‹ W.-A. Mozart (volume 2)Chapitre 109 sur 178 · IV. Sanctus : neuf mesures sans tempo · texte numérisé non relu

IV. Sanctus : neuf mesures sans tempo

Le manuscrit autographe de cette messe inachevée ne porte aucune inscription : mais les paroles et les notes sont écrites tout à fait de la même main, et sur le même papier, que les morceaux et esquisses composées à Bologne durant cette période et, d'ailleurs, tous les caractères musicaux de la messe se ressentent immédiatement de l'influence du P. Martini. Le petit Mozart, même, se soumet maintenant à cette influence d'une façon si entière que sa messe n'a plus aucun rapport avec ses précédentes compositions religieuses. Elle est, au reste, d'un art à la fois si savant et si religieux, avec son mélange d'expression passionnée toute « moderne » et de solide contrepoint, qu'elle doit dater des dernières semaines du séjour à Bologne, et c'est ce qui explique, sans doute, son état d'inachèvement. Les diverses parties de la messe y sont séparées en petits morceaux, mais tous d'un contrepoint continu, et admirablement varié d'un morceau à l'autre, et déjà traité d'une manière toute vocale, comme dans les messes du P. Martini. Le Gloria et le Credo se terminent par de grands fugatos, où l'élève de naguère est remplacé par un musicien très libre et très maître de son métier. D'ailleurs tout le Credo, avec la multiplicité et la variété de ses rythmes comme de ses mouvements, nous montre un effort constant à suivre de très près le sens des paroles ; et aucune œuvre de Mozart ne nous révèle mieux que cette messe tout ce que le jeune homme a perdu à ne pouvoir pas prolonger son séjour à Bologne. Ajoutons que, toujours suivant l'exemple de Martini et des vieux Italiens, le rôle de l'orgue, avec basse chiffrée, se réduit à soutenir très discrètement le chant, sans jamais introduire rien d'essentiel dans le tissu musical.

Le beau Kyrie, très court, est composé sur le même plan que ceux des trois messes précédentes : un petit prélude adagio suivi d'un allegro plus étendu. Mais ici ces deux parties sont également en contrepoint, avec un rythme solennel et réservé dans le prélude, tandis que, dans l'allégro, où Kyrie et Christe se trouvent confondus, les réponses des voix coulent avec une douceur et une légèreté charmantes.

Le Gloria est divisé en plusieurs alternances d'un allegro que Mozart appelle ensuite vivace et d'un adagio plein de majesté pieuse. Le contrepoint se renouvelle sans cesse, d'après les paroles, jusqu'au début du dernier vivace, où Mozart, avant d'entamer le grand fugato final, s'avise de reprendre, sur les mots : Tu solus Dominas, la figure qui lui a servi pour les mots : Bone voluntatis, dans la première ligne du Gloria. Quant au fugato lui-même, sur les mots : Cum saiiclo Spiritu in gloria Dei patris. Amen, c'est une de ces fugues d'église italiennes où le musicien s'occupe moins de varier ses figures que de donner à l'ensemble

une grâce chantante. Mozart y joue librement sur deux sujets apparentés, tous deux assez étendus, et d'une allure très mélodique.

Le Credo, comme nous l'avons dit, se compose également de nombreux petits sujets successifs, et dont chacun donne lieu à de courtes imitations entre les voix. VEt incarnatus et le Crucifixus forment un épisode distinct, en ict mineur, avec des modulations parfois très expressives. Le mouvement vif du Credo est d'ailleurs plusieurs fois interrompu de petits passages adagio et, suivant une habitude à peu près invariable chez Mozart, chacune des apparitions du mot mortui (Judicare vivos et mortuos, resurrectionem mortuorum) amène aussitôt des modulations mineures avec un ralentissement du rythme. Notons aussi que, dans ce Credo comme dans le Gloria, l'enfant, pour se conformer au goût moderne, introduit une sorte de petite reprise, en faisant reparaître, aux mots Et expecto resurrectionem, la figure qui vient de lui servir pour les mots Et ascendit in cœlum. Quant au fugato final. Et vitam ven~ turi sseculi, Amen, c'est encore un morceau de coupe libre, cette fois avec un seul sujet traité un peu en canon, et que les voix reprennent coup sur coup en imitation à des intervalles divers. Enfin le Sanctiis, dont Mozart n'a écrit que les neuf premières mesures, promettait d'être un beau chant rappelant le début du Kyrie par sa noblesse et son recueillement.

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