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part que diverses nations peuvent s'attribuer dans cette invention admirable. Toutefois, on n'apprendra pas sans surprise que, dans la seule Angleterre, les libraires ont vendu, en un très-petit nombre d'années, plus de cent mille exemplaires des nombreux ouvrages où cette question historique est débattue. Un aussi éclatant succès est dû principalement, je n'en doute point, au vif intérêt que la machine à vapeur devait naturellement exciter dans un pays où on la retrouve à chaque pas; mais peut-être sera-t-il permis de supposer que l'amour-propre national y est entré aussi pour quelque chose. Consultez , en effet, le membre de la Chambre des lords et un simple artisan ; le négociant de la cité que ses brillantes spéculations ont conduit dans toutes les régions du monde , et le fermier qui n'a jamais dépassé les Ihnites de son comté ; parcourez les immenses manufactures de Birmingham , de Manchester, de Glasgow et le plus humble atelier d'un cottage ; partout on vous dira que le marquis de Worcester est le premier inventeur de la machine à vapeur ; partout on citera à la suite de ce nom les noms, tous anglais, de Savery, de Newcomen, de Beighton, de Watt, d'Hornblower, de Woolf, etc. En général , les gens de lettres et ceux qui font de la culture des sciences leur occupation spéciale, n'ont pas à ce sujet des opinions moins arrêtées. Si vous ouvrez Y Encyclopédie récente du docteur Rees, vous y trouverez ces lignes : « La machine à vapeur vient înunédiatement après le vaisseau, dans l'échelle des inventions ; mais dans une Encyclopédie anglaise elle doit occuper le premier rang , à cause qu'elle a été entièrement {wholly) inventée et mise en pratique par nos com-
MACHINES À YAPEUIL 3
patriotes (article steam Engine y 2* col.); et onze lignes plus bas, comme si le premier passage n*était pas assez dair : € La machine à fea a été inventée par un petit nombre d'individus, tous anglais {ail of them Engliskmen) • » Le câèbre professeur John Robison d*Édmburgh est tout aussi positiL c La machine à feu , dit-il , fut sans aocnn doute inventée pour la première fois par le marquis de Worcester, soos le règne de Charles II. » (Voyez A System of meehanical PkUasophy, t. n, p. &6.) Après avoir réfuté ensuite, par des arguments que j'examinerai, les prétentions des auteurs français qui affectent (affect) de mêltf le nom de Papin à l'histoire de la machine à vapemr, Robison déclare « qu'il n'hésite en aucune manière à donner Thonneur de la première et cmiplète invention liu marquis de Worcester. > (Yoyez il System , etc. , p. 50.) Un savant non moins illustre par la profondeur de ses connaissances que par sa vaste érudition , le docteur TbcHnas Young, a joint son imposant témoignage à ceux je viens de produire. Suivant lui , le marquis de Worcester est le prunier inventeur de la machine à feu , le premier qui se soit servi de la presnon de la vapeur comme moteur. Dans l'aperçu rapide qu'il donne des améliorations que cette machine a successivement reçues, on ne voit aussi figurer que des mécaniciens anglais. {Lectures on naiural Phihsaphy, t. r*, p. 3A6 et 856. ) Je pourrais encore citer l'habile professeur de mécanique à F Institution royale, IL Millington; un membre distingué de la nouvelle Université de Londres, M. Lardner; Fauteur d'un traité <le Mécanique pratique estimé, M. Nicholmùr etCr etc»
Des décisions si nombreuses, si positives, la juste repu* tation des ouvrages dans lesquels je les ai puisées, ne me semblaient pas même permettre Tombre d*un doute. Aussi lorsque, d'après le désir des élèves de TÉcole polytechnique, j'essayai vers 1823 de tracer la série chronologique des perfectionnements que la machine à vapeur a éprouvés depuis son origine jusqu'à nos jours, je m'attendais , je le dis franchement, à n'avoir que des mécaniciens anglais à citer. C'était cependant une erreur : nos voisins de l'autre côté du détroit ne sont ni les seuls ni même les premiers inventeurs de la machine à vapeur. C'est du moins ce qui me paraît résulter d'un certain nombre de documents que je vais rapporter. Je suis certain d'avoir examiné sans prévention ce point curieux de l'histoire des sciences. Mes citations, mes analyses seront exactes, on peut y compter. Si les conséquences que j'en ai déduites ne l'étaient pas^ chacun les rectifierait lui-même, puisqu'il aura sous ses yeux tous les éléments de la question. Au reste, je dois dire, avant de terminer ce préambule, qu'il a paru récemment, en Angleterre même, un ouvrage remarquable intitulé Histoire descriptive de la Machine à feu, par M* Robert Stuart, et dans lequel tous ^ les essais qu'on a faits pour se servir de la vapeur d'eau ^ comme agent mécanique, se trouvent appréciés avec beaucoup de discernement, et, ce qui est plus rare en- , core, avec une abnégation complète de tout préjugé national ; sauf un petit nombre d'exceptions, les opinions de M. Stuart sur le mérite relatif des ingénieurs qui ont concouru à la création de cette merveilleuse machine » sont parfaitement conformes à celles que j'avais puisées
dans la lecture des titres originaux. Cet accord m'a trop flatté pour que je ne doive pas m'en prévaloir avec empressement J* ajouterai même que si ma Notice n'avait pas été rédigée en très-grande partie lorsque j'eus connaissance de l'histoire de M. Robert Stuart, je me serais probablement contenté de publier une simple analyse de ce livre : le but que je me proposais aurait été également atteint
J'espère que les lecteurs apprécieront les motifs qui m'ont déterminé à ne pas suivre strictement l'ordre chronologique dans toutes les parties de cette Notice. J'ai pensé qu'il y aurait plus de clarté à grouper ensemble les paragraphes relatifs aux modes divers et plus ou moins avantageux qui ont été successivement imaginés pour faire agir la vapeur. Les détails du mécanisme, quoique fort importants, ne me paraissent devoir marcher qu'en seconde ligne.