TITRE V
Suite du précédent; considérations générales sur les combinaisons mécaniques.
Dans les arts, la force motrice est une réalité , une sorte de matière première qu’on emmagasine, qu’on économise , qu’on achète toujours, et souvent fort cher.
Yleffet est le travail même avec toutes ses modifications et dans toutes ses relations avec nos volontés, nos besoins ou nos goûts.
L’histoire des combinaisons mécaniques destinées à l’emploi de cette force et à la production de cet effet, présente deux faces distinctes qu’il importe de considérer avec attention r l’une montre des séries de combinaisons pro-‘ duisant leurs effets respectifs par diverses voies, mais immédiatement de la même manière; l’ajitre, des combinaisoris dont chacune pro-^ duit la même espèce d’effet d’une manière essentiellement différente.
Deux choses sont aussi à distinguel” dans l’étude d’une combinaison mécanique queitonque : i“. la conception ou le principe de la combinaison ; a®, le mode de construction Ou d’exécution de ce principe ; mode par lequel on revêt de formes matérielles un éclair de l’esprit , une vue de l’intelligence.
Remarqüons eiï outre que les combinaison»
mécaniques ont pour objets ou les mécanismes (i) destinés à recevoir simplement l’ac-
(i) Koüs àppeloins Mécanismes lés élêinens composés des combiliaisons mécaniques ; ils concourent, par leurs effets partiels , à l’effet total. Ainsi , d’après cette définition, un mode d’appliquer ou de recevoir l’action d’un moteur , ou un mode de transformer le mouvement , ou (l^xécuter immédiatement un travail^ sont des mécanismes. '
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tion des moteurs, indépendamment de l’usage qu’on peut en faire ; tel que, par exemple, celüi qui reçoit l’action de la vapeur, et dont le mouvemént peut être employé à un mouvement quelconque ; ou les mécanismes propres à transformer ou à modifier le mouvement fourni par ceux qui sont appliqués aux moteurs , tels que les mécanismes destinés, par exemple, à convertir un mouvement de va-et-vient en un mouvement de rotation simple, ou avec des conditions imposées par diverses circonstances; ou les mécanismes, enfin, propres à exécuter immédiatement un travail quelconque, quels que soient le moteur et les intermédiaires mécaniques que l’on puisse employer : telles que les dispositions et formes diverses des meules à broyer, des cylindres à tirer dans les filatures, des lames ou des pièces pour couper, refendre, scier, percer, etc.
Hors le cas fort rare où une conception nouvelle embrasse à-la-fois l’action du moteur, 1» machine intermédiaire et l’effet final, pour une opération simple, comme pour élever l’eau, par exerhple , telle que la co'nceptioh dii belier hydraulique; hors ces cas, disons-nous, il n’àrritc jamais qü’une invention eh mécanique porte, dans toute son exécution , sur les trois
objets dont nous avons parlé plus haut ; c’est toujours par la nouveauté de l’un ou de l’autre qu’elle se distingue. Il faut dire aussi que l’invention ne consiste pas en général dans la création de pièces nouvelles , mais bien dans une combinaison nouvelle de pièces connues.
IjIIIS pièces ou les premiers élémens des machines sont à une combinaison mécanique ce que les mots sont à une combinaison littéraire ; ce serait une étrange manie que de vouloir faire ou trouver du nouveau dans les pièces d’une machine , ou dans les mots d’un discours.
Lorsque la science soumet à son examen les diverses espèces de combinaisons, produisant immédiatement leurs effets respectifs de la même manière, elle ne les considère que comme des solutions différentes , bien qu’identiques par un seul point, d’une question que la science pose d’abord dans toutes les rigueurs des conditions que l’économie et les règles du travail commandent. Elle juge facilement, par la comparaison de ces solutions diverses , du mérite de ce qui est fait ; elle marque le rang de chacune d’après la simplicité du jeu des pièces qui forment la combinaison, la facilité et la solidité de construction quelle présente, la promp-
titude avec laquelle le travail peut s’exécuter ou l’effet se produire, enfin d’après les diverses espèces d’avantages que la combinaison donne à l’action primitive des moteurs.
La science va plus loin encore par ce mode d’investigation ; elle signale les recherches oiseuses, dans ce qui peut rester à faire, tout en éclairant la route qui conduit avec sûreté à des solutions plus simples et pins avantageuses, s’il y a lieu, que celles en usage.
Au. reste, cette catégorie de combinaisons mécaniques n’offre, depuis long-temps, qu’une voie battue aux hommes qui s’occupent de machines : le génie rarement, la médiocrité souvent, y trouvent quelque chose à faire ; celuilà en éclaircissant une idée confuse, celle-ci en prétendant perfectionner tout ce qui se présente à elle. La science, dans ce dernier cas, n’acquiert point un seul fait de plus; c’est une unité ajoutée au nombre de solutions d’une même question, seulement un peu différentes entre elles par quelques détails.
Les combinaisons mécaniques qui produisent chacune la même espèce d’effets, d’une manière essentiellement différente, sont plus importantes sous le rapport de l’invention ou de la conception : chaque combinaison de ce genro
présente un fait nouveau, positif, fondamental, qui forme en quelqüe sorte le pivot d’une foule de combinaisons diverses. La science apprend à démêler ces faits parmi tous les détails de construction , qüi varient ou peuvent varier au gré des constructeurs; elle apprend non-seuleitiènt à ne pas se laisser éblouir par une com* j|>Hcàtibn dé pièbes qui; quelque în|;énieuse ^’ëllé puisse paraître , n’ajoute le plus ordinairement rien au mérite d’une invention, mais encore à distinguer clairement les machines tréées pâr inspiration ,. d’avec celles qu’on n’a produites qu’après de nombreux efforts et dé longs tâtohnemens; enfin, elle apprend à choisir, dahS la collection des combinaisons de cette nature, celles qui conviennent le mieux, sous tous les rapports, à un service spécial, assujetti à' des conditions rigdurèusement définies.
Parnii les machines les plus remarquables dé ces deüi catégories , on distingue celles qui sont destinées à remplacer la dextérité de là main. Quelquefois le travail de la ihain est fidèlement imité ; quelquefois il est remplacé par une Combinaison dé mouvemens qui produit le même effet d’une autre manière.
Dans le premier cas , l’opération la plus simple exige souvent une machine très -com-
pliquëe; et, sans être bien habile, un machifaistfe, doué de patience et de quelque sagacité, peut paiHrfertir & cdpier facilement, par une consttuction plus OU moins ingéniëuse, les mouvèhiëUâ de la main dans un travail déterminé ; l’art de la construction offre assez de docurtiêns à ceux qui le consultent sur cettfe matière.
> > Daiiâ lé sebOttd cas , ôn aborde franchement toutes les conditions du travail ; on le creuse profondément dans tous ses replis , dans tous ses élémens ; et , sans s’èihi)àrrasser du mode de travail manuel , on cherche à remplir toutes ces conditions par les voies les plus simples et les plüs éh harfnohiè avec lès i^es dé l’économie fhahüfàcturière ; mais ces sortes^dé produts tiens sont, èri général , réséHrëès aux inspiratidüs du génie , bfi àüx recherchés du véritablé ihécanicién.*’
Après aVdir développé le système entier des opérations mécaniques; et ëmbrasssé tout l’ensemble des objets <}üi ont donné lieu,’ oü qui pfeuvent donhèr lieu 4 des éômbinaisOns de fcette nature , la sciéncè ttid'ntre enfin où sont lëà qùéstiôns ütilës, iihpcfrtàhtës; bn sont les tp^âons ôiSéüsës, ou absurdes; elle tracéles divers modes d’investigatioh propres k
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chaque genre de question mécanique ; elle explique l’influence que doivent avoir, sur chaque solution spéciale , les conditions de toute espèce dont le mécanicien ne peut et ne doit jamaiss'affranchir; elle s’efforce ainsi de ramener les esprits qui s’égarent si souvent dans des recherches puériles, dans de vains changemens de formes ou de constructions, à l’étude d’objets réellement importans pour l’industrie et l’économie publique.