‹ vres complètes de Montesquieu avec des notes de Dupin, Crevier, Voltaire, Mably, Servan, La Harpe, etc., etcChapitre 887 sur 1131 · CHAPITRE XIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIX

grandeur de la composition établie sur la tête d'un homme faisait donc une de ses grandes prérogatives ; car, outre la distinction qu'elle faisait de sa personne, elle établissait pour lui parmi des nations violentes une plus grande sûreté.

La loi des Bavarois nous fait bien sentir ceci » : elle donne le nom des familles bavaroises qui recevaient une composition double, parce qu'elles étaient les premières après les Agilolfingues 2. Les Agilolfingues étaient de la race ducale, et on choisissait le duc parmi eux ; ils avaient une composition quadruple. La composition pour le duc excédait d'un tiers celle qui était établie pour les Agilolfingues. « Parce qu'il est duc, dit la loi, on « lui rend un plus grand honneur qu'à ses pa- « rents. »

Toutes ces compositions étaient fixées à prix d'argent. Mais , comme ces peuples , surtout pendant qu'ils se tinrent dans la Germanie, n'en avaient guère , on pouvait donner du bétail , du blé , des meubles , des armes , des chiens , des oiseaux de chasse, des terres, etc.3. Souvent même la loi fixait la valeur de ces choses 4 : ce qui explique comment, avec si peu d'argent, il y eut chez eux tant de peines pécuniaires.

Ces lois s'attachèrent donc à marquer avec précision la différence des torts, des injures, des crimes, afin que chacun connût au juste jusqu'à quel point il était lésé ou offensé ; qu'il sût exactement la réparation qu'il devait recevoir, et surtout qu'il n'en devait pas recevoir davantage.

Dans ce point de vue , on conçoit que celui qui se vengeait après avoir reçu la satisfaction commettait un grand crime. Ce crime ne contenait pas moins une offense publique qu'une offense particulière : c'était un mépris de la loi même. C'est ce crime que les législateurs ne manquèrent pas de punir 5.

Il y avait un autre crime qui fut surtout regardé comme dangereux 6 , lorsque ces peuples perdirent

1 Titre h , chap. xx.

2 Hozidra, Ozza, Sagana , Habilingua , Anniena, ibid.

3 Ainsi la loi d'Ina estimait la vie une certaine somme d'argent , ou une certaine portion de terre. Leges Inœ régis , titulo de Villico regio, de priscis Anglorum legibus. (Cambridge, 1644.)

4 Voyez la loi des Saxons , qui fait même cette fixation pour plusieurs peuples , chap. xvm. Voyez aussi la loi des Ripuaires, tit. xxxvi , § 1 1 ;la loi des Bavarois , tit. 1 , § 10 et 1 '. 5/ aurumnon habet, donetaliampecnniam, mancipia, terram, etc.

5 Voyez la loi des Lombards, liv. I , tit. xxv, § 21 ; ibid. liv. I , tit. ix , § 8 et 34 ; ibid. § 38 ; et le capitulaire de Charlemagne , de Tan 802 , chap. x'xxii , contenant une instruction donnée à ceux qu'il envoyait dans les provinces.

6 Voyez dans Grégoire de Tours, liv. VIT, chap. xlvh, le détail d'un procès ou une partie perd la moitié de la compo-

dans le gouvernement civil quelque chose de leur esprit d'indépendance , et que les rois s'attachèrent à mettre dans l'État une meilleure police : ce crime était de ne vouloir point faire , ou de ne vouloir pas recevoir la satisfaction. Nous voyons, dans divers codes des lois des barbares, que les législateurs y obligeaient *. En effet, celui qui refusait de recevoir la satisfaction voulait conserver son droit de vengeance; celui qui refusait de la faire laissait à l'offensé son droit de vengeance ; et c'est ce que les gens sages avaient réformé dans les institutions des Germains, qui invitaient à la composition, mais n'y obligeaient pas.

Je viens de parler d'un texte de la loi salique où le législateur laissait à la liberté de l'offensé de recevoir ou de ne recevoir pas la satisfaction : c'est cette loi qui interdisait à celui qui avait dépouillé un cadavre le commerce des hommes, jusqu'à ce que les parents , acceptant la satisfaction , eussent demandé qu'il pût vivre parmi les hommes 2. Le respect pour les choses saintes fit que ceux qui rédigèrent les lois saliques ne touchèrent point à l'ancien usage.

Il aurait été injuste d'accorder une composition aux parents d'un voleur tué dans l'action du vol , ou à ceux d'une femme qui avait été renvoyée après une séparation pour crime d'adultère. La loi des Bavarois ne donnait point de composition dans des cas pareils, et punissait les parents qui en poursuivaient la vengeance 3.

Il n'est pas rare de trouver dans les codes des lois des barbares des compositions pour des actions involontaires. La loi des Lombards est presque toujours sensée ; elle voulait que , dans ce cas , on composât suivant sa générosité et que les parents ne pussent plus poursuivre la vengeance 4.

Clotaire II fit un décret très-sage : il défendit à celui qui avait été volé de recevoir sa composition en secret 5 , et sans l'ordonnance du juge. On va voir tout à l'heure le motif de cette loi.

sition qui lui avait été adjugée, pour s'être fait justice ellemême, au lieu de recevoir la satisfaction, quelques excès qu'elle eût soufferts depuis.

1 Voyez la loi des Saxons, chap. ni, §4; la loi des Lombards, liv.I, tit. xxxvii, § I et 2; et la loi des Allemands, tit. xlv, § I et 2. Cette dernière loi permettait de se faire justice soi-même , sur-le-champ , et dans le premier mouvement. Voyez aussi les capitulaires de Charlemagne, de l'an 779, chap. xxii ; de l'an 802 , chap. xxxn ; et celui du même , de l'an 805 , ch. v.

2 Les compilateurs des lois des Ripuaires paraissent avoir modifié ceci. Voyez le titre lxxxv de ces lois.

Voyez le décret de Tassillon , de popularibus legibus, art. 3,4, 10, 16, 19; la loi des Angles, VA. vu, S 4. « Livre I, tit. ix, g 4.

» Pacluspro tenorc pacis inter Childeberlum et Clotarium,

DE L'ESPRIT DES LOIS

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