‹ Walden, ou la Vie dans les bois. Traduction de L. FabuletChapitre 35 sur 78 · Milton, LyciJai · texte numérisé non relu

Milton, LyciJai

2. H y ■ ici jeu de mote : St* no kilts, u dit dci pêcheuri qui n'ont pu vu le poiuon mordre.

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en était un d’harmonie continue, beaucoup plus plaisant à se rappeler que si ce fût la parole qui l’eût entretenu. Lorsque, et c’était ordinairement le cas, je n'avais personne à qui parler, j’avais l’habitude de réveiller les échos d’un coup d’aviron sur le flanc de mon bateau, remplissant les bois alentour d’un bruit en cercle de plus en plus élargi, les faisant lever tel le gardien d’une ménagerie ses fauves, jusqu’à tirer un grognement de la moindre vallée, du moindre versant boisés.

Les soirs de chaleur je restais souvent assis dans le bateau à jouer de la flûte, et voyais la perche, que je semblais avoir charmee, se balancer autour de moi, et la lune voyager sur le fond godronné, que jonchaient les épaves de la forêt. Jadis j’étais venu à cet étang par esprit d aventure, de temps à autre, en des nuits sombres d’été, avec un compagnon, et, allumant tout près du bord de l'eau un feu qui, nous le supposions, attirait les poissons, nous prenions des « loups » à l’aide d’un paquet de vers enfilés a une ficelle, après quoi, tard dans la nuit, et une fois tout fini, jetions en 1 air les tisons embrases, tels des fusées, qui descendant sur l’étang, s’y éteignaient avec un grand sifflement, pour nous laisser soudain tâtonner dans d absolues ténèbres. A travers elles, sifflant un air, nous nous réacheminions vers les repaires des hommes. Or, voici que j’avais établi mon foyer près de la rive.

Parfois, après être resté dans quelque parloir de village jusqu à ce que toute la famille se fût retirée, il m’est arrivé, ayant réintégré les bois, de passer les heures du milieu de la nuit, un peu en vue du repas du lendemain, à pêcher du haut d’un bateau au clair de lune, pendant que hiboux et renards me donnaient la sérénade, et que, de temps à autre, la note croassante de quelque oiseau inconnu se faisait entendre là tout près. Ces expériences furent aussi curieuses que précieuses pour moi, à 1 ancre dans quarante pieds d’eau, et à vingt ou trente verges de la rive, environne parfois de milliers de petites perches et vairons, qui ridaient de leur queue la surface dans la lumière de la lune, et communiquant par une longue ligne de lin avec de mystérieux poissons nocturnes dont la demeure se trouvait à quarante pieds au-dessous, ou parfois remorquant de droite et de gauche sur 1 étang, alors que je dérivais dans la paisible brise de la nuit, soixante pieds d une ligne que de distance en distance je sentais parcourue d’une légère vibration, indice d’une vie rôdant près de son extrémité, de quelque sourd, incertain et tâtonnant dessein par là, lent à se décider. On finit par amener lentement, en tirant main par-dessus main, quelque « loup » cornu qui crie et frétille à l’air des régions supérieures. C’était fort étrange, surtout par les nuits sombres, lorsque vos pensées s en étaient allées vers de vastes thèmes cosmogoniques errer dans d’autres sphères, de sentir cette faible secousse, qui

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venait interrompre vos rêves et vous réenchaîner à la Nature. Il semblait qu 'après cela j’eusse pu jeter ma ligne là-haut dans l'air, tout comme en bas dans cet élément à peine plus dense. Ainsi prenais-je deux poissons, comme on dit, avec un hameçon.

Le décor de Walden est d’humbles dimensions, et, quoique fort beau, n'approche pas du grandiose, plus qu’il ne saurait intéresser qui ne l’a longtemps fréquenté ou n’a habité près de sa rive ; encore cet étang est-il assez remarquable par sa profondeur et sa pureté pour mériter une description particulière. C’est un puits clair et vert foncé, d’un demi-mille de long et d'un mille trois quarts de circonférence, d’une étendue de soixante-et-un arpents et demi environ ; une source perpétuelle au milieu de bois de pins et de chênes, sans la moindre entrée ni sortie visibles sauf par les nuages et l’évaporation. Les collines qui l’entourent, s’élèvent abruptement de l’eau à la hauteur de quarante à quatre-vingts pieds, bien qu’au sud-est et à l’est elles atteignent près de cent et cent cinquante pieds respectivement, dans le rayon d’un quart et d’un tiers de mille. Elles sont exclusivement boisées. Toutes nos eaux de Concord ont deux couleurs au moins, une lorsqu’on les contemple à distance, et une autre, plus particulière, de tout près. La première dépend surtout de la lumière et suit le ciel. En temps clair, l’été, elles paraissent bleues à une petite distance, surtout si elles sont agitées, et à une grande distance toutes ont le même aspect. En temps d’orage elles sont parfois couleur d'ardoise sombre. La mer, cependant, passe pour bleue un jour et verte un autre sans perceptible changement dans l'atmosphère. J’ai vu notre rivière, alors que le paysage était couvert de neige, à la fois glace et eau presque aussi verte qu’herbe. Certains voient dans le bleu « la couleur de l’eau pure, soit liquide soit solide ». Mais regarde-t-on droit sous soi nos eaux du bord d’un bateau, qu’on les voit être de couleurs très différentes. Walden est bleu à certains moments et vert à d'autres, même sans qu'on change de point de vue. Étendu entre la terre et les deux, il participe de la couleur des deux. Contemplé d’un sommet il reflète la couleur du ciel, mais à portée de la main il est d'une teinte jaunâtre près de la rive où le sable est visible, puis d’un vert clair, qui par degrés se fonce pour devenir un vert sombre uniforme dans le corps de l’étang. Sous certaines lumières, contemplé même d’un sommet, il est d'un vert éclatant près de la rive. On a attribué cela au reflet de la verdure ; mais il est également vert là contre le remblai de sable du chemin de fer, et au printemps, avant le déploiement des feuilles, ce qui peut être simplement le résultat du bleu dominant mêlé au jaune du sable. Telle est la couleur de son iris. C’est aussi la partie où, au printemps,

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la glace recevant la chaleur du soleil que réverbère le fond, et que transmet en outre la terre, se dissout la première et forme un étroit canal tout autour du milieu encore gelé. Comme le reste de nos eaux, lorsqu elles sont fortement agitées, en temps clair, de telle sorte que la surface des vagues puisse refléter le ciel à angle droit, ou parce que plus de lumière se mêle à lui, il paraît, à petite distance, d’un bleu plus sombre que le ciel même ; or, à tel moment, me trouvant à sa surface, et divisant mon rayon visuel.de façon à voir la réflexion, j’ai discerné un bleu clair sans taphe et indescriptible, tels qu’en donnent l’idée les soies moirées ou changeantes et les lames d épée, plus céruléen que le ciel même, alternant avec le vert sombre et originel des côtés opposés des vagues, qui ne paraissait que bourbeux en comparaison. C'est un bleu verdâtre et vitreux, si je me rappelle bien, comme ces lambeaux de ciel d’hiver qu'on voit par des éclaircies de nuages à 1 ouest avant le coucher du soleil. Encore qu’un simple verre de son. eau présenté à la lumière soit aussi incolore qu’une égale quantité d air. C est un fait bien connu qu’une plaque de verre aura une teinte verte, due, comme disent les fabricants, à son « corps », alors qu'un petit morceau du. meme sera incolore. De quelle ampleur faudrait-il que soit un corps de. 1 eau de Walden pour refléter une teinte verte, je n’en ai jamais fait 1 expérience. L eau de notre rivière est noire ou d’un brun très sombre pour qui la regarde directement de haut en bas, et, comme celle de la plupart des étangs, impartit au corps de qui s’y baigne une teinte jaunâtre ; mais cette eau-ci est d une pureté si cristalline que le corps du baigneur paraît dun blanc d albâtre, moins naturel encore, lequel, étant donné que les membres se trouvent avec cela grossis et contournés, produit un effet monstrueux, propre à fournir des sujets d’étude pour un Michel-Ange.

L'eau est si transparente qu’on en peut aisément distinguer le fond à vingt-cinq ou trente pieds de profondeur. En ramant dessus, on voit à nombre de pieds au-dessous de la surface les troupes de perches et de vairons, longs peut-être seulement d’un pouce, quoiqu on reconnaisse sans peine les premiers à leurs barres transversales, et on les prendrait pour des poissons ascètes capables de trouver là une subsistance. Une fois, en hiver, il y a pas mal d’années, je venais de tailler des trous dans la glace pour prendre du brocheton, quand, en remettant le pied sur la rive, je rejetai ma hache sur la surface polie ; or, comme si quelque mauvais génie l’eût dirigée, elle s’en alla glisser après un parcours de quatre ou cinq verges tout droit dans l’un des trous, en un point où l’eau avait vingt-cinq pieds de profondeur. Par curiosité je me couchai sur la glace et regardai par le trou, où je finis par apercevoir la hache un peu sur le côté, reposant sur la tête, le manche debout,

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qui allait et venait doucement selon le pouls de l'étang ; et là eût-elle pu rester ainsi debout à aller et venir jusqu'à ce qu'au cours du temps le manche pourrît, si je n'étais intervenu. Pratiquant un autre trou droit au-dessus à l'aide d'un ciseau à glace que je possédais, et coupant avec mon couteau le plus long bouleau que je pus trouver dans le voisinage, je fis un nœud coulant que j'attachai à son extrémité, le laissai descendre avec précaution, e passai par-dessus la pomme du manche, puis le tirai à l'aide d'une ligne le long du bouleau, grâce à quoi je fis remonter la hache.

La rive, qui se compose d’une ceinture de pierres blanches polies et arrondies comme des pierres de pavage, à part une ou deux étroites baies de sable, est tellement escarpée qu’en maints endroits il suffira d’un saut pour vous mettre dans l’eau jusque par-dessus la tête ; et n’était sa remarquable transparence, ce serait tout ce qu’il y aurait à voir de son fond jusqu’à ce qu’il se relève sur le côté opposé. D’aucuns le croient sans fond. Nulle part il n’est bourbeux, et un observateur de passage dirait qu il n y a pas la moindre herbe dedans ; et en fait de plantes à noter, sauf dans les petites prairies nouvellement inondées, qui ne sont point à proprement parler de son domaine, un examen plus attentif ne découvre ni un iris, ni un jonc, pas même un nénuphar, jaune ou blanc, rien que quelques petites luzernes, quelques potamots, et peut-être un plantain ou deux ; lesquels tous, cependant, un baigneur pourrait ne pas apercevoir; plantes qui sont nettes et brillantes comme l’élément dans lequel elles poussent. Les pierres s’étendent à une ou deux verges dans l’eau, après quoi le fond est sable pur, sauf dans les parties les plus profondes, où se trouve d’ordinaire un petit dépôt, provenant sans doute de la chute des feuilles qui ont vole jusque là au cours de tant d’automnes successives ; et on ramène sur les ancres une brillante herbe verte même en plein hiver. ^

Nous avons un autre étang tout pareil à celui-ci — l’Etang Blanc à Nine Acre Corner \ à environ deux milles et demi vers l’ouest ; mais bien que je sois en relations avec la plupart des étangs à une douzaine de milles à la ronde, je n’en connais pas un troisième de ce caractère pur, de ce caractère de source. Des nations successives, il se peut, y ont bu, 1 ont admiré et sondé, puis ont passé, encore que l’eau en soit verte et limpide comme jamais. Rien d’une source intermittente 1 Peut-être en ce matin de printemps où Adam et Ève furent chassés de l’Éden, l’Étang de Walden était-il en vie déjà dès lors s’évaporant en douce pluie printanière accompagnée de brouillard et d un petit vent du sud, et couvert de myriades de canards et d oies, qui n avaient

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