livre xv
sïtion de la police. Ces lois qui, sur cinq chefs de famille, en établissent un comme magistrat sur les quatre autres; ces lois qui, pour un seul crime , punissent toute une famille ou tout un quartier ; ces lois qui ne trouvent point d'innocents là où il peut y avoir un coupable, sont faites pour que tous les hommes se méfient les uns des autres , pour que chacun recherche la conduite de chacun , et qu'il en soit l'inspecteur, le témoin et le juge.
Le peuple des Indes, au contraire , est doux * , tendre, compatissant : aussi ses législateurs ont -ils «u une grande confiance en lui. Ils ont établi peu de peines *, et elles sont peu sévères ; elles ne sont pas même rigoureusement exécutées. Ils ont donné les neveux aux oncles , les orphelins aux tuteurs , comme on les donne ailleurs à leurs pères ; ils ont réglé la succession par le mérite reconnu du successeur. Il semble qu'ils ont pensé que chaque citoyen devait se reposer sur le bon naturel des autres.
Ils donnent aisément la liberté à leurs esclaves 3 ; ils les marient ; ils les traitent comme leurs enfants 4 : heureux climat, qui fait naître la candeur des moeurs , et produit la douceur des lois 5 !
1 Voyez Bernier, tom. II , pag. 140.
2 Voyez, dans le quatorzième recueil des Lettres édifiantes, ^pag. 403, les principales lois ou coutumes des peuples de l'Inde de la presqu'île deçà le Gange.
3 Lettres édifiantes, neuvième recueil , pag. 378.
4 J'avais pensé que la douceur de l'esclavage aux Indes avait fait dire à Diodore qu'il n'y avait dans ce pays ni maître ni esclave ; mais Diodore a attribué à toute l'Inde ce qui, selon Strabon, liv. XV, n'était propre qu'à, une nation particulière.
5 Le climat étend son pouvoir, sans doute, sur la force et la beauté du corps, sur le génie, sur les inclinations. Nous n'avons jamais entendu parler ni d'une Phryné samoïède ou négresse , m d'un Hercule lapon, ni d'un Newton topinambou ; mais je<ne crois pas que l'illustre auteur ait eu raison d'affirmer que les peuples du nord ont toujours vaincu ceux du midi : car les Arabes acquirent par les armes, en très-peu de temps, au nom de leur patrie, un empire aussi étendu que celui des Romains ; et les Romains eux-mêmes avaient subjugué les bords de la mer Noire , qui sont presque aussi froids que ceux de la mer Baltique
L'illustre auteur croît que les religions dépendent du climat. Je pense avec lui que les rites en dépendent entièrement. Mahomet n'aurait défendu le vin et les jambons ni à Bayonnè, ni à M ayence. On entrait chaussé dans les temples de la Tauride , qui est un pays froid; il fallait entrer nu-pieds dans celui de Jupiter-Ammon, au milieu des sables brûlants. On ne s'avisera point en Egypte de peindre Jupiter armé du tonnerre , puisqu'il y tonne si rarement.
La croyance qui constitue proprement la religion , est d'une nature toute différente. Les enfants troyens furent élevés dans la persuasion qu'Apollon et Neptune avaient bâti les murs de Troie ; et les enfants athéniens bien appris ne doutaient pas que Minerve ne leur eût donné des olives. Les Romains, les Carthaginois , eurent une auU*e mythologie. Chaque peuple eut la sienne.
Je nç puis croire à la faiblesse d'organes que Montesquieu attribue aux peuples du midi , et à cette paresse d'esprit qui fait , selon lui, « que les lois, les mœurs et les manières, sont aujour-