LIVRE XXXI, CHAPITRE IV
mandant sa faveur, ils se mirent entre ses mains *. Dagobert réunit , comme son père , toute la monarchie : la nation se reposa sur lui , et ne lui donna point de maire. Ce prince se sentit en liberté; et, rassuré d'ailleurs par ses victoires , il reprit le plan deBrunehault. Mais cela lui réussit si mal, que les leudes d'Austrasie se laissèrent battre par les Sclavons 2 , s'en retournèrent chez eux , et les marches de l'Austrasie furent en proie aux barbares.
Il prit le parti d'offrir aux Austrasiens de céder l'Austrasie à son fils Sigebert , avec un trésor, et de mettre le gouvernement du royaume et du palais entre les mains de Cunibert , évêque de Cologne , et du duc Adalgise. Frédégaire n'entre point dans le détail des conventions qui furent faites pour lors ; mais le roi les confirma toutes par ses Chartres , et d'abord l'Austrasie fut mise hors de danger 3.
Dagobert , se sentant mourir, recommanda à JZga sa femme Nentechilde et son fils Clovis. Les leudes de Neustrie et de Bourgogne choisirent ce jeune prince pour leur roi 4. JEga et Nentechilde gouvernèrent le palais5; ils rendirent tous les biens que Dagobert avait pris6, et les plaintes cessèrent en Neustrie et en Bourgogne, comme elles avaient cessé en Austrasie.
Après la mort d'^Ega, la reine Nentechilde engagea les seigneurs de Bourgogne à élire Floachatus
: pour leur maire 7. Celui-ci envoya aux évêques et aux principaux seigneurs du royaume de Bourgogne des lettres , par lesquelles il leur promettait de leur conserver pour toujours, c'est-à-dire pendant leur
j vie, leurs honneurs et leurs dignités8. Il confirma
1 Eo anno, Clotarius cum proceribus et leudibus Burgundice Trecassinis conjungitur : cum eorum esset sollicitas sivellentjam, Warnachario discesso , alium in ejus honoris gradum sublimare ; sed omnes unanimiter denegantes se nequaquam velle majorem-domus eligere, régis gratiam obnixe petentes , cum rege transegere. (Chronique de Frédégaire , chap. lïv, sur l'an 626.)
2 Istam victoriam quam Vinidi contra Francos meruerunt, non tantum Sclavinorum fortitudo obtinuit, quantum dementatio Austrasiorum , dum se cernebant cum Dagoberto odium incurrisse, et assidue expoliarentur. (Chronique de Frédégaire, chap. lxviii, sur l'an 630.)
3 Deinceps Austrasii eorum studio limitent etregnum Francorum contra Finidos utiliter defensasse noscuntur. (Ibid. chap lxxx, sur l'an 632.)
4 Ibid. chap. lxxix , sur l'an 638.
5 Ibid.
6 Ibid. chap. lxxx, sur Tan 639.
7 Chronique de Frédégaire, chap. lxxxix, sur l'an 641.
8 Ibid. Floachatus cunctis ducibus a regno Burgundiœ, seu et pontificibus , per epistolas etiam et sacramèntis flrviavit unicuique gradum honoris et dignitatem, seu et amicitiam , perpetuo conservare.
sa parole par un serment : c'est ici que l'auteur du livre des maires de la maison royale met le commencement de l'administration du royaume par des maires du palais1.
Frédégaire, qui était Bourguignon, est entré dans de plus grands détails sur ce qui regarde les maires de Bourgogne dans le temps de la révolution dont nous parlons, que sur les maires d'Austrasie et de Neustrie ; mais les conventions qui furent faites en Bourgogne furent, par les mêmes raisons, faites en Neustrie et en Austrasie. La nation crut qu'il était plus sûr de mettre la puissance entre les mains d'un maire qu'elle élisait, et à qui elle pouvait imposer des conditions , qu'entre celles d'un roi dont le pouvoir était héréditaire.