‹ vres complètes de Montesquieu avec des notes de Dupin, Crevier, Voltaire, Mably, Servan, La Harpe, etc., etcChapitre 335 sur 1131 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

Continuation du même sujet.

On prenait à Rome les juges dans l'ordre des sénateurs. Les Gracques transportèrent cette prérogative aux chevaliers. Drusus la donna aux sénateurs et aux chevaliers ; Sylla , aux sénateurs seuls ; Cotta, aux sénateurs, aux chevaliers et aux trésoriers de l'épargne. César exclut ces derniers. Antoine fit des décuries de sénateurs , de chevaliers et de centurions.

Quand une république est corrompue , on ne peut remédier à aucun des maux qui naissent qu'en ôtant la corruption, et en rappelant les principes : toute autre correction est, ou inutile, ou un nouveau mal. Pendant que Rome conserva ses principes, les jugements purent être sans abus entre les mains des sénateurs; mais quand elle fut corrompue, à quelque corps que ce fût qu'on transportât les jugements ,

pas encore en âge d'aller à la guerre. La lutte est l'image de la guerre , dit Platon , des Lois , liv. VII. Il loue l'antiquité de n'avoir établi que deux danses , la pacilique et la pyrrhique. Voyez comment cette dernière danse s'appliquait à l'art militaire. (Platon , ibid.)

Aut libidinosœ

Ledœas Lacedœmonis palœstras.

(Martial, lib. IV, epig. 55.)

2 Œuvres morales , au traité, Des demandes des choses romaines.

3 Plutarque , ibid.

4 Plutarque, Œuvres morales, Propos de table, liv. II.

aux sénateurs, aux chevaliers , aux trésoriers de l'épargne, à deux de ces corps, àtous les trois ensemble, à quelque autre corps que ce fût , on était toujours mal. Les chevaliers n'avaient pas plus de vertu que les sénateurs , les trésoriers de l'épargne pas plus que les chevaliers , et ceux-ci aussi peu que les centurions.

Lorsque le peuple de Rome eut obtenu qu'il aurait part aux magistratures patriciennes , il était naturel de penser que ses flatteurs allaient être les arbitres du gouvernement. Non : l'on vit ce peuple qui rendait les magistratures communes aux plébéiens, élire toujours des patriciens. Parce qu'il était vertueux, il était magnanime; parce qu'il était libre, il dédaignait le pouvoir. Mais lorsqu'il eut perdu ses principes , plus il eut de pouvoir, moins il eut de ménagements ; jusqu'à ce qu'enfin , devenu son propre tyran et son propre esclave , il perdit la force de la liberté , pour tomber dans la faiblesse de la licence.

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