‹ vres complètes de Montesquieu avec des notes de Dupin, Crevier, Voltaire, Mably, Servan, La Harpe, etc., etcChapitre 1089 sur 1131 · A D'ALEMBERT · texte numérisé non relu

A D'ALEMBERT

Vous prenez le bon parti; en fait d'huître, on ne peut faire mieux. Dites , je vous prie , à madame du Deffand que si je continue à écrire sur la philosophie, elle sera ma marquise. Vous avez beau vous défendre de l'académie, nous avons des matérialistes aussi : témoin l'abbé d'Olivet , qui pèse au centre et à la circonférence ; au lieu que vous , vous ne pesez point du tout. Vous m'avez donné de grands plaisirs. J'ai lu et relu votre discours préliminaire : c'est une chose forte , c'est une chose charmante , c'est une chose précise; plus de pensées que de mots , du sentiment comme des pensées , et je ne finirais point.

Quant à mon introduction dans Y Encyclopédie, c'est un beau palais où je serais bien glorieux de mettre les pieds; mais pour les deux articles Démocratie et Despotisme, je ne voudrais pas prendre ceux-là; j'ai tiré, sur ces articles, de mon cerveau tout ce qui y était. L'esprit que j'ai est un moule, on n'en tire jamais que les mêmes portraits : ainsi je ne vous dirais que ce que j'ai dit, et peut-être

1 Ceci est relatif à son départ de Berlin, et à sa fâcheuse aventure de Francfort.

LETTRES

plus mal que je ne l'ai dit. Ainsi, si vous voulez de moi , laissez à mon esprit le choix de quelques articles ; et si vous voulez ce choix , ce sera chez madame du Deffand avec du marasquin. Le P. Castel dit qu'il ne peut pas se corriger, parce qu'en corrigeant son ouvrage, il en fait un autre; et moi je ne puis pas me corriger, parce que je chante toujours la même chose. Il me vient dans l'esprit que je pourrais prendre peut-être l'article Goût, et je prouverai bien que difficile est proprie communia clicere * .

Adieu, monsieur; agréez , je vous prie, les sentiments de la plus tendre amitié.

De Bordeaux, le 16 novembre 1753.

Page 1