PLANCHE XXXI
Vue d’un carrefour.
Cette vue est prise de l'angle onest de la maison de Pansa. Au point de con-
cours des deux rues est une fontaine dont le petit réservoir est décoré d’une sculpture représentant un aigle enlevant un lapin. Il est assez extraordinaire de rencontrer ici le type des médailles d'Agrigente, et très-difficile de deviner le sens de cette allégorie. Cependant, en considérant combien était criminel celui qui, dans un climat où l’eau est si nécessaire, dégradait une fontaine, ne pourrait-on pas regarder l'aigle comme l'emblème de la force ou de la justice, à laquelle le coupable ne peut se soustraire malgré la célérité de sa fuite? Derrière cette fontaine on aperçoit une boutique dont le comptoir existe encore; sur lun des jambages de la porte est une inscription presque illisible.
Les rues principales et la plus grande partie des monuments sont ornés de fontaines à peu près semblables entre elles. L'eau amenée dans un petit réservoir par des conduits en pierre ou en plomb etmême quelquefois simplement en terre, est reçue dans un bassin formé de dalles de pierre liées par des crampons de fer. Le trop plein des fontaines, les eaux pluviales et ménagères, s’écoulaient par des égouts pratiqués sous les trottoirs.
La chaussée de la rue ainsi que les trottoirs sont pavés en grands quartiers dé lave d’une forme irrégulière; les intervalles qu'ils laissent entre eux sont remplis, suivant leur grandeur, de morceaux de granit, de ciment, et même quelquefois de coins en fer. Les pierres qui forment le bord du trottoir, présentent en beaucoup d’endroits, et principalement devant les boutiques , des
trous qui servaient à passer la bride pour attacher les chevaux.
La rue à gauche conduit à la porte d'Herculanum; l'autre se prolonge jusqu'aux remparts. On peut remarquer les trottoirs qui les bordent. Des pierres placées en travers de la rue, servaient à les traverser dans les temps de
pluie.
Les rues de Pompéi sont généralement étroites ; mais les chars n'ayant que
quatre pieds de voie, ainsi que l’indiquent les traces laissées sur le pavé, une grande largeur était peu nécessaire. D'ailleurs, suivant un préjugé qui fut longtemps dans nos usages, et dont nous commençons à nous défaire, les anciens croyaient les rues étroites et tortueuses plus saines, parce que l’action du soleil
s’y faisait moins sentir.
Le fond de la planche est occupé par le Vésuve au moment d’une éruption.
PLANCHE XXXIL Plan et coupe d’un Atrium toscan.
Les maisons de Pompéi Sont presque toutes construites sur un plan uni-
forme. Lorsque, par le défaut d’espace ou l'irrégularité du terrain, la disposition ordinaire a dü-changer, on remarque avec quelle adresse l’architecte a su se plier aux localités en altérant le moins possible le principe des distributions.
Dans les habitations les moins importantes et dont les propriétaires peu fortunés ne pouvaient avoir un grand nombre de clients, on retrouve toujours l’Atrium entouré de ses dépendances, un Triclinium ou salle à manger (1), et un Péristyle, ou au moins une cour intérieure qui en tient lieu.
Néanmoins, dans quelques maisons, cette régularité de distribution est un peu altérée; celle par exemple dont on voit ici une partie du plan (fig. 1) et la coupe (fig. 2), et qui était assez considérable, offre une disposition assez singulière et dont jusqu'ici on n’a point retrouvé d’exemple à Pompéi, c’est une espèce de bassin en maçonnerie placé en face du Tablinum dans la partie qui devait être occupée par le Péristyle. Il est très-difficile de deviner quel pouvait être l'usage de cette pièce et le motif qui a pu porter à changer ainsi la disposition ordinaire: à
La décoration extérieure de l'entrée formée de quatre colonnes engagées est encore un exemple unique à Pompéi; ordinairement les portes donnant sur la rue n'étaient ornées que de deux pilastres surmontés d’une petite corniche.
1: Protyrum ou entrée; les pièces à droite et à gauche servaient de vestibule.
2. Atrium toscan, avec son Impluvium 3; l'emplacement n’a pas permis d'y placer les ailes.
4. Salle où se trouve le bassin dont on a parlé plus haut; elle avait un passage particulier 6 qui communiquait avec l’Atrium.
Le corridor ou Fauces 7 donnait entrée à diverses pièces 8.
La coupe est prise sur l'axe de l’Atrium. Tous les murs sont décorés de peintures, excepté ceux de la salle à gauche, où l’on aperçoit le bassin
déja cité. PLANCHE XXXIII.
Plan de la maison des vestales.
Voici encore une habitation dont le plan s’écarte beaucoup des dispositions
(x) Quelques habitations renferment deux et même trois Triclinium: la maison de Salluste est de ce nombre. Les uns ouvrant sur le Xiste ou parterre servaient pendant l'été; les autres placés dans l’intérieur et plus à l'abri n'étaient en usage que l'hiver.
66 ‘fEXPLICATION DES PLANCHES.
en usage; il serait difficile de découvrir la destination de chacune des pièces qui la composent, et par conséquent trop hasardé de leur assigner un nom: cependant l’Atrium toscan avec son Protyrum 2 et les pièces 3 et 4 formant le vestibule, est facile à reconnaitre; mais le Tablinum n’existe pas, à moins qu’on ne le voie dans la pièce 5, donnant sur le portique 6.
Une seconde entrée 7 ou Posticum, placé en face d’une rue qui longe les
murs d'enceinte, ouvre sur le péristyle, qui lui-même ne communique avec
l'Atrium que par un corridor ou Fauces 8.
Autour du péristyle sont distribués les appartements et les pièces de service 9.
Le Triclinium 10 ouvrait sur le péristyle et communiquait avec l’Atrium.
Cette maison avait un premier étage, ainsi que lindiquent un petit escalier marqué 11, €t des parties de murs encore subsistantes au-dessus du niveau du rez-de-chaussée.
Le Portique, malgré la singulière irrégularité de son plan, devait être d'un bel effet; il était couvert par un toit rejetant les eaux à l'intérieur. Les trous de scellement des chevrons que l’on aperçoit sur le mur à droite (Voyez planche suivante) en déterminent expressément la forme.