‹ vres complètes de Montesquieu avec des notes de Dupin, Crevier, Voltaire, Mably, Servan, La Harpe, etc., etcChapitre 209 sur 1131 · CHAPITRÉ XXI · texte numérisé non relu

CHAPITRÉ XXI

lorsqu'on lit Proeope sur les édifices de Justi- ;nien, et qu'on voit les places et les forts que ce prince fit élever partout, il vient toujours dans l'esprit une idée, mais bien fausse, d'un État florissant.

D'abord les Romains n'avaient point de places : ils mettaient toute leur confiance dans leurs armées, qu'ils plaçaient le long des fleuves, où ils élevaient des tours de distance en distance pour loger les soldats.

Mais losqu'on n'eut plus que de mauvaises armées , que souvent même on n'en eut point du tout , la frontière ne défendant plus l'intérieur, il fallut le fortifier; et alors on eut plus de places et moins de forces , plus de retraites et moins de sûreté '-. La campagne n'étant plus habitable qu'autour des places fortes, on en bâtit de toutes parts. Il en était comme de la France du temps des Normands *, qui n'a jamais été si faible que lorsque tous ses villages étaient entourés de murs.

Ainsi toutes ces listes de noms des forts que Justinien fit bâtir, dont Proeope couvre des pages entières, ne sont que des monuments de la faiblesse de l'empire.

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