CHAPITRE X
Du caractère des Espagnols et de celui des Chinois.
Les divers caractères des nations sont mêlés de vertus et de vices , de bonnes et de mauvaises qualités. Les heureux mélanges sont ceux dont il résulte de grands biens ; et souvent on ne les soupçonnerait
1 Les peuples qui suivent le kan de Malaoamber, ceux de Carnataca et de Coromandel , sont des peuples orgueilleux et paresseux ; ils consomment peu , parce qu'ils sont misérables : au lieu que les Mogols et les peuples de l'Indostan s'occupent et jouissent des commodités de la vie , comme les Européens. (Recueil des Voyages qui ont servi à l'établissement de la compagnie des Indes, tom. I, pag. 54.)
2 Voyez Dampier, tom. in.
3 Lettres édifiantes, douzième recueil, pag. 80.
pas : il y en a dont il résulte de grands maux , et qu'on ne soupçonnerait pas non plus.
La bonne foi des Espagnols a été fameuse dans tous les temps. Justin l nous parle de leur fidélité à garder les dépôts ; ils ont souvent souffert la mort pour les tenir secrets. Cette fidélité qu'ils avaient autrefois, ils l'ont encore aujourd'hui. Toutes les nations qui commercent à Cadix confient leur fortune aux Espagnols ; elles ne s'en sont jamais repenties. Mais cette qualité admirable, jointe à leur paresse , forme un mélange dont il résulte des effets qui leur sont pernicieux : les peuples de l'Europe font, sous leurs yeux, tout le commerce de leur monarchie.
Le caractère des Chinois forme un autre mélange, qui est en contraste avec le caractère des Espagnols. Leur vie précaire 2 fait qu'ils ont une activité prodigieuse, et un désir si excessif du gain , qu'aucune nation commerçante ne peut se fier à eux 3. Cette infidélité reconnue leur a conservé le commerce du Japon; aucun négociant d'Europe n'a osé entreprendre de le faire sous leur nom , quelque facilité qu'il y eût eu à l'entreprendre par leurs provinces maritimes du nord.
CHAPTÏÏŒ XL
Réflexion.
Je n'ai point dit ceci pour diminuer rien de la distance infinie qu'il y a entre les vices et les vertus : à Dieu ne plaise ! J'ai seulement voulu faire comprendre que tous les vices politiques ne sont pas des vices moraux , et que tous les vices moraux ne sont pas des vices politiques ; et c'est ce que ne doivent point ignorer ceux qui font des lois qui choquent l'esprit général.