LIVRE XXVIII
« charte de quelque héritage était attaquée de « faux , celui qui la présentait faisait serment sur « les Évangiles qu'elle était vraie; et, sans aucun «jugement préalable, il se rendait propriétaire « de l'héritage : ainsi les parjures étaient sûrs « d'acquérir «. » Lorsque l'empereur Othon I se fit couronner à Rome 2 , le pape Jean XII tenant un concile, tous les seigneurs d'Italie s'écrièrent qu'il fallait que l'empereur fit une loi pour corriger cet indigne abus 3. Le pape et l'empereur jugèrent qu'il fallait renvoyer l'affaire au concile qui devait se tenir peu de temps après à Ravenne 4. Là , les seigneurs firent les mêmes demandes , et redoublèrent leurs cris; mais, sous prétexte de l'absence de quelques personnes, on renvoya encore une fois cette affaire. Lorsque Othon II, et Conrad5, roi de Bourgogne, arrivèrent en Italie, ils eurent , à Vérone 6 , un colloque avec les seigneurs d'Italie 7 ; et, sur leurs instances réitérées, l'empereur, du consentement de tous , fit une loi qui portait que, quand il y aurait quelque contestation sur des héritages, et qu'une des parties voudrait se servir d'une chartre, et que l'autre soutiendrait qu'elle était fausse , l'affaire se déciderait par le combat ; que la même règle s'observerait lorsqu'il s'agirait de matières de fiefs ; que les églises seraient sujettes à la même loi, et qu'elles combattraient par leurs champions. On voit que la noblesse demanda la preuve par le combat, à cause de l'inconvénient de la preuve introduite dans les églises ; que , malgré les cris de cette noblesse, malgré l'abus qui criait lui-même, et malgré l'autorité d'Othon , qui arriva en Italie pour parler et agir en maître, le clergé tint ferme dans deux conciles ; que le concours de la noblesse et des princes ayant forcé les ecclésiastiques à céder, l'usage du combat judiciaire dut être regardé comme un privilège de la noblesse, comme un rempart contre l'injustice, et une assurance de sa propriété ; et que , dès ce moment , cette pratique dut s'étendre. Et cela se fit dans un temps où les empereurs étaient grands, et les papes petits, dans un temps où les Othons vinrent rétablir en Italie la dignité de l'empire.
1 Lot des Lombards, liv. II, tit. lv, chap. xxxiv.
2 L'an 962.
3 Ab Italiœ proceribus est proclamatum, ut imperator sanctus, mutata lege , f admis indignum destrueret. (Loi des Lombards, liv. II, tit. LV, chap. xxxiv.)
4 II fut tenu en l'an 967 , en présence du pape Jean XIII , et de l'empereur Othon I.
5 Oncle d'Othon II, fils de Rodolphe, et roi de la Bourgogne transjurane. 6 L'an 988.
7 Cam in hoc ab omnibus impériales aures pulsarentur. 'Loi des Lombards, liv. II, tit. lv, chap. xxxiv.)