‹ Vues du VesuveChapitre 8 sur 9 · SUPPLÉMENT · texte numérisé non relu

SUPPLÉMENT

Depuis qu’on a imprime ces descriptions du Vesuve, deux e'ruptions y ont fait des changemens considérables, non-seulement au dedans du grand cratère , mais aussi au-dehors, surtout à cetlc partie par où l’on montait auparavant.

Pendant la première éruption qui commença le jour de Noël, la lave surmonta la grande pierre placée à l’endroit où le sentier aboutit au sommet; elle descendit de là en plusieurs branches de scorie creusées au milieu , et les creux servaient de canaux pour la lave fondue; quand la lave cessa de couler, ces branches ressemblaient à des lits desséchés de ruisseaux de montagne. Elles recouvrent l’ancien sentier presque jusqu’au milieu du cône , et s’unissent à cet endroit en une grande masse au courant principal, se détournent à droite et descendent jusqu’à V^trio. La scorie à force de s’amonceler et de s’accumuler a formé un faîte assez élevé,

moins incliné pourtant que la pente du cône ; ce faîte ressemble à une digue qu’on a construite pour faire passer un fleuve ou une cliaussce au-dessus d’un vallon.

Jus(jue là il y avait trois canaux pour la lave, mais à V yllrio ils se divisèrent de nouveau et formèrent une éminence prolongée unie et large ^ parallèle aux Cantp.roni et qui se dirigeait vers Résina. Dans la vue cijointe j’ai tàclié de donner une idée de celte éminence ou rempart , au moment oîi il est poussé en avant par la matière fluide dans l’intérieur. Près de la base on voit sortir , à cause du poids de la masse supérieure , de la lave molle qui prend des formes semblables à celles qu’a la pâte dans le pétrin : plus haut des masses de scorie encore rouge, à la vérité, mais qui ne sont plus molles, SC détachent et roulent en bas; de plus petits morceaux tombent d’en haut par-dessus les autres , de sorte que le front n’est pas perpendiculaire, mais a une petite inclinaison.

On a pratiqué un sentier le long du bord septentrional de la nouvelle lave, mai^l est bien plus rude et plus escarpé que celui qu’on ^ait autrefois. A la cime et à 3oo pas envn'ron du point où finissait la montée , la matière dernièrement rejetée se trouve entassée en flots solides et en morceaux irréguliers qui se sont élevés au-dessus du bord du cratère ; enfin toute celte masse s’est élevée ici , de sorte que le plan en est incliné vers le petit cône et vers la plateforme isolée , qui fut presque entourée par la nouvelle lave. Les petits cratères ou faniaroU se sont presque confondus avec ce qui les environne, cl leurs restes, aussi bien que la plateforme , furent couverts d'une couche ou tunique do soufre.

coiirans de lave du 26 J)ec'183]

La lave sortie du petit cône e» avait considérablement augmenté la circonl'ércnce : au dedans il y avait deux cratères , le premier était grand et formait la section d’un cercle dont la courbe sc dirigeait vers le fond qui était à 8o pieds au-dessous , et qui n’avait que peu de pieds de largeur; le diamètre de cette section était une ligne verticale de lave très-compacte dont avait été formé tout le côté occidental du cône. Un autre orilice était une section semblable , mais plus petite, et n’avait que 20 pieds de profondeur. Trois crevasses s’étendaient à travers un petit espace uni , qui existait entre ces deux brandies et le côté oriental qui était bien plus bas f[ue celui qui se présentait vis-à-vis: le sommet en était rond et le liane déclinait rapidement jusqu’à la plaine de lave. 11 sortait des crevasses nommées ci-dessus , une vapeur, presque invisible , surebargée de dilférens acides, et sur leurs bords il y avait des sels sublimés qui présentaient des fleurs, des plus belles couleurs. Au nord l’extérieur du cône était extrè-. mement escarpé, n^is au sud la pente en était douce jusqu’aux débris de la plateforme , qui élevait toujours sou front perpendiculaire au sud et.à l’ouest; cependantla crevasse était presque remplie de la scorie que le cône avait rejetée. Le cratère entre cet endroit-ci et le bord oriental était resté comme il était en Octobre, mais une telle quantité de sel marin était sorti des interstices que des gens do la Torre del Qreco en avaient rempli plusieurs sacs.

Au dedans du cratère, à peu de distance du point où la lave avait débordé, on voyait plusieurs dosses oblongues de lave réunies en une figure convexe^ ou, pour mieux dire, plusieurs de ces. dosses inclinées les unes.

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vers les autres, appuj'aient une table centrale et horizontale; une quatrième dosse était fondue et à travers la lente sortait la lave à-peu-près comme si elle sortait de dessous un arc brise.

De plus la lave qui était sortie du côté occidental du cône, vers la fin du mois dernier , en avait changé l’extérieur. Le premier courant qui en sortit le 21 du mois, après avoir atteint en ligne droite le milieu du cône, s’unit, un peu au sud, aux courans de Janvier dernier, et réunit les extrémités de la courbe qui en était formée. Le courant qui déborda le 26 au nord des autres, descendit vers l’endroit oii l’on commençait à mon-

ter; ce courant détruisit la partie inférieure du sentier, partie que les autres courans avaient respectée. Des deux couraus qui descendirent le 27, l’un s’avança sur la même ligne tracée par celui qui l’avait précédé, couvrit entièrement les grandes pierres où l’on laissait auparavant les mulets, et alla jusqu’à 200 pieds au delà ; le second qui est au nord du premier, s’avança à peu près autant de la base du cône vers le Fosso et puis

SC divisa en deux branches, dont l’une alla vers la Pwiia cldle Crocelle , l’autre vers la Somma et toutes les deux s’étendirent jusqu’à l5o pieds de l’endroit où elles se sont séparées : ces branches présentent un front qui a i5 pieds de haut, disposé en demi-lune, et le sentier que l’on suit actuellement en dépasse l’extrémité septentrionale; il côtoyé ensuite le mur élevé par le nouveau courant jusqu’à ce qu’on arrive à la base du cône. Le nouveau sentier où il faut aller à pied, commence à mi-chemin entre le vieux sentier et les cônes de 1820, et il mène à peu près en ligne droite jusqu’au sommet; il est par conséquent Irès-roide et très-fatiguant, sur-

le Cnitère du Vcsuve Ir 3,3 Kcvrj» r 18.12

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tout à un certain endroit où il traverse une couche large et profonde de sable. L’inlerieur du cône, de ce côté j a subi plusieurs changemens qui lui donnent une nouvelle apparence : la plaine s’est élevée de beaucoup ; elle est devenue raboteuse et de plus elle est presque couverte d’éminences de lave appuyées les unes contre les autres, tandis que des monceaux informes de scorie se trouvent amassés dans les espaces qui se présentent de temps en temps : la grande masse qui avait la forme d’une table , a été cachée par les dilïérens courans qui sont passés par-dessus et autour d’elle. Un seul courant semblait avoir encore du mouvement le 7 Mars, et celui-ci s’élevait au point où le nouveau sentier atteint le bord du cratère ; la matière épaisse que ce courant chariait, s’étendait en forme de cordes ou de ficelle et faisait un bruit semblable à celui que fait la cire lorsqu’elle se fond. La hauteur du petit cône était diminuée du côté occidental, mais s’étuit augmentée partout ailleurs, à cause de la scorie qui venait d’etre rejetée : par la même raison la circonférence en était considérablement augmentée ; il y avait beaucoup de neige sur l’extérieur, en meme-temps que des nuages de fumée et de grands jets de matière ignée étaient lancés de l’intérieur : on peut bien s’imaginer qu’un contraste semblable ne manqua pas d’ajouter à cette scène remarquable un intérêt tout particulier.

Du côté méridional du cratère la lave s’était aussi un peu élevée, mais elle était assez unie et la plateforme présentait toujours son front perpendiculaire de basalte; il y a pourtant des endroits où des masses détachées descendent en pente, jusqu’à la plaine de lave; toutes les crevasses ici sont à peu près remplies de blocs

de lave et le tout est couvert d’une couche de souire d’un jaune brillant.

Ihès de l’endroit où la lave jaillissait comme si elle sortait d’une lonlaine, j’ai découvert une grotte voûtée, bien belle cl bien extraordinaire; elle a été l’orinée par une immense boule de lave. La voûte était composée d’une couebe de lave épaisse de 8 a lo pouces, la partie qui en formait l’ouverture a été poussée en dehors lorsque la boule a éclaté; les bords en étaient couverts d’incrustations blancbes , vertes et azurées. L’intérieur de celte grotte était tout couvert de très-petits cristaux de sel , dont des stalactiqucs dépendaient de la voûte en plusieurs endroits, et le tout était bigarré de tacbes d’un vert brillant. Le fond de l’intérieur était assez uni’, mais il y avait pourtant de petits Ilots, causés apparemment par deux courans qui y passaient, l’un depuis le centre, l’autre à droite; tous les deux s’étaient réunis du côté gauche où ils sortaient de la grotte : la couleur du fond était entre le rouge et le jaune, et ces couleurs contrastaient agréablement avec les teintes brillantes de la voûte. La chaleur au dedans ne permettait pas qu’on y descendît, mais il n’y avait aucune vapeur qui en obscurcit les beautés, aucune exhalaison malsaine qui chassât le spectateur , et par conséquent on ne craignait ni danger ni désagrément eu examinant cet objet extraordinaire.

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