‹ vres complètes de Montesquieu avec des notes de Dupin, Crevier, Voltaire, Mably, Servan, La Harpe, etc., etcChapitre 909 sur 1131 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

Dans le traité d'Andeli J , Contran et son noveu Childebert s'obligent de maintenir les libéralités faites aux leudes et aux églises par les rois leurs prédécesseurs ; et il est permis aux reines , aux fil^ les , aux veuves des rois , de disposer par testament , et pour toujours, des choses qu'elles tiennent du fisc 2.

Marculfe écrivait ses formules du temps des maires 3. On en voit plusieurs où les rois donnent et à la personne et aux héritiers 4 ; et , comme les formules sont les images des actions ordinaires de la vie, elles prouvent que , sur la fin delapremièrerace, une partie des fiefs passait déjà aux héritiers. II s'en fallait bien que l'on eût dans ces temps-là l'idée d'un domaine inaliénable : c'est une chose très-moderne, et qu'on ne connaissait alors ni dans la théorie , ni dans la pratique.

On verra bientôt sur cela des preuves de fait; et, si je montre un temps où il ne se trouva plus de bénéfices pour l'armée , ni aucun fonds pour son entretien, il faudra bien convenir que les anciens bénéfices avaient été aliénés. Ce temps est celui de Charles-Martel , qui fonda de nouveaux fiefs , qu'il faut bien distinguer des premiers.

Lorsque les rois commencèrent à donner pour toujours , soit par la corruption qui se glissa dans le gouvernement , soit par la constitution même qui faisait que les rois étaient obligés de récompenser sans cesse , il était naturel qu'ils commençassent plutôt à donner à perpétuité les fiefs que les comtés. Se priver de quelques terres était peu de chose : renoncer aux grands offices , c'était perdre la puissance même.

Page 1