‹ W.-A. MozartChapitre 132 sur 153 · LA DERNIÈRE ANNÉE · texte numérisé non relu

LA DERNIÈRE ANNÉE

Janvier — Décembre 1791

Au début de 1791, la situation matérielle de Mozart est si misérable que l'auteur de Don Juan se trouve trop heureux de pouvoir employer la plus grande partie de son temps à écrire une foule de petites danses pour les bals populaires viennois. Plus tard, il est vrai, le succès inespéré de la Flûte enchantée recommence à lui attirer d'autres travaux lucratifs : mais déjà la mort le guette, pour l'emporter enfin le 5 décembre de cette année. Et cependant celleci n'est pas seulement l'une des plus importantes de toute sa vie par le nombre et la qualité des œuvres qui l'ont remplie : il est en outre certain que le style et la pensée musicale de Mozart, durant cette dernière année de sa vie, subissent un changement nouveau, ou plutôt une transfiguration merveilleuse, sans rien d'équivalent dans sa carrière passée. Tout au plus pourrions-nous dire que l'extraordinaire jeunesse de l'art du maître en 1791 rappelle quelque peu celle qui caractérisait autrefois les créations de 1776, sa vingtième année. Mais, cette fois, la jeunesse de l'inspiration de Mozart s'accompagne d'une intensité singulière d'émotion poétique, en même temps qu'elle s'appuie sur toutes les ressources du métier le plus savant et le plus hardi. La comparaison de la Flûte enchantée avec des œuvres comme Y Enlèvement au Sérail ou les Noces de Figaro, suffira pour donner l'idée de cette différence profonde et essentielle, qui va presque à nous donner l'impression d'avoir devant nous deux musiciens distincts. Non seulement l'instrumentation de la Flûte enchantée et de son Ouverture, par exemple, est déjà toute « moderne » et quasi « wagnérienne » : c'est encore l'esprit de cette musique qui a, pour nous, une beauté plus pure, plus parfaite, revêtue d'une signification qui, par delà le « romantisme », annonce l'art des maîtres de nos écoles contemporaines.

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