PLANCHE VE
FORT MOWAAD A LA DAJE-VERTE:.
Lo nom de Baie-Verte vient probablement de l'immense quantité de jones et d'herbes qui couvrent une grande partie de cette nappe d'eau,
La ville est située sur la belle rivière des Renards (Fox river) ; les maisons sont toutes en bois, et disposées sur deux longues rues parallèles à la rivière ; le nombre des habitants est d'environ huit cents, la plupart d'origine française ; sur la rive opposée est situé le fort Howard, qui est, dit-on, l'ancien fort Vaudreuil des Français,
Lorsque j'y arrivai, en août 1838, les quais étaient couverts d'Indiens Ménoménies ou Foile- Avoines , attirés par le spectacle peu ordinaire de l'arrivée d'un bateau à vapeur, À deux milles au nord-ouest est Shanty-Town, vieux village français où je vis une école de missionnaires dans la-
quelle se trouvaient seize jeunes filles indiennes ; l'on me dit que leur aptitude à l'étude était en tout égale à celle des blancs, mais que généralement, lorsqu'elles atteignaient l’âge de quatorze à quinze ans, elles s'enfuyaient dans les bois, épousaient des guerriers sauvages et affectaient un entier oubli de leur éducation première,
Je fis une excursion fort intéressante dans les environs, à Duck-Creek (rivière des Canards), de l'autre côté de la rivière, et à huit milles dans les bois , au village agricole des Senccas. Cette tribu
habitait autrefois l'État de New-York et faisait partie de la fameuse confédération des lroquois,
dont le nom seul était un objet de terreur pour toutes les autres nations indiennes (1).
Aujourd'hui, huit cents d'entre eux ont consenti à émigrer dans ces solitudes, et, grâce aux soins de quelques missionnaires établis parmi eux, ils sont parvenus à un degré assez avancé de civilisation. Hs habitent des maisons aussi commodes que cellesdes blancs, dont, pour la plupart, ils portent le costume ; cependant celui des femmes se ressent encore de l'originalité de leurs goûts ; elles portent généralement un chapeau d'homme couvert de plaques d'argent, et en mettent d'autres à leur cou qui valent quelquefois jusqu'à 1,500 francs, y avait chez le missionnaire une école où se trouvaient vingt-cinq élèves : on leur apprend l'anglais et à lire en leur propre lan— gue, celle des Mohauks, Une vieille Indienne me fit voir du maïs provenant de l'État de New— York, qu'elle gardait comme une relique précieuse,
Ce village est bien situé, au milieu d'une forêt de chènes, dont le solest bon et suffisamment arrosé : les fermes sonten assez bon état, bien que les Indiens les abandonnent généralement pendant un où deux jours chaque semaine, pour se livrer à leur passion pour la chasse,
La température de la Baie-Verte est des plus variables; très-froide en hiver (37° Farenh.), te thermomètre monte chaque été à plus de 100 degrés (Far,), et souvent à 106, Cependant, les va— viations dans un même pays me parurent moins sensibles que dans les villes de l'Atlantique,
Dans plusieurs parties du Ouisconsin, l'on trouve des tumuli fort remarquables, ayant la forme de quadrupèdes, d'hommes et d'oiseaux ; ils sont de très-grandes dimensions, recouverts d'arbres et généralement dirigés vers le nord-ouest,
La rivière des Renards charrie beaucoup d'iles flottantes; l'on en peut voir une dans la planche.
{) Rien ne prouve mieux la terreur qu'inspirait cette puissante nation aux autres Indiens, que la coutume suivante qui s'est méme présentée de nos jours parmi beaucoup d’entre eux; lorsqu'un enfant pleure ou refuse d'obéir, ses parents le menacent de l'arrivée des Mohauks froquois).
EXPLICATION DES PLANCIIES.
PLANCHE XVIL,
8 LE LA DAIE-VEATE
Voir le chapitre sur les mœurs des Folle-Avoines ou Ménoménies.
PLANCHE XVIIL,
Fig. 1. Entrée de la rivière de Chicago,
Cette ville, la plus considérable de l'État des Illinois, est située au fond du lac Michigan : elle est séparée en deux par la rivière du même nom, et la partie la plus étendue est sur Ja rive orientale ; cependant les navires sont sur l'autre quai. F y a un théâtre et une auberge de eolossile grandeur ; celle-ci est construite en briqueset connue sous le nom de Maison du lac, La plupart des constructions sont en charpente ; il y a deux jetées en bois et sur la rivière un pont à bascule, Les habitants sont aujourd'hui au nombre de dix à douze mille, tandis qu en 1824 il n'y avait que onze mai sons et soixante habitants, On voit les restes du fort Dearborn, aujourd'hui abandonné, mais célèbre
dans l'histoire des guerres indiennes. Nous citerons entre autres le trait suivant, qui nous à été re. conté par un témoin oculaire , et qui eut lieu durant la guerre de 1812 entre les États-Unis et l'Angletorre. 1 venait d'être décidé que la garnison américaine, qui occupait le fort Dearborn , évacuerait la place : en conséquence , dans la matinée du 15 août, les troupes, au nombre d'environ soixantedix hommes, accompagnées de femmes et d'enfants, sortirent en ligne du fort avec les chevaux de charge au centre et le capitaine Wells avec un corps d'Indiens à l'arrière-garde, Hs acnient fait environ un mille, lorsqu'ils furent attaqués en front par des Sauvages embusqués derrière un morr
sur le bord du lac Michigan, et au même instant ils virent une bande nombreuse d'autres Sauvages s'élancer pour leur couper toute retraite vers le fort, Le feu devint alors général, et les troupes voyant qu'elles étaient destinées à mourir en soldats ou à subir d'affreuses tortures, firent bonne
contenance , se formèrent en bataille et attendirent tranquillement l'ennemi. Les Sauvages firent plusieurs attaques espérant en venir au (omahac et au couteau; mais le feu des soldats les repoussa constamment, Le capitaine Wells ayant été tué, ses Indiens joignirent l'ennemi. La mort décimait les femmes et les enfants, et déjà le nombre des soldats en état de combattre n'était plus que d'une vingtaine, mais ils étaient résolus à vendre leur vie aussi cher à l'ennemi que possible , et ils continuaient à se battre avec toute l'énergie du désespoir. En ce moment les Indiens se retirèrent à quelque distance, etenvoyèrent un jeune garçon canadien qui était parmi eux pour leur proposer de se rendre ; ce jeune homme avait appartenu à un des oficiers, mais s'était, dès le commencement de l'affaire, enfui du côté des Indiens; il s'avança avec crainte, lorsqu'un soldat vint au-devant de lui, bien résolu de le tuer pour le punir de sa perfidie; mais l'enfant ayant témoigné du repentir de sa làcheté et fait connaitre les propositions qu'il était chargé d'apporter, on l'épargna. Les conditions étaient la promesse de la vie à tous les survivants , s'ils se rendaient immédiatement; les soldats consultés furent unanimement d'avis de ne pas accepter ces propositions, s'étant convaincus qu'elles cachaient une trahison. Le jeune Canadien porta donc cette réponse aux Sauvages, mais il revint bientôt conjurer les soldats d'accepter ses offres, en leur disant combien les Indiens étaient en grand nombre. Le capitaine Heald, qui commandait le détachement, était blessé ainsi que sa femme, et sur les instantes prières de cette dernière, l’on consentit à se soumettre. Les soldats jetèrent alors leurs fusils à terre ct attendirent avec désespoir l'arrivée des Indiens, qui, aussitôt qu'ils se furent approchés, tuèrent quatre hommes à coups de hache. Un Sauvage s'avança avec des yeux hagards vers madame Heald: il avait déjà son lomahac levé sur sa tête , lorsque celleci, qui depuis longtemps était habituée à des scènes d'horreur et de carnage , lui dit avec fermeté : « Sûrement un aussi grand guerrier ne tuerait pas une femme. » Le bras du Sauvage s'abaissa aussitôt, et une révolution complète s'opérant dans ses sentiments, il la prit sous sa protection, et pour la sauver de la furie de ses compagnons, il la fit entrer dans le lac en lui recommandant de se cacher autant que possible sous l'eau, La nuit étant arrivée, il vint la rechercher lorsque les Indiens furent fatigués de carnage. Quand on divisa les prisonniers, il la fit réunir à son mari, et avec un jeune officier ils devinrent le partage des Ottowas du Michigan, qui ne leur cachèrent pas qu'ils seraient sacrifiés en arrivant à leur village. Cependant, laissés libres sur les bords du lac, ils aperçurent un canot d'écorce que l'on avait oublié, parvinrent à s'y glisser tous les trois, et restèrent dans cette frèle embarcation durant quatre jours sans nourriture aucune , obligés de ramer jour et nuit,
Îs parvinrent ainsi à faire près de soixante-dix lieues , et arrivèrent à l'ile de Michilimakimac,
qui était au pouvoir des Anglais ; ils y furent reçus avec la plus grande humanité, et le gouverneur les renvoya sans rançon aux Américains, Quant aux malheureux laissés sur la plage, la plupart furent massacrés, et les cœurs des officiers furent dévorés par les Sauvages.
Plusieurs machines sont constamment employées au curage de la rivière. Cette ville est située dans uno position basse et humide; son climat, malsain, engendre les fièvres bilieuses et intermittentes, ainsi que la maladie de lait (milk fever }, qui provient , à ce qu'il parait, d'herbes véné-— neuses que les bestiaux trouvent dans les prairies, et qui rend dangereux leur lait et leur chair.
Derrière la ville l'on voit de grandes prairies qui s'étendent jusqu'au Mississipi et de là vers les montagnes Rocheuses : il est fort dificile d'en donner une juste idée; ce sont d'immenses étendues couvertes de hautes herbes qui, lorsqu'elles sont agitées par le vent, donnent entièrement au paysage l'aspect de l'Océan,
La ville de Chicago semble, malgré son climat, appelée à devenir très-considérablo; c'est déjà le grand marché de F'Ouest et le point par lequel passent presque tous les émigrants qui se
rendent vers cette région ; sa véritable prospérité a été retardée par les folles spéculations dont elle a été le théâtre en 1835 et 1836, années pendant lesquelles l’agiotage avait fait monter le sol à un tel prix, que les lots de terre s'y vendaient plus cher que dans les quartiers les plus populeux de Londres et de Paris.
lig, 2. Sheboigan, petit village situé dans le Ouisconsin , sur la côte occidentale du lac Michigan.
Fig. 3. Baic de presqu'ile située sur la côte nord-est du Michigan, dans une région très-sauvage et couverte de forêts de pins. Quelques hommes entreprenants sont venus établir une pécherie dans cette contrée désolée; ils vivent dans une misérable cabane formée de troncs d'arbres, et se nour— rissent du produit de la chasse et de la pêche. Parmi eux était une femme qui, cinq semaines avant mon passage, avait mis au monde un enfant qu'elle n'avait porté que six mois ; lorsque je le vis, il ne pesait que deux livres, et on le gardait dans du coton,
A une lieue dans l'intérieur sont trois lacs dont le plus grand a près de deux lieues de long sur une de large, Hs sont couverts de cygnes et d'outardes. J'y fisune excursion , accompagné de quelques Indiens, Le sol est couvert de longues mousses que l'on nomme dans le pays nourriture des élans.
Fig. 4. Fori Gratiot situé sur la côte orientale du Michigan, entre le Détroit et la baie de Saganau. Le sol des environs est très-pauvre, et la végétation généralement composée de pins, El y a toujours une compagnie en garnison dans le fort, autour duquel l'on voit beaucoup d'Indiens,