'est de cette manière qu'il obtient par la mesure des angles situés aux deux extrémités de cette base, les distances des diverses planètes au Soleil, exprimées

en parties des distances de la Terre à ce mène •astre*

Connaissant les rayons con^paratifs 4e 'l'orbite de la Terre, de l'orbite de Mars, de l'orbite de -Jupiter et de l'orbite de Saturne; connaissant de plus le temps que gos différentes planètes- emploient à faire une révolution complète autour du Soleil , Copernic put calculer, non pas, bien entendu, la vitesse angulaire qui n'a rien à faire ici , mais la vitesse en lieues, ou -en mesures itinéraires équivalentes, avec laquelle ces planètes se meuvent

Le résultat de ce calcul fut que la Terre .pareeurt dans un temps donné plus d'espace que Mars; Mars plus d'espace que Jqpiter,et Jupiter plusd'cspace que Saturne. De là se déduisait la conséquence que si les espaces parcourus par la Terre et par Mars sont parallèles comme aux époques des oppositions, Mars doit; paraître rétrograder, ou se mouvoir sur la sphère des étoiles, en sens contraire du déplacement réel de la Terre; qu'il en est de même à plus forte raison de Jupiter et de Saturne.

L'étendue de la rétrogradation et les moments des stations avant et après l'opposition se liaient à cette explication d'une manière admirable, et le phénomène qui avait, non sans raison, fort embarrassé l'antiquité se trouvait ainsi rangé parmi les simples apparences , résultat inévitable du mouvement de translation de la Terre. C'est, à mon avis, dans cette belle démonstration que réside principalement la découverte de Copernic.

Dans le siècle de ce grand homme, les vraies idées de mécanique, surtout pour ce qui a rapport aux mouvements des corps, étaient très-peu avancées. Copernic croyait à une liaison entre les mouvements de circulation

COPERNIC. km

-et de rotation. Il assimilait te mouvement de translation delà Terre autour du Soleil "à cehii qui s'opérerait si la Terre était invariablement attachée à Y erttrémité d'un rayon solide joignant te centre du Soleil et cehii de notre globe. De 'là k conséquence qu'en vertu du mouvement annuel ou de translation , la Terre aurait toujours présenté la même face au.Séléil, et que les divers diamètres de la Terre auraient été Btrccessivement dirigés -vers -différents points de l'espace. Cependant on ne se rend compte du mouvement de révolution apparent du ciel , i l'aide du mouvement de rotation de la Terre autour d'un de -ses axes, qu'en supposant que cet axe est toujours parallèle à lui-même , ou que prolongé il passe toujours par les mêmes étoiles. Cest pour satisfaire à ertte condition, indispensable à l'explication des phénomènes du mouvement diurne et des phénomènes des saisons, que Copernic donnait à la Terre ce quil appelait un troisième mouvement en vertu duquel l'axe de rotation était ramené au parallélisme dont le mouvement de translation l'avait écarté; mais la dépendance que le grand astronome de Thorn établissait entre le mouvement de rotation et le mouvement de translation d'un corps était purement imaginaire comme Kepler et'Gaiilée le montrèrent plus tard.

La Terre pouvait donc circuler autour du Soleil en restant toujours parallèle à elle-même , et le troisième mouvement inventé par Copernic, supposition qui compliquait considérablement son système, est devenu entièrement inutile.

Il faut remarquer toutefois que ce mouvement condui-

sait à une explication très-simple de la précession des équinoxes, c'est-à-dire de ce mouvement général de 50" par an, auquel toutes les étoiles participent, et qui s'exécute parallèlement au plan de l'écliptique. On rendait compte de ce déplacement, en supposant que le troisième mouvement de Taxe ne rétablissait pas son parallélisme mathématiquement, et que, lorsqu'une année était révolue, il s'en fallait de 50" que l'axe fût revenu à sa position primitive.

Copernic , qui dans son ouvrage avait la hardiesse de saper jusque dans leurs fondements les bases de l'astronomie des Hipparque et des Ptolémée, n'osait pas élever le moindre doute sur l'exactitude de leurs observations. Ces observations, Ptolémée les avait expliquées par des excentriques et des épicycles; Copernic eut recours aux mêmes hypothèses pour rendre compte des mouvements irréguliers du Soleil, des planètes, comme aussi de certaines variations imaginaires dans la précession des équinoxes et dans l'obliquité de l'écliptique. Tout cet échafaudage n'a disparu qu'à la suite des travaux de Kepler. C'est à dater de ce grand homme que le système de Copernic a été débarrassé des complications qui le déparaient encore, et qu'il est devenu l'expression simple, claire, géométrique, des lois de la nature.

On serait étonné de voir Copernic se rendre dans son ouvrage l'écho des opinions des anciens sur les perfections des mouvements circulaires, si l'on n'avait pas remarqué avec quelle difficulté les hommes supérieurs eux-mêmes parviennent À se soustraire tout à fait aux préjugés sanctionnés par les âges. Copernic redevient

hn-même, ou le créateur de F astronomie moderne, lorsqu'il dit : t rappelle gravité, un certain désir naturel appartenant à toutes les parties de la matière, en vertu duquel ces parties tendent à se réunir quel que soit le lieu qu'elles occupent. •

Copernic fut le premier astronome de son siècle pour la profondeur des conceptions. On ne saurait lui assigner le même rang comme observateur, même en le comparant aux astronomes arabes ses prédécesseurs. Mais cela tenait évidemment à la grossièreté et à l'imperfection des moyens dont il pouvait disposer. Néanmoins nous consignerons ici les résultats que donne l'observateur de Thorn sur le nombre de degrés dont le Soleil doit s'être abaissé au-dessous de l'horizon pour que les planètes et les diverses étoiles puissent être aperçues :

Aie cPabaittement do SoleiL

Étoiles de première grandeur 12*

Vénus 5#

Saturne li*

Jupiter !<>•

Mars iie

Ces nombres, comme on le devine sans doute, ne doivent être considérés que comme une sorte de moyenne. II est évident, en effet, qu'une étoile de première grandeur, voisine du point où le Soleil s'est couché, doit se montrer plus tard dans la soirée qu'une étoile également brillante située vers le point diamétralement opposé de l'horizon.

4*6 TYCHO-BIUHÉ.

TffCHO-BfcAHÉ

Tycho-Brahé , que tous les astronomes ses succeessurs ont considéré justement comme le plus exact des observateurs dont les travaux précédèreiit l'invention des lunettes, naquit le 13 décembre 1546 dans la terre de Kiïudstorp, en Scanie, province alors soumise au Danemark; sa famille appartenait à la plus ancienne noblesse du royaume.

Le père de Brahé 4t suivant les ridicules idées de cette époque, refusait même de lui faire enseigner le latin. C'est par les soins d'un oncle maternel et à l'insu de sa famille que le jeune homme fut placé dans une école où son intelligence commença à se développer.

Une éclipse de Soleil, celle de 1560, dont les principales phases s'accordèrent presque exactement avec les annonces contenues dans les éphémérictos, excita au plus haut degré son enthousiasme et contribua à décider sa vocation.

À quatorze ans on l'envoya à Leipzig pour y recevoir la très-légère instruction qui, dans ces temps reculés, semblait rendre tout membre de la noblesse prQpre aux emplois publics, là, à l'insu de son gouverneur, il se livra à l'étude des mathématiques et de Gastronomie. H consacrait à l'achat de livres et d'instruments tout l'argent qu'on lui donnait pour ses jplaisirs.

De rétour à Copenhague, en 1565, Brahé fut regardé par les hommes de sa caste comme un extravagant. Des

i. Tycho, ainsi que le rapporte Gassendi, était le prénom.

ÎICH0-6EAUÉ. *6ff

déssgrfinraMs, mîtes de ses retatieasavec defe individus iprive /pouvaient pas/ 1'appnéaier, l'engageront à repasser en Allemagne rit ^iwtorât^bre^phisiBuvsd&^neiftescélè^ 4rt&, cuire «titres' le JaaBgtave deflmse-CaBsei, <iaiK hneiV, ckuitil'do^iittl^BcmL

Il visite .ariec saintes principaux observatoires de PAlit 'et pendant «en 'passage à Augsbourg dont tes . avaieat«riore une grande réputation» il commanda plusieurs isstiuments nouveaux qui devaient lui servir è résoudre d'importaaÉes «questions nàfatrvee m trouve- Ml du ciel étoile.

Tycbe, de retoôr à^Gopenhag!fe, «vécut .dans lareteite.

A F occasion des observations qu'il fit sis* rétoile nouvelle de 1572, le chancelier Oxe m déclara «on admirafteor «t inspirai ce sentiment au roi firéderic II, qui, peu de temps après, lui fit don de la petite île d'Hween, «tuée dans te détroit du Sond entre Elsencur et Copenhague. Le roi ajouta à ce cadeau une pension de 500 écus, an fief situé en Norvège, et un bénéfice de chanoine dont les revenus, -évalués à 2,000 éous, devaient servir à l'entretien d'an observatoire construit aux frais du a>i.

Grèce à cette rare munificence de Frédéric II, on vit s'élever sur une éonnence de la petite lie .dïfihveen d'où le ciel était visible de touscôtés, un observatoire aujourd'hui détruit, qui sous le nom d'Uranibourg, vivra. étemel ment dans la mémoire des astronomes.

Quand le monument de l'observatoire fut achevé, Tycho le meubla graduellement d'instruments construits par ses soins, et qui ne lui coûtaient pasmoins de 100,000

488 TYCHO-DRAHÊ.

thalers pris sur sa propre fortune. L'énormité de cette somme ne surprendra pas ceux qui liront dans l'ouvrage de Tycho, intitulé Astronomiœ instauraiœ Mechanica, la description des machines variées et de dimensions colossales (5 à 6 coudées, 2m à 2m.5) dont il ût successivement usage. Tous ces nouveaux instruments avaient des limbes de cuivre et étaient divisés avec le plus grand soin. Les déboires qu'il éprouva souvent dans ces constructions délicates lui inspirèrent cette exclamation : « Un bon instrument est le phénix de l'Arabie ! » Cependant Tycho croyait pouvoir arriver par tous les moyens qu'il rassemblait à la précision de 1/3, 1/4 et même 1/6* de minute.

La mesure du temps est ce qui avait fait le plus ordinairement défaut aux anciens observateurs. Tycho essaya des clepsydres et des horloges.

Dans les premiers de ces instruments, du mercure purifié et bien revivifié s'échappait par un petit orifice, en conservant toujours la même hauteur dans le vase conique qui le renfermait; le poids du mercure écoulé devait donner le temps. Il employa aussi le plomb purifié et réduit en poudre très-subtile; t mais pour confesser la vérité, dit-il, le rusé Mercure, qui est en possession de se moquer également des astronomes et des chimistes, s'est ri de mes efforts, et Saturne 1, non moins trompeur, quoi* que d'ailleurs ami du travail, n'a pas mieux secondé celui que je m'étais imposé, i

On voyait dans la collection des instruments réunis par Tycho, plusieurs horloges à secondes, bien entendu sans

L Nom donné au plomb par les anciens chimistes.

TYCHO-BRÀHÉ. 489

régulateur pendulaire, et, en dehors de l'observatoire, une horloge de cuivre , marquant également les secondes, dont la roue principale avait deux coudées ou près d'un mètre de diamètre et 1,200 dents.

Uranibourg avait été achevé en 1580. Tycho y travailla pendant dix-sept années consécutives. Il s'était marié à h fille d'un paysan, nommée Christine, d'une figure charmante, qui lui donna huit enfants. Il ne fallut rien moins que l'intervention du roi pour qu'il pût contracter cette union , car la noblesse tout entière voulait y mettre obstacle sous le prétexte que Tycho allait déroger.

A la mort de Frédéric II, et pendant la minorité de Christian IV, les nobles, déjà fortement irrités contre Tycho, peut-être à cause de ses succès et de l'immense réputation dont il jouissait en Europe, le firent priver des pensions et des bénéfices sans lesquels un simple particulier ne pouvait évidemment pourvoir aux frais du vaste établissement qu'il avait créé. On raconte, en effet, que Tycho n'avait pas moins de vingt à trente collaborateurs, soit pour, les observations, soit pour les calculs. Cette injustice fut principalement due au sénateur Walckendorp. Son nom, dit Laplace, comme celui de tous les hommes qui ont abusé de leur pouvoir pour arrêter le progrès de h raison, doit être livré au mépris de tous les âges.

Nous devons dire que les sentiments haineux qui séparèrent si malheureusement Walckendorp de Tycho, avaient tenu à une cause très-futile. Des écrivains danois rapportent qu'étant à Uranibourg avec le jeune roi Christian 1Y, le sénateur Walckendorp supportait impatiemment les aboiements de deux dogues anglais, offerts en

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présent à Tycho-Ifrahé par le roi Jacques VI, pendait I* visite qtfî! ftt à Uranibotirg. Walcfeendorp lear donna d» coups de pied. Tycho prit le parti de ses chiens* une dispute s'ensuivit, et de là Pinimitté qni a e*de si fatal» conséquences* pour l'astronomie.

Uranftourg renfermait u» laboratoire de ehinw* oè Tycho préparait dfcs médicaments qu'il distribuait gratui* tement aux pauvres. On dit que cette circonstance méfr posa les médecins de Copenhague , lesquels joignirctt leur clameur à celles de la noblesse. Je désire, pour l'honneur de Part médical, que te fait soit coatrouvé.

Le grand astronome quitta Pile d!Hween avee tousses instruments et les six enfants qui lui restaient ; il se rendit en Danemark , où on ne lui permit pas de s'établir cou-» venaWement*. Bientôt après il pas» en Allemagne» L'eu* pereur Rodolphe I! lui fît une position bridante doBfcit ne profita pas longtemps.

11 mourut d'une rétention d'urine, le >2& octobre 1661, dans sa cinquante-cinquième année. Tycho avait déjà res» senti de légères atteintes de cette infirmité quelque temj» auparavant; on raconte^qu'elle prit beaucoup de gravité on jour que, faisant' une longue promenade.aveo PEmpereur, il crut- ne pas devoir, par respect, se séparer de là compagnie de son souverain. Si l'anecdote est vraie, Tycho- Brahé devra être rangé parmi les victimes de l'étiquette 4.

1. Voici une autre relation rapportée par les auteurs du temps ; « Tycho dînait le 13 octobre 1601 chez M. Rosenberg ; on but beaucoup ; Tycho sentait la tension de sa vessie; mais il préféra, dit-on, la civilité à Usante. De retenir cbeslui Urne put usiner; LTntffcp* sition continua qt lui causait des douleurs très-vives. De là les insomnies, la fièvre, le délire. Les médecins De purent obtenir de lui

TYCHO-BRÀH& m

Paas les portraits qui ont été conservés de Tycho^ on remarque quelque chose d'insolite. Pendant son second voyage en Allemagne j il eut, à Rostock, une quenelle avec un de ses compatriotes dans- laquelle la forme l'emporta air le- fond,, car il s'agissait d'un théorème de géométrie. Un doelrfeiisuiwt,,Tycbo perdit la majeure: partia de son nez. Pour effacer autant que possible les traces de cet accident» il tétait fait; un faux nez de cire, ou* seJerod'autoes, fan amalgame d'or et d'argent dont les. peintres et les graveurs ont cru devoir laisser des marques évidentes en reproduisant les traits du grand astronome danois»

Pourquoi faut-il,, qui au souvenir d'une via si utilement employée pour le progrès des scdenaes, nous devions ajqut 1er que Tycho* à l'égard de certaines queetions„neaut pas s'élever au-dessus des préjugés de son siècle,, et. qtf il cxvX à r alchimie et môme à l'astrologie?. On. remarque avec étonnement» par exemple v qu'il attache de l!importajic&ï noter que mu thème, en ce qui touche la planète Mans* loi annonçait une difformité dans te visage qpi se réalisa après le duel dont nous avons parlé.

L'argument principal sur lequel Tycho.se fondait pour donner quelque vraisemblance aux. horoscopes est.tcèer singulier.

• Le Soleil,, la Lunn et. les étoiles, ditril,, suffisaient

qu'A ne mangeât pas. Il s'éteignit doucement, ta 2A octobre,, au milieu des consolations, des prières et des larmes des siens. »

te nota, le» biographes n'ont pas dit si la remarque astrologique fat laite par Tycbo luï-iaèmeoupar ses amis, qu'anoomnaeaceiaenl de sa maladie la Lune était en opposition avec Saturne, et que Mars occupait dans le Taureau la même place qu'au moment de sa naissance, — Voilà où on en était au commaneemeaftdu xvu* aièelo.

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pour nos usages; il était fort inutile d'y joindre les planètes d'une marche si majestueuse et assujetties à de si belles lois, si ces planètes n'avaient une utilité propre et directe, qui est l'objet de l'astrologie. •

Ailleurs il soutient que les comètes doivent avoir quelque vertu, quelque influence, car la nature ne fait rien en vain.

On est vraiment affligé d'avoir à signaler, parmi les pensées de Tycho, cette idée bizarre que les étoiles ont la vertu de stimuler les forces des planètes.

Nous trouvons que Tycho ne se débarrassa que peu à peu de ses préjugés nobiliaires; on voit même qu'il hésitait à publier ses observations sur l'étoile de 1572, parce que, disait-il, il ne convenait pas à un homme de sa condition de rien faire imprimer.

Nous ne terminerons pas cette notice sans disculper Tycho du soupçon que divers écrivains avaient élevé contre lui à l'occasion du système du monde qui porte son nom. Il fut conduit à cette création malheureuse, a-t-on dit, par un sentiment de jalousie que l'œuvre de Copernic lui avait inspirée. Tous les ouvrages de Tycho témoignent, au contraire, de l'admiration profonde qu'il portait à l'astronome de Thorn.

Ayant reçu en présent les trois règles en bois dont Copernic se servait pour ses observations, Tycho les plaça dans le lieu le plus apparent de son observatoire et écrivit à ce sujet des vers latins empreints du plus légitime enthousiasme, qu'il suspendit dans un cadre à côté de l'instrument qui avait appartenu à l'auteur du traité des Révolutions célestes.

TTCBO-BRÀHÉ. 4*3

t La terre, s* écriait -il, ne produit pas un pareil génie dans l'espace de plusieurs siècles. . .

« Les géants de l'antiquité, voulant pénétrer dans les deux, amassèrent les montagnes, placèrent Pélion sur Owa. Mais, puissants par la force et faibles par l'esprit, flft ne purent atteindre les sphères célestes. Lui, confiant dans la puissance de son génie, faible de corps, avec ces minces morceaux de bois, il s'est élevé jusqu'aux plus grandes hauteurs de l'olympe

c Les souvenirs d'un tel homme sont inappréciables, Ion même qu'ils se composent de frêles pièces de bois. »

Les ouvrages imprimés de Tycho-Brahé sont les suivants :

De Nova Stella anni 1572; édité en 1573, reproduit phs tard dans les Progymnasmes.

De mundi œikerei receniwribus phcmomenis; 1588.

Tychonis Brahœ, apologetica responsio ad cujusdum poietici in scoliâ dubia, ribi de parallaxi cometarum opfosita; 1591.

Tychonis Rrahœ, Dani, epistolarum aslronomicarum tibri; 1596, réimprimé en 1601.

Astronomie* mstauratœ mechanica; 1578, réimprimé en 1602.

Progymnasmata; 1603, réimprimé en 1610.

Tychonis Rrahœ, de disciplinas mathemalicis oratio, in fuâ simul astrologia defenditur et ab objectionibus dissen- Hentiwn vindicatur; 1621.

Traduction du livre sur les comités, avec la partie astrologique supprimée dans les Progymnasmes ,-4632. HL— m. 13

494 ÎYCHO-BlAHt.

Tychorvia Brahœ opéra omnia; 1648 ; les lettres n'y sont pas comprises.

Collectanea Historiée célestes; 1657*

ffistoriu miestis; 1666 ek 1667.

L'ouvrage le plus important de. l'illustre astronome est cehii des Progywmasmes; it est intitulé : Tydtos* Brahœ j Dam, Astronomiœ mstoaratœ Proçymutsmat*; ii contient ses recherches principales ; nous croyons devoir en présenter une. analyse critique.

Parmi les travaux de Tycho, on. doit mettre eu première ligne la discussion à laquelle il se livra des observations du Soleil , et les tables qu'il en déduisit Bmb cette discussion on voit pour la première fois ht considération des réfractions atmosphériques dont il trouva te valeurs par ses propres observation. Malgré tout ce qu'il y avait d'ingénieux dans tes méthodes dont il fit usage, il se trompa à. ee sujet, puisqu'il soutenait que la réfraction était miUe h &&»* de hauteur. Il ne se trompa pas moins sur la cause de ce phénomène, en prétendant que la réfraction était due aux vapeurs dont l'atmosphère c* ordinairement chargée et nullement aux substances gazeuses dont est essentiellement composée l'enveloppe aérienne de notre globe, depuis les couches voisines de l'horizon jusqu'au zénith.

Une troisième erreur, dans laquelle ses inetninœnts l'induisirent, fut de supposer que les rayons du Soleil et de la Lune éprouvent une réfraction différente de <** des rayons des étoiles. Néanmoins, Tycho aura toujours la gloire incontestée d'avoir le premier, avec B^>tbl»ann, astronome collaborateur dulandgrave de flesse-Cassel,

TïCIO-ftRÀHÊ. m

la réfraotiob dais la diseudrita des tifaserVations

En s'occupent de la Lune* Tych6 constata que la théorie de Ptolêmée ne représentait pas les observations; il vît qu'il y avait* dans le InouVément de cet astre autour de la Terre* une inégalité très-sensible surtout durs les •étante, car elle s'élevait alors à environ d6'j elle était addhive dm» le premier et le quatrième octant» soustra*tive dans tas deux âutfe&

Ces* l'négaKté qu'on a appelée variation, l'une des ph» grande» découvertes de l'astronomie moderne \

Tycho porta une attention toute spéciale sur les varia*» tiooa périodiques de l'inclinaison de l'orbe lunaire par rapport à l'édipliqne* et en assigna jusqu'à un certaia point les lois* On kà doit aussi des remarques précieuses sur les perturbations qu'éprouvent les noeuds de l'orbite dans leur rétrogradation générale y et mieoi les déterminations des parallaxes de notre satellite qui, bien qu'affectera encore d'assez graves erreurs, sont beaucoup plus exactes que toutes celles des prédéceneors de l'astronome dUranrribout^ Une place prééminente doit être réservée au travail

de Tychb sur la détermination des «scehsioos droites et

àm décbUaisofiB de* étoiles, en d'Autres termes, aux

«fort* qui amenèrent la construction de son célèbre

catalogue,

1. M. Sédfllot a cru récemment trouver dans un manuscrit que cette découverte doit être attribuée à Abonl-Wéfe. (Yoye* dans 1» comptes-rendus de r Académie des sciences» une analyse de U discussion qui s'est élevée à ce sujet entre M. Biot et le savant orientaliste.) «

4*6 TYCHO-BBAHÊ.

La lumière du Soleil effaçant la lumière de toutes les étoiles , aucun de ces astres ne pouvait être, du temps de Tycho, pour un observateur dépourvu de télescopes, rapporté directement au Soleil. Vénus se voit quelquefois à l'œil nu, quoique le Soleil brille en même temps sur l'horizon. Dans ces circonstances , Venus peut être couh parée au Soleil. Dès que la nuit est close, la planète peut être comparée aux étoiles. Les étoiles étant facilement comparables entre elles, on déduit la position de ces astres par rapport au Soleil ou par rapport aux équinoxes dont la position est connue par des observations antérieures de l'astre resplendissant.

Le procédé était satisfaisant, pourvu que l'astronome qui devait l'appliquer sût combattre toutes les erreurs auxquelles cette méthode compliquée expose. Cardan, qui l'imagina le premier, en tira un détestable parti ; elle le conduisit à un catalogue dont les erreurs surpassent un degré 2/8 f c'est-à-dire des erreurs plus grandes que celles qu'on a reprochées aux catalogues d'Alphonse et de Copernic.

Sept années furent employées par Tycho à ces recherches.

Dominé par des scrupules religieux résultant de fausses interprétations de la Bible, ou par le désir d'attacher son nom à un système de l'univers, différent de celui de Copernic, Tycho supposa la Terre immobile au centre <ta monde : toutes les planètes auraient eu le Soleil pour centre de leur mouvement, et le Soleil, suivi de ce cortège de planètes, aurait circulé autour de la Terre. Il ne faut pas croire qu'en proposant ce système, le célèbre astro-

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