‹ W. BouguereauChapitre 36 sur 58 · ETUDE I>OUR « L OFFRANDE A L AMOUR · texte numérisé non relu

ETUDE I>OUR « L OFFRANDE A L AMOUR

imposant sa doctrine, sa manière, et ses procédés. La réalité est contraire à cette opinion, généralement répandue dans le monde. Aucun chef d'atelier d'art, aucun maître intime, ne fut plus libéral, moins exclusif, ne recommanda, avec autant de persuasion, l'indépendance, la libre recherche, l'initiative et la personnalité. « L'enseignement, me disait-il un jour, doit consister simplement à apprendre aux jeunes

gens le métier qui leur permettra de traduire ce <|n il> voient et ce <|ii ils sentent, à développer en eux les facultés qui leur sont le plus personnelles, el <[iii en feront ainsi des artistes originaux. On naît artiste. L'artiste est un homme d'une nature spéciale, <|ui a un sens particulier, celui de voir la forme et la couleur, spontanément, d'ensemble, dans une parfaite harmonie. Si l'on est dépourvu <le ce sens, on n'est pas un artiste, et l'on ne pourra jamais le devenir; on perdra son temps à l'espérer. Le métier s'apprend par l'étude, par l'observation, parla pratique; il se perfectionne par un travail incessant. .Mais l'instinct de l'art est inné. Il faut d'abord aimer de tout son cœur et de toute son àme la nature, être capable de rester des heures entières devant elle à l'étudier et à l'admirer. Tout est dans la nature. Une plante, une feuille, un brin d'herbe, sont des objets de méditations infinies et fécondes; un nuage qui passe dans le ciel a pour l'artiste une forme, et cette forme le réjouit, le fait penser. » Et, W. Bouguereau, évoquant, avec attendrissement, des souvenirs d'enfance, me conte (prune des émotions artistiques les plus vives qu'il ait jamais éprouvées, el dont le souvenir est pour lui encore tout vibrant, tut un lever de soleil sur la Gironde, au Bec d \mbès. vu à L'âge de seize ans. pendant un voyagea bord d'un bateau de pêche, de Mortagne à Bordeaux, en compagnie de sou vieil oncle, le curé, e1 d'un ancien capitaine de vaisseau.

Le point essentiel, pour le maître, est <|iie l'artiste tienne sou esprit et ses yeux constamment éveillés sur ce qui l'entoure. Quoi qu en disent les littérateurs, on ne tire rien de soi-même, on n'invente que

PRINCIPES ET MÉTHODE D'ENSEIGNEMENT 1 1 j

dans le sens étymologique du terme, c'està-dire qu'on trouve, qu'on rencontre. Savoir regarder et savoir saisir : là est tout le secret de l'imagination et de sa fécondité. Le maître, à l'appui de cette déclaration, me cite un exemple tiré de son œuvre : « Parmi mes tableaux, la « Biblis » est un de ceux que j'aime le mieux, que j'ai en le plus de plaisir à peindre; or, il m'a été inspiré par un incident d'atelier. Un de mes modèles féminins venait de demandera se reposer d'une attitude fatigante; an moment où la jeune Mlle se levait, elle donna instinctivement une pose si belle que je l'arrêtai d'un geste cl d'un cri, en la suppliant de garder cette pose, tm instant. Je l'esquissai de suite, en toute hâte; et, le travail terminé, je dis à des élèves qui travaillaient avec moi : « Avez-vous vu? » Personne n'avait rien vu; moi. j'avais vu ma « Biblis ». C'est un de mes meilleurs tableaux. »

Pour W. Bouguereau, il n'y a pas de méthode d'enseignement. On devient dessinateur en dessinant, peintre en peignant, avec sincérité et avec conscience, comme on voit, et comme on sent, suivant son cœur, suivant son Ame, et suivant ses yeux. « Albert Durer, dit-il, ne voyait les êtres et les choses que dans leur objectivité; et il en reproduit, avec la fidélité la plus impeccable, les beautés et les laideurs, les fleurs et les verrues, se souciant, au-dessus de tout, d'en donner la réalité : c'est un grand artiste. Raphaël aborda l'étude de la nature avec un idéal personnel qui enveloppe tout comme d'une sorte d'atmosphère particulière de grâce et de beauté, et qui transforme

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la nature sans la dénaturer : c'esl un génie immortel. Michel-Ange, lui. dans sa \ision grandiose, semble avoir pétri de ses puissantes mains une humanité nouvelles: c'esl un dieu. » Joutes les théories,

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tous les systèmes de dessin el de peinture qu'on a inventés, soi-disant d'après les maîtres, sonl pour lui des puérilités ou des fantaisies, inutiles, sinon dangereuses, il a eu la curiosité, plutôl la conscience, de m- faire expliquer les plus fameux par les inventeurs eux-mêmes; el il avoue n'\ avoir jamais rien compris. Entre autres expériences, il m'a cité celle d'une décomposition géométrique de « l;i Transfiguration »

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