CHAPITRE XVII
Continuation du même sujet.
Lorsqu'il y a beaucoup de sujets de haine dans un État , il faut que la religion donne beaucoup de moyens de réconciliation. Les Arabes, peuple brigand, se faisaient souvent des injures et des injustices. Mahomet fit cette loi3 : « Si quelqu'un « pardonne le sang de son frère 4, il pourra pour- « suivre le malfaiteur pour des dommages et inté- « rets ; mais celui qui fera tort au méchant , après « avoir reçu satisfaction de lui , souffrira au jour du « jugement des tourments douloureux. »
Chez les Germains , on héritait des haines et des inimitiés de ses proches; mais elles n'étaient pas
1 Recueil des Voyages qui ont servi à V établissement de la compagnie des Indes, tom. IV, part. I, pag 127.
2 Voyez Prideaux , Fie de Mahomet , pag. 64, .
3 Dans VAlcoran , liv. I , chap. de la Fâche.
4 Eu renonçant à la loi du talion.
DE L'ESPRIT DES LOIS
éternelles. On expiait l'homicide en donnant une certaine quantité de bétail ; et toute la famille recevait la satisfaction : chose très-utile, dit Tacite1, parce que les inimitiés sont très-dangereuses chez un peuple libre. Je crois bien que les ministres de la religion, qui avaient tant de crédit parmi eux, entraient dans ces réconciliations.
Chez les Malais, où la réconciliation n'est pas établie, celui qui a tué quelqu'un, sûr d'être assassiné par les parents ou les amis du mort, s'abandonne à sa fureur, blesse et tue tout ce qu'il rencontre 2.