‹ vres complètes de Montesquieu avec des notes de Dupin, Crevier, Voltaire, Mably, Servan, La Harpe, etc., etcChapitre 375 sur 1131 · LIVRE XI, CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

LIVRE XI, CHAPITRE VI

si on l'a trouvée , pourquoi la cher- ] ces trois pouvoirs sont réunis sur la tête du sultan ,

il règne un affreux despotisme.

Dans les républiques d'Italie, où ces trois pouvoirs sont réunis , la liberté se trouve moins que dans nos monarchies. Aussi le gouvernement a-t-il besoin, pour se maintenir, de moyens aussi violents que le gouvernement des Turcs : témoin les inquisiteurs d'État x , et le tronc où tout délateur peut , à tous les moments , jeter avec un billet son accusation.

Voyez quelle peut être la situation d'un citoyen dans ces républiques. Le même corps de magistrature a, comme exécuteur des lois, toute la puissance qu'il s'est donnée comme législateur. Il peut ravager l'État par ses volontés générales ; et , comme il a encore la puissance de juger, il peut détruire chaque citoyen par ses volontés particulières.

Toute la puissance y est une ; et , quoiqu'il n'y ait point de pompe extérieure qui découvre un prince despotique , on le sent à chaque instant.

Aussi les princes qui ont voulu se rendre despotiques ont-ils toujours commencé par réunir en leur personne toutes les magistratures; et plusieurs rois d'Europe, toutes les grandes charges de leur État.

Je crois bien que la pure aristocratie héréditaire des républiques d'Italie ne répond pas précisément au despotisme de l'Asie. La multitude des magistrats adoucit quelquefois la magistrature; tous les nobles ne concourent pas toujours aux mêmes desseins : on y forme divers tribunaux qui se tempèrent. Ainsi , à Venise , le grand conseil a la législation ; le pregadi , l'exécution ; les quaranties , le pouvoir de juger. Mais le mal est que ces tribunaux différents sont formés par des magistrats du même corps ; ce qui ne fait guère qu'une même puissance.

La puissance de juger ne doit pas être donnée à un sénat permanent , mais exercée par des personnes tirées du corps du peuple 2 , dans certains temps de l'année , de la manière prescrite par la loi, pour former un tribunal qui ne dure qu'autant que la nécessité le requiert.

De cette façon, la puissance déjuger, si terrible parmi les hommes , n'étant attachée ni à un certain état, ni à une certaine profession, devient, pour ainsi dire, invisible et nulle. On n'a point continuellement des juges devant les yeux ; et Ton craint la magistrature, et non pas les magistrats.

Il faut même que dans les grandes accusations

voir ou elle est , cher?

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