CHAPITRE V
De la corruption du principe de l'aristocratie.
L'aristocratie se corrompt lorsque le pouvoir des nobles devient arbitraire : il ne peut plus y avoir de vertu dans ceux qui gouvernent ni dans ceux qui sont gouvernés.
Quand les familles régnantes observent les lois, c'est une monarchie qui a plusieurs monarques , et qui est très-bonne par sa nature; presque tous ces monarques sont liés par les lois. Mais quand elles ne les observent pas , c'est un État despotique qui a plusieurs despotes.
Dans ce cas , la république ne subsiste qu'à l'égard des nobles, et entre eux seulement. Elle est dans le corps qui gouverne, et l'État despotique est dans le corps qui est gouverné : ce qui fait les deux corps du monde les plus désunis.
L'extrême corruption est lorsque les nobles deviennent héréditaires 3 : ils ne peuvent plus guère avoir de modération. S'ils sont en petit nombre , leur pouvoir est plus grand , mais leur sûreté diminue; s'ils sont en plus grand nombre, leur pouvoir est moindre , et leur sûreté plus grande : en sorte que le pouvoir va croissant , et la sûreté diminuant, jusqu'au despote, sur la tête duquel est l'excès du pouvoir et du danger.
Le grand nombre des nobles dans l'aristocratie héréditaire rendra donc le gouvernement moins violent; mais, comme il y aura peu de vertu, on tombera dans un esprit de nonchalance, de paresse,
1 Aristote, -PoZ<7. liv. V, chap. iv.
3 L'aristocratie se change en oligarchie.