Ibid., mars
Réinstrumentation du Messie de Haeadel (K. 572).
LE RETOUR AU STYLE CLASSIQUE Mars 1789 — Janvier 1791
Trois causes ont surtout contribué à arrêter l'élan romantique de la période précédente. En premier lieu, un petit voyage de Mozart à Berlin et à Leipzig l'a remis en contact avec ces vieux maîtres de l'Allemagne du Nord dont l'influence l'avait déjà très profondément remué aux environs de 1782. De plus, la mission que lui a confiée Van Swieten de réinstrumenter certaines œuvres de Hsendel ne peut manquer, elle aussi, d'avoir contribué à réveiller en lui son goût naturel d'un art à la fois plus savant et plus tempéré. Et enfin il y a eu, pour agir sur lui et le replier sur soi-même, l'influence décisive de l'obscurité et de la misère ; le public viennois, décidément, ne voulait plus entendre sa musique, et Mozart comprenait désormais l'inutilité de rien sacrifier de son génie en vue d'un succès impossible à obtenir. Si bien que nous le voyons, en quelque sorte, restreindre soudain la portée expressive de son art, le dépouiller de la grandeur passionnée dont il l'avait revêtu durant la période précédente, mais pour tâcher dorénavant à lui donner, tout ensemble, une forme plus élaborée et une beauté poétique plus pure . Le contrepoint, depuis lors, s'installe à demeure dans son œuvre, et non plus sous la coupe classique des périodes précédentes, mais un contrepoint libre et chantant, qui achèvera de s'épanouir dans les œuvres de l'année 1791. En même temps les modulations acquièrent plus de hardiesse et de grâce sensuelle, la ligne mélodique se dépouille de toute rudesse, et, d'une façon générale, au grand style romantique de Don Juan succède un style nouveau, qui, pleinement réalisé déjà dans Cosi fan tuile, trouvera bientôt son aboutissement parfait dans les airs et ensembles de la Flûte enchantée.