‹ vres complètes de Montesquieu avec des notes de Dupin, Crevier, Voltaire, Mably, Servan, La Harpe, etc., etcChapitre 86 sur 1131 · LE GRAND EUNUQUE A USBEK · texte numérisé non relu

LE GRAND EUNUQUE A USBEK

A Paris.

Hier des Arméniens menèrent au sérail une jeune esclave de Circassie , qu'ils voulaient vendre. Je la lis entrer dans les appartements secrets, je la déshabillai , je l'examinai avec les regards d' un juge ; et plus je l'examinai, plus je lui trouvai de grâces. Une pudeur virginale semblait vouloir les dérober à ma vue; je vis tout ce qu'il lui en coûtait pour obéir : elle rougissait de se voir nue, même devant moi , qui , exempt des passions qui peuvent alarmer la pudeur, suis inanimé sous l'empire de ce sexe, et qui , ministre de la modestie dans les actions les plus libres , ne porte que de chastes regards , et ne puis inspirer que l'innocence.

Dès que je l'eus jugée digne de toi, je baissai les yeux , je lui jetai un manteau d'écarlate , je lui mis au doigt un anneau d'or, je me prosternai à ses pieds ., je l'adorai comme la reine de ton cœur. Je payai les Arméniens ; je la dérobai à tous les yeux. Heureux Usbek ! tu possèdes plus de beautés que n'en enferment tous les palais d'Orient. Quel plaisir pour toi de trouver à ton retour tout ce que la Perse a de plus ravissant, et de voir dans ton sérail renaître les grâces à mesure que le temps et la possession travaillent aies détruire!

Du sérail de Fatraé , le 1er de la lune de Rebiab 1 , 1715,

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