‹ vres complètes de Montesquieu avec des notes de Dupin, Crevier, Voltaire, Mably, Servan, La Harpe, etc., etcChapitre 255 sur 1131 · CHAPITRE IL · texte numérisé non relu

CHAPITRE IL

Ce que c'est que la vertu dans l'État politique.

La vertu , dans une république , est une chose trèssimple : c'est l'amour de la république , c'est un sentiment , et non une suite de connaissances ; le dernier homme de l'État peut avoir ce sentiment , comme le premier. Quand le peuple a une fois de bonnes maximes, il s'y tient plus longtemps que ce que l'on appelle les honnêtes gens. Il est rare que la corruption commence par lui. Souvent il a tiré de la médiocrité de ses lumières un attachement plus fort pour ce qui est établi.

L'amour de la patrie conduit à la bonté des mœurs, et la bonté des moeurs mène à l'amour de la patrie. Moins nous pouvons satisfaire nos passions particulières, plus nous nous livrons aux générales. Pourquoi les moines aiment-ils tant leur ordre? c'est justement par l'endroit qui fait qu'il leur est insupportable. Leur règle les prive de toutes les choses sur lesquelles les passions ordinaires s'apj puient : reste donc cette passion pour la règle même I qui les afflige. Plus elle est austère, c'est-à-dire plus I elle retranche de leurs penchants, plus elle donne | de force à ceux qu'elle leur laisse.

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