A M*- CERATI
J'ai trouvé, en passant à la campagne, MM. de Sainte-Palaye, qui m'ont parlé de monseigneur Cerati : je les ai perpétuellement interrogés sur monseigneur Cerati. Quelque chose me déplaisait , c'était de n'être point à Rome avec le grand homme dont ils me parlaient. Ils m'ont dit que vous vous portiez bien : j'en rends grâces à l'air de Rome, et je m'en félicite avec tous vos amis.
M. de Buffon vient de publier trois volumes qui seront suivis de douze autres; les trois premiers contiennent des idées générales : les douze autres contiendront une description des curiosités du Jardin du Roi. M. de Buffon a parmi les savants de ce pays-ci un très-grand nombre d'ennemis; et la voix prépondérante des savants emportera, à ce que je crois, la balance pour bien du temps : pour moi, qui y trouve de belles choses , j'attendrai avec tranquillité et modestie la décision des savants étrangers; je n'ai pourtant vu personne à qui je n'aie entendu dire qu'il y avait beaucoup d'utilité à le lire.
M. de Maupertuis , qui a cru toute sa vie , et qui peut-être a prouvé qu'il n'était point heureux , vient de publier un écrit sur le bonheur. C'est l'ouvrage d'un homme d'esprit; et on y trouve du raisonnement et des grâces. Quant à mon livre de X Esprit des Lois , j'entends quelques frelons qui bourdonnent autour de moi ; mais si les abeilles y cueillent un peu de miel , cela me suffît ; ce que vous m'en dites me fait un plaisir infini : il est bien agréable d'être approuvé des personnes que l'on aime. Agréez, je vous prie, monseigneur, mes sentiments les plus respectueux.
De Paris , le 24 novembre 1749.
AU CHEVALIER D'AYDIES.
Mon cher chevalier, que prétendez-vous faire? Ne voulez-vous point revenir de votre Périgord ? On ne peut aller là que pour manger des truffes. Vous nous laissez ici ; nous vous aimons : vous êtes un philosophe insupportable. Je reçois quelquefois des nouvelles de madame de Mirepoix , qui me dit toujours de vous faire ses compliments. Il y a ici
« de ministres ; mais , si mon père ou mon grand-père eussent « tenu un pareil propos , on les eût mis aux Petites-Maisons. » Et il se retira»
LETTRES
une grande stérilité en fait de nouvelles. Je ne puis vous dire autre chose, si ce n'est que les opéras et les comédies de madame de Pompadour vont commencer, et qu'ainsi M. le duc de la Vallière va être un des premiers hommes de son siècle; et, comme on neparle ici que decomédies ou de bals , Voltaire jouit d'une faveur particulière : on prétend que le jour qu'il doit donner son Catilina, il donneraune£7ectre;$y consens. Les du Châtel sont ici. M. deForcalquier se porte en général très-bien. Je vous prie de me conserver toujours votre amitié que j'adore , et d'agréer mon respect infini.
De Paris , le 24 novembre 1749.