CUVIER
amour de la science. Il apercevait devant lui un long avenir d'utilité et de gloire; il croyait n'avoir point encore couronné le magnifique monument élevé de ses mains aux sciences naturelles. Ces regrets donnés à de futurs travaux , à des découvertes qui germaient dans une inépuisable intelligence, furent de courte durée. Après avoir pourvu par des arrangements particuliers à la publication de ses ouvrages inachevés ; après avoir confié cette tâche importante et sacrée à deux de ses collaborateurs et amis, MM. Valenciennes et Laurillard; après avoir donné à son frère, qui lui fut toujours si dévoué, à son jeune neveu, de précieuses marques de souvenir, il reporta toutes ses pensées sur la femme si bonne, si distinguée, si respectable, à laquelle il avait uni son existence, et il dicta avec une admirable tranquillité d'esprit, des dispositions inspirées par la plus prévoyante tendresse.
Espérons, Messieurs, que la veuve de l'homme de génie que nous pleurons trouvera, dans les regrets unanimes de l'Europe savante, quelque adoucissement à sa trop légitime douleur ; espérons aussi que les préoccupations politiques resteront muettes sur les bords d'une tombe qui va bientôt recouvrir une des gloires de la France. Cette gloire nous appartient, nous devons tous en être jaloux.
Il y a maintenant dix jours, pendant l' avant-dernière séance de l'Académie, à cette place où les regards des étrangers venaient contempler notre illustre secrétaire avec une si vive curiosité , il me parlait encore des améliorations dont lui seul, peut-être, croyait ses grands ouvrages susceptibles ; des additions nombreuses qui deiil— m. 37
vaient enrichir les nouvelles éditions qu'il préparait «Voilà, me disait -il, pour cette année, mes travaux de prédilection; j'y consacrerai tout le temps des vacances, i Une semaine, hélas! ne s'était pas encore écoulée, et ces projets n'étaient plus qu'un vain rêve, et la mort nous avait enlevé Tune des plus vastes intelligences dont Hiumanité puisse se glorifier, et notre grand naturaliste n'était plus que la froide dépouille à laquelle nous rendons les derniers devoirs! Puisse, Messieurs, cette brillante jeunesse qui, hier encore, au Collège de France, écoutait avec tant de recueillement les éloquentes paroles de Cuvier; qui, aujourd'hui , pressée en foule autour de son cercueil , fait éclater de si honorables sentiments de douleur et de reconnaissance; puisBe-t-efle bientôt voir surgir de son sein un digne successeur de celui qu'oa avait si justement nommé TÀristote du xix* siècle L
Adieu, mon cher et illustre confrère! Adieu, Cuvier, adieu 1