CHAPITRE XIX
Des affranchis et des eunuques.
Ainsi , dans le gouvernement de plusieurs , il est souvent utile que la condition des affranchis soit peu au-dessous de celle des ingénus , et que les lois travaillent à leur ôter le dégoût de leur condition. Mais , dans le gouvernement d'un seul , lorsque le luxe et le pouvoir arbitraire régnent , on n'a rien à faire à cet égard. Les affranchis se trouvent presque toujours au-dessus des hommes libres : ils dominent à la cour du prince et dans les palais des grands ; et comme ils ont étudié les faiblesses de leur maître, et non pas ses vertus , ils le font régner , non pas par ses vertus., mais par ses faiblesses. Tels étaient à Rome les affranchis du temps des empereurs.
Lorsque les principaux esclaves sont eunuques, quelque privifëge qu'on leur accorde , on ne peut guère les regarder comme les affranchis. Car comme ils ne peuvent avoir de famille, ils sont par leur sature attachés à une famille ; et ce n'est que par une espèce de fiction qu'on peut les considérer comme citoyens.
1 Tacite % Annales, liv. XIII.
1 Harangue d'Auguste , dans Dion , liv. LVI.