PLANCHE LII
Plan général de la maison de campagne
Lorsque les diverses routes qui conduisaient à Pompéi seront déblayées, on découvrira probablement et des tombeaux et des habitations semblables à celle-ci. On connaît la passion des anciens pour les maisons de campagne. Les riches patriciens de Rome non contents d’en posséder auprès de la reine
des cités voulaient encore en avoir dans diverses provinces de l'empire. Cicéron parle de sa maison auprès de Pompéi; on s’est empressé, d’après ce léger indice, d'imposer à cette habitation le nom de Villa de Cicéron. D’autres auteurs l'ont désignée comme ayant dù appartenir à Arrius Diomédes, qui fut un des principaux magistrats de Pompéi; la situation des tombeaux de la famille Arria, presque en face de l'entrée principale, leur a paru un motif suffisant pour faire de Diomèdes l’heureux possesseur de cette charmante habitation. Sans avoir la prétention de retrouver le nom de son véritable maitre, nous allons nous occuper de la décrire, en lui conservant le nom sous lequel elle est le plus généralement connue, l& maïson de campagne.
Située sur la route d'Herculanum, à cent toises environ de la porte, cette habitation était distribuée à la fois de la manière la plus somptueuse et la plus commode, et embellie de tout ce que la peinture pouvait avoir de plus gracieux. Autour des jardins dont elle était ornée régnaient des portiques supportant des terrasses, Assez vaste, quoique d’une étendue médiocre relativement aux immenses vé//{a des environs de Rome, elle est un des plus précieux monuments que présente Pompéi: l'événement dont elle fut le théâtre au moment de la catastrophe qui détruisit la ville (notice historique, page 22) ajoute encore à l'intérêt qu'on éprouve en la parcourant.
En jetant les yeux sur le plan, on est surpris de la direction excessivement oblique de laxe sur la route. Aucune exigence de mitoyenneté ne motivant cette disposition, il faut la rapporter à quelque raison de convenance; peutêtre l'entrée qui est aujourd’hui sur la campagne se trouvait-elle autrefois sur un alignement public; peut-être aussi la seule idée de jouir plus facilement de la vue du golfe a-t-elle suffi pour la faire adopter. En effet rien n’égale l’admirable perspective que l’on découvre des terrasses; l’œil embrasse presque tout le littoral, depuis l'ile d’Ischia jusqu’à celle de Caprée. On peut encore présumer avec quelque raison que la nécessité de placer diverses pièces dans une exposition que l'usage rendait invariable, a pu faire adopter ce parti.
Les différences de sol que la position de cettemaison sur un terrain en pente a nécessitées sont indiquées sur le plan par des teintes plus ou moins foncées (x).
Le Péristyle, ainsi que toutes les pièces qui l'entourent et forment l’ha-
(x) Afin de faire distinguer plus facilement encore les pièces situées au sol du péristyle de celles au niveau du Xyste, on a réservé pour les premières les numéros en chiffres arabes, les secondes sont désignées par des lettres.
bitation proprement dite, est élevé de cinq pieds au-dessus du sol de la rue; on y parvient par une espèce de perron 1, orné de deux colonnes; deux rampes douces 2, unissaient le perron avec le large trottoir qui borde la voie. La disposition de l'entrée, régulière du côté de la rue, ne s’ajustait pas aussi bien à l’intérieur, et produisait une espèce de Protyrum 3, ouvrant d’une façon peu agréable dans un des angles du Péristyle 4; à droite se trouve un escalier 5, conduisant à un étage souterrain où étaient placées les cuisines, la boulangerie et le logement des esclaves.
Au milieu de la cour du Péristyle ornée de quatorze colonnes, d'ordre dorique, cannelées dans les deux tiers de leur hauteur, était un bassin 6, qui recevait les eaux du toit et les conduisait dans une citerne située sous la cour; on les en tirait par deux puits placés entre les colonnes.
7. Entrée de plusieurs petites pièces dont l'ensemble forme un appartement consacré aux bains de toute espèce; on sait quel luxe les anciens apportaient dans tout ce qui concerne cet usage si nécessaire aux peuples du Midi; sans parler du grand nombre de bains publics qui portaient les noms des Empereurs qui les avaient fait élever, plusieurs particuliers à Rome en possédaient de très vastes où ils déployaient un luxe proportionné à leurs immenses richesses. Si les bains de la maison de campagne le cèdent en grandeur aux vastes établissements des empereurs, ils offrent en petit une magnificence au moins égale, et leur parfaite conservation en rend la découverte très précieuse et la description très intéressante.
8. Cour triangulaire entourée d’un Portique, dont les colonnes étaient octogones. Il était difficile de tirer un parti plus avantageux d’un terrain si irrégulier, et l'on ne peut assez admirer l'adresse avec laquelle l'architecte a su l'utiliser. Au fond de cette cour, adossé au mur de la rue est un petit bassin 9 dont le pourtour est dallé en marbre. 1l était couvert par un toit décoré d’un fronton et supporté par deux colonnes; il est facile de juger de la forme du toit par les trous des scellements des bois (F’oyez planche 58); on descendait dans le bassin par des marches pratiquées dans un des angles, l'eau s'écoulait dans la rue par un petit conduit (Voyez la coupe, pl. 54).
10. Salle où l’on quittait ses vêtements avant de prendre le bain.
rx et 12. Pièces où l’on entretenait une chaleur à différents degrés, afin qu'il n’y eût pas une transition trop subite du froid au chaud lorsque l’on passait dans l’étuve.
13. Salle du bain chaud, elle était disposée de la manière la plus favorable au développement de la chaleur. Le sol, ainsi que les parois intérieures, était entièrement isolé et formait une espèce de coffre qui permettait à la
chaleur de pénétrer, pour ainsi dire, par tous les points de la surface de la chambre : au mur du fond, en face de la partie circulaire où se trouvait une petite croisée, était adossée une baignoire revêtue en marbre.
14. Pièce où se trouvait l'appareil nécessaire pour chauffer l’eau et l'étuve.