PLANCHE XX
Bas-reliefs du tombeau de Scaurus.
1. Les figures qui composent ce tableau sont en stuc et fixées sur l’enduit au moyen de clous de bronze ou de fer. On a trouvé d’autres figures, sous quelques parties qui se sont détachées, et l’on a conjecturé avec assez de vraisemblance que ce monument a été restauré après le tremblement de terre qui précéda de seize ans la destruction totale de la ville.
Les deux premières figures des six paires de gladiateurs qui composent le bas-relief sont à cheval; ils combattent avec la lance, et portent un bouclier rond appelé parma. La visière du casque en bronze qui arme leur tête est
baissée ; leurs cuisses et leurs bras sont défendus par des cuissards et des brassards semblables à ceux dont se couvraient nos anciens chevaliers. Leur vêtement se compose d’une tunique fort courte et d’une chlamyde. La victoire encore indécise semble cependant devoir être le prix de celui qui a le bras levé.
Au-dessus de chacun des combattants est une inscription tracée en noir avec le pinceau , et qui indique son nom, son pays, et le nombre de victoires qu'il a remportées.
Nous ne pouvons mieux faire pour l'explication détaillée de ces inscriptions, que de renvoyer à l'ouvrage de M. Millin publié à Naples en 1813.
Les gladiateurs de la seconde paire s'appuient chacun sur un grand bouclier appelé scutum , et semblent attendre, avant de combattre eux-mêmes , quelle sera l'issue du combat que se livrent les premiers; leur attitude exprime l'admiration.
La posture du gladiateur blessé de la troisième paire, dont le sang coule sur l'arène, son bouclier qu'il abandonne, et le doigt de la main gauche qu'il tient élevé, indiquent suffisamment qu'il avoue sa défaite, et qu’il demande grace aux spectateurs. On voit que celui qui vient de l'abattre attend la réponse du peuple pour l'achever ou lui laisser la vie. Leur costume est semblable à celui des gladiateurs de la paire précédente.
Dans le groupe suivant, le gladiateur vaincu attend à genoux la mort que va lui donner son adversaire; le peuple l'ayant condamné, ainsi que l’indique le 6, initiale du mot grec bavereuens ( mort), placé à la fin de l'inscription qui lui est relative.
Les deux figures armées de tridents sont des gladiateurs que l’on appelait Myrmillons. A ceux-ci on opposait ordinairement les Rériaires, qui tenaient un filet, ou les Traces, armés d’un bouclier rond et d’une épée recourbée. Mais on voit par cet exemple que cette coutume n'était pas sans exception.
Le gladiateur vaincu qui termine le bas-relief vient de se couvrir d’infamie en laissant tomber son bouclier. Il tâche d'échapper par la fuite à son adversaire, qui le suit d’un air menaçant. Le vainqueur, sans ralentir sa marche, se retourne pour regarder la scène horrible qui se passe derrière lui.
>. Au-dessous du bas-relief que nous venons de décrire, se trouve un des sujets appelés V’enationes (chasses), dont les gradins du cippe sont ornés.
Dans la partie supérieure, un chien poursuit des lièvres, et un autre vient à la rencontre d’un cerf déja blessé, dont le sang coule sur l'arène. Sur le premier plan, à gauche, un sanglier, près d'atteindre le bestiaire qui vient de terrasser un ours, est arrêté par un chien de grande taille. Le second bes-
DE LA VOIE DES TOMBEAUX. dr
tiaire, dont le geste exprime la surprise ou l’effroi, vient d’enfoncer une lance énorme dans les flancs d’un taureau. L'animal, dont le sang coule avec abondance, se retourne en fureur vers son ennemi désarmé, et va peut-être le poursuivre à son tour.
3. Bas-relief placé au-dessus de la porte d'entrée du monument.
Le gladiateur qui occupe le milieu de la scène implore la clémence du peuple; mais son adversaire, que retient un personnage non armé (peut-être le maître des gladiateurs), témoigne par son geste l’impatience d'achever sa victoire. L'action des deux autres personnages n’est point équivoque; l'un des deux, quoique grièvement blessé, vient de frapper à mort son antagoniste, qui va tomber sur l'arène.