‹ vres complètes de Montesquieu avec des notes de Dupin, Crevier, Voltaire, Mably, Servan, La Harpe, etc., etcChapitre 453 sur 1131 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

tée en nous par le déchirement dé quelque fibre de notre corps. L'auteur de la nature a établi que celte douleur serait plus forte à mesure que le dérangement serait plus grand : or, il est évident que les grands corps et les fibres grossières des peuples du nord sont moins capables de dérangement que les fibres délicates des peuples des pays chauds : l'âme y est donc moins sensible à la douleur. Il faut écorcher un Moscovite pour lui donner du sentiment r.

Avec cette délicatesse d'organes que l'on a dans les pays chauds, l'âme est souverainement émue par tout ce qui a du rapport à l'union des deux sexes : tout conduit à cet objet.

Dans les climats du nord, à peine le physique de l'amour a-t-il la force de sje rendre bien sensible ; dans les climats tempérés , l'amour, accompagné de mille accessoires , se rend agréable par des choses qui d'abord semblent être lui-même , et ne sont pas encore lui ; dans les climats plus chauds , on aime l'amour pour lui-même : il est la cause unique du bonheur, il est la vie*

Dans les pays du midi , une machine délicate , faible , mais sensible , se livre à un amour qui , dans un sérail , naît et se calme sans cesse , ou bien à un amour qui, laissant les femmes dans une plus grande indépendance, est exposé à mille troubles. Dans les pays du nord , une machine saine et bien constituée , mais lourde, trouve ses plaisirs dans tout ce qui peut remettre les esprits en mouvement, la chasse, les voyages, la guerre , le vin. Vous trouverez dans les climats du nord des peuples qui ont peu de vices , assez de vertus , beaucoup de sincérité et de franchise. Approchez des pays du midi, vous croirez vous éloigner de la morale même : des passions plus vives multiplieront les crimes ; chacun cherchera à prendre sur les autres tous les avantages qui peu-^ vent favoriser ces mêmes passions. Dans les pays tempérés, vous verrez des peuples inconstants dans leurs manières , dans leurs vices même , et dans leurs vertus : le climat n'y a pas une qualité assez déterminée pour les fixer eux-mêmes.

La chaleur du climat peut être si excessive que le corps y sera absolument sans force. Pour lors , l'abattement passera à l'esprit même ; aucune curiosité , aucune noble entreprise , aucun sentiment

1 II faudrait chercher dans cette insensibilité la raison des divers supplices que nous voyons en usage chez les différentes nations, si l'histoire ne nous enseignait que cette diversité de supplices dépend plutôt de la nature des gouvernements que de celle des climats, et si la physique ne nous présentait le tableau des effets étonnants que peuvent produire sur l'homme la façon de vivre et la coutume. (Édit. anonyme de 1764.)

DE L'ESPRIT DES LOTS

généreux ; les inclinations y seront toutes passives ; la paresse y fera le bonheur \ la plupart des châtiments y seront moins difficiles à soutenir que l'action de l'âme , et la servitude moins insupportable que la force d'esprit qui est nécessaire pour se conduire soi-même.

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