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PLANCHE LXIX

Plan de la Basilique.

Les Basiliques étaient des édifices disposés de manière à pouvoir contenir une grande quantité de monde; on y rendait la justice, et elles servaient aussi dans les mauvais temps de lieu de réunion pour les marchands. On doit, dit Vitruve, placer les Basiliques du côté du Forum le plus exposé à la chaleur, et élever à leur extrémité le Chalcidique ou le tribunal. Ce tribunal est formé, dans la Basilique de Pompéi, de six colonnes disposées sur un stylobate auquel on parvenait par de petits escaliers latéraux. Là siégeait le Duumvir chargé de rendre la justice ; il était accompagné de son conseil et entouré d’assesseurs , d'appariteurs , de licteurs et de scribes. Assis sur une chaise curule, ayant

devant lui l’épée et les faisceaux, signes distinctifs de son autorité, il rendait ses arrêts après avoir juré sur un autel placé en face de lui de juger selon la loi et sa conscience.

En comparant les autres parties de l'édifice qui nous occupe avec la description que Vitruve donne de la disposition ordinaire des Basiliques, dont la nef ou l'espace du milieu était entouré de deux rangées de colonnes superposées les unes sur les autres, on voit qu'il sort de la règle générale et offre une grande ressemblance avec l'exemple particulier de la Basilique de Fano, que Vitruve éleva et dont cet auteur loue le bel effet. Ce dernier monument wavait, dans sa nef, qu’un seul rang de colonnes d'une grande élévation qui supportait la charpente de la couverture, et des pilastres correspondants, plus petits, destinés à servir de supports aux planchers des tribunes hautes. Les 28 colonnes d'ordre ionique de 3 p. 7° de diamètre qui s’élèvent dans l'intérieur de la Basilique de Pompéi, comparées aux petites colonnes engagées le long des murs latéraux, offrent ce même motif ; et cette disposition, semblable à celle de la Basilique de Fano , doit faire admettre que le premier de ces monuments avait également des tribunes hautes auxquelles on montait par l'escalier placé à l'extérieur, à une des extrémités sur la droite du portique d'entrée. La situation de cet escalier a fait présumer qu'il pouvait avoir été ajouté après coup, ainsi que les tribunes dont il s’agit; mais cette supposition nous parait d'autant moins admissible, que la construction des grandes et des petites colonnes est évidemment de la même époque.

La Basilique de Pompéi est d’une assez grande dimension ; trois entre-colonnements accompagnés de deux portes donnaient du côté de son entrée principale un accès facile à la foule des plaideurs , des clients et des marchands ; deux autres portes percées dans les murs latéraux communiquaient avecles rues adjacentes. Tout le monument était séparé du Forum par un espace probablement découvert, fermé du côté des portiques au moyen de grilles ou de portes dont on voit encore les entailles et les trous de scellement dans les piliers.

Les Chrétiens s'emparérent, sous Constantin, des Basiliques antiques pour les consacrer à leur culte. La forme et les dispositions de ces monuments restérent, pendant des siècles, les seules que l’on employa dans les nombreuses constructions que le zèle religieux fit élever au christianisme. Mais si la belle disposition de St-Paul, hors les murs, et de tant d’autres Basiliques, élevées dans Rome et dans toute l'Italie, fut abandonnée pendant d’autres siècles, du moins voyons-nous aujourd’hui nos architectes s'inspirer de ces beaux monuments, et essayer de reproduire le grand effet et l'aspect caractéristique des églises chrétiennes du premier âge. En félicitant notre époque d’avoir de

nouveau fait cette heureuse application, on doit s'étonner que le système complet des Basiliques antiques, dont la destination originaire présente une analogie si parfaite avec nos bourses et tribunaux de commerce, n’ait pas encore été appliqué dans les nouvelles constructions de ce genre d’édifices.

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