‹ vres complètes de Montesquieu avec des notes de Dupin, Crevier, Voltaire, Mably, Servan, La Harpe, etc., etcChapitre 389 sur 1131 · LIVRE XI, CHAPITRE XVII · texte numérisé non relu

LIVRE XI, CHAPITRE XVII

sance législative d'un autre corps de l'État : ce fut un délire de la liberté. Le peuple, pour établir la démocratie, choqua les principes mêmes de la démocratie. Il semblait qu'une puissance aussi exorbitante aurait dû anéantir l'autorité du sénat; mais Rome avait des institutions admirables. Elle en avait deux surtout : par l'une , la puissance législative du peuple était réglée ; par l'autre , elle était bornée.

Les censeurs, et avant eux les consuls1, formaient et créaient, pour ainsi dire, tous les cinq ans, le corps du peuple; ils exerçaient la législation sur le corps même qui avait la puissance législative. « Tiberius Gracchus, censeur, dit Cicéron, « transféra les affranchis dans les tribus de la ville, « non par la force de son éloquence, mais par une « parole et par un geste ; et , s'il ne l'eût pas fait , « cette république, qu'aujourd'hui nous soutenons « à peine, nous ne l'aurions plus. »

D'un côté, le sénat avait le pouvoir d'ôter, pour ainsi dire , la république des mains du peuple , par la création d'un dictateur 2 , devant lequel le souverain baissait la tête , et les lois les plus populaires restaient dans le silence 3.

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