‹ vres complètes de Montesquieu avec des notes de Dupin, Crevier, Voltaire, Mably, Servan, La Harpe, etc., etcChapitre 639 sur 1131 · CHAPITRE XXIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIII

Les Indes et l'Espagne sont deux puissances sous un même maître ; mais les Indes sont le principal, l'Espagne n'est que l'accessoire. C'est en vain que la politique veut ramener Je principal à l'accessoire : les Indes attirent toujours l'Espagne à elles.

D'environ cinquante millions de marchandises qui vont toutes les années aux Indes , l'Espagne ne fournit que deux millons et demi ; les Indes font donc un commerce de cinquante millions , et l'Espagne de deux millions et demi.

C'est une mauvaise espèce de richesse qu'un tribut d'accident , et qui ne dépend pas de l'industrie de la nation , du nombre de ses habitants , de la culture de ses terres. Le roi d'Espagne, qui reçoit de grandes sommes de sa douane de Cadix, n'est , à cet égard , qu'un particulier très-riche dans un État très-pauvre. Tout se passe des étrangers à lui sans que ses sujets y prennent presque de part : ce commerce est indépendant de la bonne et de la mauvaise fortune de son royaume.

Si quelques provinces dans la Castille lui donnaient une somme pareille à celle de la douane de Cadix , sa puissance serait bien plus grande : ses richesses ne pourraient être que l'effet de celles du pays; ces provinces animeraient toutes les autres, et elles seraient toutes ensemble plus en état de soutenir les charges respectives ; au lieu d'un grand trésor, on aurait un grand peuple.

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