‹ Vues des ruines de PompéiChapitre 10 sur 137 · PLANCHE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

PLANCHE PREMIÈRE

Frontispice.

L’expricarion de cette planche sera donnée avec celle des vignettes, à la fin de l’ouvrage.

PLANCHE Il.

Carte de la Campanie.

Cette carte est dressée d’après les plans modernes de Zannoni, considérés comme les plus corrects qui aient été faits de ce pays. Nous nous sommes aussi aidés, pour la disposition des voies et pour la connaissance des noms anciens, de la savante Dissertation de Pellegrini.

Les véritables limites de la Campanie peuvent être encore un sujet de discussion, puisque nous les voyons varier sans cesse avec les époques et au gré des historiens. Annibal, au rapport de Polybe, trouvait à cette contrée la forme d'un théâtre, dominé par des montagnes impraticables qui n’offraient que trois issues dans les champs Phlégréens, c’est-à-dire dans la plaine qui sépare Nola de Capoue. Ptolémée lui donne pour limites le Liris et le Sarno. Frontinus se contente de dire qu’elle était plus longue que large. Suivant notre carte, elle a trente-trois milles dans sa plus grande longueur, de Sinuesse au Sarno; sa largeur, depuis le mont Tifata et la chaîne qui y fait suite jusqu’à la mer, est d'environ douze milles, ce qui forme une surface de trois cent quatre-vingtseize milles carrés, et revient à cinquante mille arpents, étendue qui lui est assignée par Cicéron, dans ses Lettres à Atticus (liv. II, lettre 16).

Nous avons déja fait observer que l’ancienne côte d'Oplontis à Stabia semble avoir gagné sur la mer des deux côtés de Pompéi; Pline dit expressément que le territoire de Nuceria, ville en quelque sorte contiguë à cette dernière, touchait à la mer. Le Sarno est aujourd'hui éloigné de Pompéi d'environ un tiers de mille. 11 sort d’une fontaine, dans le joli petit village du même nom; et ses eaux, claires et rapides, traversent la plaine voisine avant de se jeter dans la mer, non loin de la pierré d'Hercule (r). Cette plaine est le dulcis Pompeia palus vicina Salinis Herculeis de Columelle.

L'endroit où commence le territoire de Pompéi est désigné par une longue

ligne claire, formée par les cendres qu’on enlève à la suite des excavations, et qui sont maintenant portées hors de la ville, tandis qu’autrefois on les jetait, sans aucun soin, sur les parties précédemment explorées, et qu’on ensevelissait de nouveau les monuments déja découverts. Sur le penchant de la montagne, au-delà de Torre-dell’-Annunziata, on remarque l'éminence de Camaldoli, qui est un amas considérable de pierres ponces. De ce lieu jusqu’au sommet, on rencontre quatre petits cratères formés par l'éruption de 1760. Au-dessous de la bouche principale du Vésuve, on est étonné d’apercevoir les petits villages de Bosco-Reale et de Bosco-tre-Case, et l’on cherche vainement à s’expliquer l’imprévoyance de l'homme, qui va établir sa demeure jusque sur le théâtre de si grands désastres, sans songer qu'ils peuvent d’un jour à l’autre se renouveler.

Les Tables de Peutinger établissent les distances suivantes entre plusieurs villes de la Campanie : de Capoue à Atella huit milles, et autant de Capoue à Naples; d’Atella ou de Capoue à Suessola huit, à Nola huit, à Teglanus cinq, à Nucéria huit, à Salernum huit; de Naples à Herclanium six, à Oplontis six, à Pompéi trois; de Nuceria à Pompéi ou à Stabia douze, peut-être sept.

Comme la date présumée de ces Tables remonte au règne de Théodose, c’està-dire à la fin du quatrième siècle, on peut supposer que l’inexactitude qu'on remarque dans les dernières distances provient de l'ignorance où l’on était alors sur la véritable situation de Pompéi et des autres villes détruites en même temps qu’elle.

Herculanum était située sur un promontoire dont il ne reste plus de vestiges; le port de Retina en était voisin. On a cru souvent que Paleopolis et Neapolis

(x) La pierre d’Hercule ( Herculis petra) consiste aujourd’hui en deux ou trois pointes de rochers et un château abandonné.

DE LA PREMIÈRE PARTIE. 33 ne faisaient qu'une seule ville, quoiqu’elles fussent certainement différentes. Paleopolis devait être sur la hauteur de Saint-Elme, et Neapolis au-dessous, sur le mont Échia, maintenant Pezzo-Falcone; cette dernière s’étendit peu-àpeu le long du rivage, et finit par occuper, sous les empereurs, à-peu-près le même terrain qu'aujourd'hui.

La petite île de Mégaris, située en face de Neapolis, a été presque entièrement engloutie à la suite des tremblements de terre; on n’en voit plus que

quelques débris. PLANCHE IIl.

Plan de Pompéi.

Ce plan présente l’ensemble des découvertes faites jusqu’à ce jour par masses de bâtiments ou ilots de maisons. Il a été dressé pour donner une idée de la disposition des rues, de l’étendue des fouilles exécutées, et de ce qui reste à découvrir.

Les murailles de la ville, depuis la porte d'Herculanum jusqu’à la plateforme où est situé le temple grec, ont environ douze cents toises de développement. La surface entière de la ville était de cent soixante-quatorze mille six cents toises carrées, ce qui fait près de cent quatre-vingt-quatorze arpents. La partie explorée, sans y comprendre la rue des Tombeaux, présente une surface de trente-cinq mille huit cents toises, à-peu-près le cinquième de la ville.

L’explication de cette planche ne peut se donner ici d’une manière détaillée; on la trouvera dans la description de toutes les parties que nous allons exa-

miner successivement.

PLANCHES IV, V, Vlr VII.

Plan général.

Le plan général des découvertes faites jusqu’à ce jour, sur une échelle d’un millimètre pour mètre, ne paraîtra que vers le milieu de la publication. Les chiffres ou lettres de renvoi que l’on trouvera dans le courant du texte y seront portés avec exactitude. Nous y joindrons un Appendice explicatif.

Pour faciliter les recherches, nous donnerons l'explication particulière de chacune des parties du plan général relative à l'objet dont on s’occupera.

Le sentiment religieux qu’inspire la cendre des morts se retrouve dans tous les temps et chez tous les peuples. Si les anciens nous ont laissé une multitude de monuments funèbres, bâtis à grands frais et décorés avec tout le luxe des arts, on en voit aux portes de nos villes qui sont égaux en magnificence et qui promettent de l'être en durée; et l’on sait que les sauvages eux-mêmes ne cèdent qu'avec désespoir les champs où ils ont enseveli les ossements de leurs pères :

Voyez comme assemblant ces restes adorés,

Le sauvage avec joie en remplit sa cabane,

Et change en lieu sacré sa retraite profane!

L'amour de son pays, c’est l'amour des aïeux.

Allez lui commander d’abandonner ces lieux :

«Dis donc, vous répond-il, dis aux os de nos pères: «Levez-vous et marchez aux terres étrangères !»

(Dee, l'Imagination.)

Mais la vénération des Grecs et des Romains pour les tombeaux approchait d’un véritable culte. Souvent à côté de la pierre sépulcrale s'élevait un temple ou un autel : là on venait invoquer les mânes, on brülait des parfums, on déposait des fleurs, des fruits, et toute sorte d’offrandes. Le vestibule des maisons, dans lequel étaient rangées les statues ou les images des ancêtres, était un lieu consacré à leur mémoire, et confié à leur garde tutélaire. La tombe d’un héros, placée dans l’enceinte ou dans le voisinage d’une ville, était

révérée par tous les habitants comme l'asile d’un demi-dieu :

Des sépulcres muets perçant la noire enceinte, Et d’un ami, d’un père évoquant l'ombre sainte, Ce peuple, enveloppé de sombres vêtements, Trois fois se promenait autour des monuments, Y brülait de Saba les parfums salutaires,

Et couronnaïit enfin ces lugubres mystères Par des libations d’un vin délicieux

Sur l'urne où reposaient les restes précieux.

Ce respect pour les morts, fruit d’une erreur grossière, Touchait peu, je le sais, une froide poussière

Qui tôt ou tard s’envole éparse au gré des vents,

Et qui n’a plus enfin de nom chez les vivants;

Mais ces tristes honneurs, ces funèbres hommages Ramenaient les regards sur de chères images;

Le cœur près des tombeaux tressaillait ranimé,

Et l’on aimait encor ce qu'on avait aimé.

(Roucuer, les Mois.)

Quelquefois, comme nous l'avons déja dit, les personnages illustres étaient enterrés dans l’enceinte des murs, et leurs monuments décoraient le forum ou d’autres places publiques; mais ce privilège devient très-rare où n’est plus accordé à mesure que les cités croissent en puissance. Partout où la société se forme, on bâtit les tombeaux près de la demeure des vivants, parce que l’on craint d'exposer les restes de ceux que l’on a chéris à la profanation d’un ennemi toujours menaçant, toujours implacable. C’est ainsi que nous voyons Lycurgue ordonner d’enterrer les morts au sein de la ville, et les Thébains prescrire de réserver dans toutes les maisons que l’on construira une place convenable pour la sépulture de la famille. Cette coutume fut en vigueur chez les premiers Romains jusqu’à la loi des Douze Tables, qui défendit d’enterrer ou de brüler aucun cadavre dans la ville. La loi des décemvirs était basée sur deux motifs : le premier, d'éviter toute souillure; le second, d’éloigner un foyer d’exhalaisons putrides. Nous-mêmes n’avons-nous pas eu pendant longtemps des espèces de cimetières dans toutes les chapelles, dans toutes les églises de nos villes? et n’a-t-il pas fallu les plus grands efforts; les plus vives remontrances de la part de quelques amis de l'humanité, pour faire corriger un abus aussi funeste ?

C'était principalement au bord des chemins publics que les anciens aimaient à placer les monuments funèbres (1), sans doute pour réveiller dans lesprit du voyageur l'idée si morale et si fugitive de la fragilité de la vie. On les entourait de tout le respect, de tous les honneurs propres à les sanctifier aux yeux des vivants; les lois les plus sévères étaient établies contre ceux qui les

(x) Properce a exprimé un vœu contraire pour lui-même en disant:

Non juvat in medi& nomen habere vid.

auraient profanés, crime que la déesse Némésis poursuivait même au-delà du tombeau.

On a tâché plusieurs fois de régler, par des lois somptuaires, la longueur des épitaphes et les frais des monuments; mais ces lois ont toujours été

enfreintes par la vanité des riches. L’un d'eux disait : «qu’il ne pensait pas

«que nos demeures temporaires fussent dignes de tous nos soins, et qu'il « fallüt négliger celles que nous devons habiter pour toujours. »

Le même, Trimalcion (voyez dans Pétrone), voulait qu’on représentât son chien au pied de sa statue, et que le monument fût orné de guirlandes et d’un tableau représentant les combats qui auraient lieu pour célébrer ses funérailles, sûr que, par ce moyen, il rendrait sa mémoire éternelle. Il ordonne que l’enclos destiné à sa sépulture ait cent pieds de largeur sur une profondeur de deux cents, et qu’on y plante des arbres de toute espèce pour ombrager sa dépouille mortelle. Il pourvoit à ce qu'on ne commette aucune dégradation , aucune souillure dans le lieu où reposeront ses restes, en préposant un de ses affranchis à la garde de ce lieu. On sculptera sur son tombeau un vaisseau voguant à pleines voiles, dans lequel il sera représenté assis, revêtu de sa robe magistrale, et répandant des largesses sur la mul titude. Il veut aussi qu’on représente un triclinium funèbre, dans lequel tout le peuple partagera un grand festin. À sa droite sera placée la statue de sa femme, tenant une colombe et conduisant un chien; il y aura deux amphores, dont l’une sera brisée, et près de laquelle on verra un enfant versant des pleurs sur cet accident. Le tout doit être surmonté d’un cadran solaire, afin que l'œil du voyageur soit attiré, bon gré mal gré, sur l'inscription rappelant le nom de Trimalcion, ses richesses, sa prospérité, sa modestie, avec tout ce qu'il plaira à ses héritiers d'y mettre à sa louange.

Je défie que le propriétaire le plus jaloux d’embellir sa demeure en surveille la construction et les détails avec plus de soin que Trimalcion n’en a mis à faire le plan de son tombeau.

Les tombeaux des anciens étaient ornés communément d'ouvrages précieux en marbre ou en stuc; on y ajoutait des bas-reliefs, quelquefois peints, faisant allusion aux événements de la vie du défunt, ou bien représentant des sujets allégoriques. On en trouve beaucoup de ce genre à Pompéi; le tombeau de Scaurus est surtout fort remarquable. Les peintres modernes concevraient sans

doute une bien mince opinion de ceux qui auraient recours à un pareil expé-

dient pour faire ressortir leurs tableaux, et le secours de la peinture ne nous semblerait pas devoir être d’un grand prix pour la sculpture ; cependant Pausanias nous apprend que Parrhasius a peint l'ouvrage de Mys sur le bouclier de la Minerve en bronze de l’acropolis d'Athènes; et, suivant Pline, le frère de Phidias fut employé à un ouvrage de ce genre à Élis.

Souvent on plaçait dans le tombeau ou à l'extérieur les statues de quelques parents, de quelques amis; ainsi le buste du poète Ennius occupait une place dans le tombeau des Scipions: Chez les Romains, le trésor public faisait enclore des cimetières pour les pauvres et pour les esclaves, quand la munificence des particuliers n’avait pas légué des terres pour cette destination :

Hoc miseræ plebi stabat commune sepulchrum.

(Horace, Sat. liv. L.)

C'était dans le lieu consacré à la sépulture générale qu’on jetait les cadavres des criminels. Cicéron rapporte que les dépenses des cérémonies funèbres étaient, dans plusieurs cas, acquittées aux frais du public.

Pompéi nous offre un de ces édifices consacrés au festin des funérailles où se réunissaient, à certaines époques, les parents et les amis du mort. On faisait venir des mimes qui imitaient ses gestes et ses manières; on prodiguait des éloges à son mérite, et des regrets à sa perte. Tous les convives étaient vêtus de blanc; le tombeau était jonché de fleurs et surtout de roses; on faisait des libations nombreuses, mais on buvait peu de vin, et le repas était ordinairement frugal. Une loi de Numa défendait d'y servir le poisson sans écailles, afin que la dépense n’en devint pas trop considérable. La gaieté en était bannie, comme indécente dans une cérémonie qui avait pour but d’être agréable à la mémoire du mort, et de lui rendre propices les divinités infernales.

À Rome, dans les occasions solennelles, les bustes des grands hommes étaient exposés aux regards du peuple, et traînés sur des chars que précédaient les insignes des emplois qu'ils avaient remplis. On les conduisait en pompe jusqu'à la place publique, et là on les plaçait sur la chaise curule qu'ils avaient occupée de leur vivant. L’orateur chargé de célébrer leurs vertus, ranimait pour eux la reconnaissance publique, et enflammait leurs descendants du désir d’une aussi noble récompense. |

On sent ce qui a empêché de pareilles coutumes de se naturaliser chez les

peuples modernes; mais ceux qui les ont trouvées ridicules n’en avaient pas

calculé toute la puissance.

Nous nous sommes un peu étendus sur les cérémonies funèbres et sur les tombeaux des anciens en général, au lieu de nous renfermer dans l'examen de ceux qui ont été découverts à Pompéi; mais nous avons pensé que cette notice ne serait pas sans intérêt, et d’ailleurs la description détaillée des tombeaux les plus remarquables de Pompéi fera connaître ce qu'ils avaient de particulier. Par exemple, sans être fort riches, ils étaient généralement d’un bon goût; presque tous ont une chambre intérieure où l’on trouve des urnes cinéraires, des lampes et d’autres objets; plusieurs sont décorés de peintures ; tous ceux dont le cippe est élevé sur des gradins ont dà être surmontés d’une statue, etc., ete. Quand les autres voies auront été explorées, on y découvrira sans doute encore des tombeaux, et peut-être y en aura:t-il quelques-uns dont l'architecture ou les ornements soient d’un genre tout-à-fait différent de ceux qui ont été déblayés jusqu'à ce jour.

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peuples modernes; mais ceux qui les ont trouvées ridicules n’en avaient pas

calculé toute la puissance.

Nous nous sommes un peu étendus sur les cérémonies funèbres et sur les tombeaux des anciens en général, au lieu de nous renfermer dans l'examen de ceux qui ont été découverts à Pompéi; mais nous avons pensé que cette notice ne serait pas sans intérêt, et d’ailleurs la description détaillée des tombeaux les plus remarquables de Pompéi fera connaître ce qu’ils avaient de particulier. Par exemple, sans être fort riches, ils étaient généralement d’un bon goût; presque tous ont une chambre intérieure où l’on trouve des urnes cinéraires , des lampes et d’autres objets; plusieurs sont décorés de peintures ;

tous ceux dont le cippe est élevé sur des gradins ont dû être surmontés

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