‹ Walden, ou la Vie dans les bois. Traduction de L. FabuletChapitre 69 sur 78 · Fahrenheit · texte numérisé non relu

Fahrenheit

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la température plus élevée de l’air et de la terTe, mais sa chaleur traverse de la glace d’un pied au moins d épaisseur, et se voit réfléchie du fond en haut-fond, ce qui fait qu’il chauffe aussi 1 eau et dissout le dessous de la glace, en même temps qu’il en dissout plus directement le dessus, la rendant inégale, et faisant s'étirer par en haut comme par en bas les bulles d air qu elle renferme, jusqu'à ce que, complètement criblée d alvéoles, soudain el le disparaisse sous une petite pluie de printemps. La glace a son grain tout comme le bois, et losqu'un bloc commence à se pourir ou s emplir d alvéoles, c'est-à-dire, à prendre l’apparence d'un rayon de miel, quelle que soit sa position, les cellules d’air sont à angle droit avec ce qui était la surface de l'eau. Là où se trouve un rocher ou une souche montant près de la surface, la glace, au-dessus, est beaucoup plus mince, et fréquemment se dissout en entier sous l’influence de cette chaleur réverbérée ; 1 on m a raconte que dans l’expérience faite à Cambridge pour congeler 1 eau dans un réservoir de bois peu profend, quoique l’air froid circulât ^ par-dessous, et de la sorte eût accès d’un et d’autre côté, la réverbération du soleil provenant du fond fit plus que contrebalancer cet avantage. Lorsqu une pluie chaude, au milieu de l’hiver, fondant au loin la couche de neige de Walden, laisse une dure glace sombre ou transparente au milieu, une bande de glace blanche pourrie, quoique plus épaisse, large d’une verge ou davantage, causée par cette chaleur réverbérée, ne saurait manquer le long des rives. En outre comme je l’ai dit, les bulles elles-mêmes, à l’intérieur de la glace, opèrent a la façon de miroirs ardents pour la fondre par-dessous. , . ,

Les phénomènes de l’année chaque jour se reproduisent dans un étang sur une petite échelle. Chaque matin, généralement parlant, I eau des hautsfonds chauffe plus vite que celle des bas-fonds, quo.qu en hn de compte elle ne puisse devenir aussi chaude, et chaque soir elle se refroidit plus vite jusqu au matin. Le jour est un épitomé de l’année. La nuit est 1 hiver, le matin et le soir sont le printemps et l’automne, le midi est 1 ete. Le craquement et le grondement de la glace indiquent un changement de température. 1 ar un plaisant matin, après une nuit froide, le vingt-quatre février 1850, étant aile à l’Étang de Flint passer la journée, je remarqua, non sans surprise qu en frappant de la tête de ma hache la glace, elle résonnait comme un gong sur plusieurs verges à la ronde, ou comme si j eusse rappe sur une peau de tambour bien tendue. L’étang se mit à gronder une heure environ apres le lever du soleil, lorsqu’il sentit l’influence de ses rayons inclines de biais sur lui par-dessus les montagnes ; il s'étira et bailla comme un homme qu. s eve.lle en un trouble peu à peu grandissant, lequel se prolongea trois ou quatre heures. Il fit une courte sieste à midi, et gronda une fois encore à l’ap-

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proche de la nuit, au moment où le soleil retirait son influence. Si le temps suit ses phases régulières un étang tire son coup de canon du soir avec ponctualité. Mais au milieu du jour, étant plein de lézardes, et l'air aussi moins élastique, il avait complètement perdu sa résonnance, et il est probable qu’un coup frappé sur lui n’eût alors étourdi les poissons plus que les rats musqués. Les pêcheurs prétendent que le « tonnerre de l’étang » effarouche le poisson et l’empêche de mordre. L’étang ne tonne pas tous les soirs, et je ne saurais dire à coup sûr quand attendre son tonnerre ; mais alors que je ne peux percevoir aucune différence dans le temps, lui, le peut. Qui se serait attendu à ce qu’une chose si vaste, si froide, et pourvue d’une telle épaisseur de peau, se montrât si sensible ? Toutefois il a sa loi à laquelle il rend l’obédience de son tonnerre lorsqu’il le doit, aussi sûrement que les bourgeons se développent au printemps. La terre est toute en vie et couverte de papilles. Le plus large des étangs est aussi sensible aux changements atmosphériques que le globule de mercure en son tube.

Un des attraits de ma venue dans les bois pour y vivre était d'y trouver occasion et loisir de voir le printemps arriver. La glace de l’étang commence enfin à se cribler d’alvéoles, et j’y peux incruster mon talon en me promenant. Brouillards, pluies et soleils plus chauds fondent peu à peu la neige ; les jours sont devenus sensiblement plus longs ; et je vois comment j’atteindrai la fin de l’hiver sans ajouter à mon tas de bois, car les grands feux ne sont plus nécessaires. J’attends sur Te qui-vive les premiers signes du printemps, d’ouïr le chant possible de quelque oiseau à son arrivée, ou le pépiement de l’écureuil rayé, car ses provisions doivent se trouver maintenant presque épuisées, ou de voir s’aventurer la marmotte hors de ses quartiers d'hiver. Le treize mars, j’avais entendu l’oiseau-bleu \ le pinson et l’ailerouge que la glace avait encore près d’un pied d’épaisseur. Au fur et à mesure que le temps se faisait plus chaud elle ne se trouvait pas sensiblement usée par l’eau, ni défoncée et mise à flot comme dans les rivières, mais quoique complètement fondue sur une demi-verge de large autour de la rive, restait en son milieu simplement alvéolée et saturée d'eau, au point de vous permettre de passer le pied au travers, alors qu’épaisse de six pouces ; mais le lendemain vers le soir, peut-être, après une pluie chaude suivie de brouillard, la voilà complètement disparue, tout en allée avec ce brouillard, secrètement ravie. Une année je la traversai par le milieu cinq jours seulement avant son entière disparition. En 1 845, Walden fut complètement décou-

I. Le blvebirj, ou oiieau-bleu. e»t un oiaeau d’Amérique apparenté à la fauvette.

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vert le premier avril ; en 46 le vingt-cinq mars ; en 47, le huit avril ; en 51, le vingt-huit mars ; en 52, le dix-huit avril ; en 53, le vingt-trois mars ; en 54, vers le sept avril.

Tout incident en relation avec la débâcle des rivières et étangs et la façon dont le temps s’établit présentent un intérêt particulier pour nous qui vivons dans un climat soumis à de tels extrêmes. Quand viennent les jours plus chauds, les gens qui demeurent près de la rivière entendent la glace craquer la nuit avec une effrayante huée, aussi forte que de 1 artillerie, comme si ses entraves de glace se rompaient d'un bout à 1 autre, et en peu de jours la voient promptement disparaître. Tel l’alligator sort de la boue parmi les convulsions de la terre. Certain vieillard, jadis intime observateur de la Nature, et qui semble aussi complètement éclairé sur toutes ses opérations que si on l’eût mise sur les chantiers lorsqu’il était enfant, et que s il eût aidé à mettre sa quille en place, - qui est parvenu à son plein développement, et n’arriverait guère à plus de savoir naturel atteignit-il 1 âge de Mathusalem, — m’a raconté,— à masurprisedel entendre exprimer de 1 etonnement à propos d’opérations quelconques de la Nature, car je croyais qu’il n’était pas de secrets entre eux, — qu’un jour de printemps, il prit son fusiletsonbateau.se disant qu’il allait faire joujou avec les canards. Il y avait encore de la glace sur les marais, mais .1 n y en avait plus ombre sur la rivière, et il descendit sans obstacle de Sudbury, ou il habitait, a 1 Etang de Fair-Haven, qu’il trouva, contre son attente, couvert en majeure partie d’un solide champ de glace. La journée était chaude, et grande fut sa surprise de voir la glace restée en pareille masse. N apercevant ombre de canard, il cacha son bateau sur le côté nord ou le derrière d une île de 1 étang, puis se dissimula lui-même dans les buissons sur le côté sud pour les attendre La glace avait fondu sur trois ou quatre verges autour de la rive, ce qui formait une nappe d’eau lisse et tiède, à fond vaseux, tout ce qu aiment les canards ; aussi croyait-il vraisemblablement qu il en arriverait sans tarder. Il était là étendu tranquille depuis une heure environ lorsqu il entendit un bruit sourd et qu’on eût pris pour très lointain, mais singulièrement grandiose et émouvant, différent de tout ce qu il eut jamais entendu peu à peu s'enflant et grandissant comme s il se fut agi d une fin universelle et mémorable, une charge, un mugissement ugubres, qui lu. sembla tout a coup le bruit d’une grande masse de volatiles arrivant pour s installer la, Sur quoi saisissant son fusil, il se leva en hâte, tout ému. Mais .1 s aperçut, à sa surprise, que le corps entier de la glace s était mis en mouvement pendant qu’il était couché là, pour venir flotter jusqu’à la rive, et que le bruit qu’il avait entendu était le grincement de son tranchant contre elle, —

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d’abord doucement mordillé, émietté, mais pour à la longue se soulever et éparpiller ses débris le long de l’île à une hauteur considérable avant d’en venir à une halte.

Enfin les rayons du soleil ont atteint l’angle droit, les vents chauds, qui soulèvent le brouillard et la pluie, fondent les bancs de neige, et le soleil dispersant le brouillard sourit sur un paysage bigarré de roux et de blanc tout fumant d'encens, à travers lequel Je voyageur se choisit un chemin d’îlot en îlot, salué par l’harmonie de mille ruisseaux et ruisselets tintants, dont les veines sont gonflées du sang de l’hiver qu’ils emportent.

L’observation de peu de phénomènes me causa plus de. ravissement que celle des formes affectées par le sable et l’argile en dégel lorsqu’ils coulent le long des talus d'une profonde tranchée de chemin de fer à travers laquelle je passais en allant au village, phénomène peu commun sur une si grande échelle, quoique le nombre des remblais fraîchement aplanis de la matière propice doive s’être grandement multiplié depuis que les chemins de fer ont été inventés. La matière était du sable de tous les degrés de finesse et de diverses autant que riches couleurs, en général mêlé d’un peu d’argile. Lorsqu’au printemps le gel sort, et même en hiver s’il survient un jour de dégel, le sable se met à Huer comme lave le long des pentes, parfois crevant la neige et l’affleurant là où nul sable ne s’attendait auparavant. D’innombrables petits filets d’eau se croisent et s’entrelacent, montrant une sorte de produit hybride, qui obéit moitié du chemin aux lois des courants, et moitié à celle de la végétation. En coulant il affecte la forme de feuilles ou de pampres gonflés de sève, et produit des amas de ramilles pulpeuses d’un pied au moins de profondeur, qui ressemblent, vues de haut en bas, aux thalles lobés, laciniés et imbriqués de quelques lichens ; à moins que cela ne vous fasse penser à du corail, à des pattes de léopard ou d’oiseaux, à des cervelles, des poumons ou des entrailles, et à des excréments de toute nature. Il s’agit d'une végétation véritablement grotesque, dont nous avons là les formes et la couleur imitées en bronze — une sorte de feuillage architectural plus ancien et plus symbolique que l’acanthe, la chicorée, le lierre, la vigne, ou n'importe quelles autres feuilles végétales ; destiné, peut-être, dans certaines conditions, à devenir un rébus pour les géologues futurs. La tranchée tout entière me fit l'effet d’une grotte dont les stalactites seraient exposés au jour. Les nuances variées du sable sont singulièrement riches et agréables, qui embrassent les différentes couleurs du fer — brun, gris, jaunâtre et rougeâtre. Lorsque la masse fluantc atteint la rigole qui court au pied du remblai, elle s’étale plus unie en torons, les filets d’eau distincts perdant leur forme semicylindrique pour se faire peu à peu plus plats et plus larges, et se réunissant

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au fur et à mesure qu’ils deviennent plus moites, jusqu'à former un sable presque plat, encore diversement et délicieusement nuance, mais oh vous pouvez suivre les formes primitives de la végétation ; jusqu a ce qu enfin, dans l'eau même, ils se convertissent en bancs, comme ceux qu. se forment bois des embouchures de rivières, et que les simulacres de végétation se perdent dans les rides du fond. . . .,

Tout le remblai, haut de vingt à quarante pieds, est parfois revêtu d une masse de cette espèce de feuillage, ou hernie sablonneuse sur un quart de mille d'un ou des deux côtés, produit d'une seule journée de printemps. Ce qui appelle l'attention sur ce feuillage de sable, est la soudaineté ainsi de son apparition au jour. Lorsque je vois d’un côte le remblai inerte car le soleil ne commence son action que sur un seul cote et de 1 autre ce luxuriant feuillage, création d'une heure, j'éprouve en quelque sorte la sensation dette dans l'atelier de l'Artiste qui lit le monde et moi - dette venu la où il était encore à l'œuvre, en train de s'amuser sur ce talus et avec excès d'énergie de répandre partout ses frais dessins. Je me sens pour ainsi dire plus près des organes essentiels du globe, car cet epanchement sablonneux a quelque chose d'une masse foliacée comme les organes essentiels du corps animal. C'est ainsi que l'on trouve dans les sables eux-memes une promesse de la feuille végétale. Rien d'étonnant à ce que la terre s exprime a 1 extérieur en feuilles, elle qui travaille tant de l'idée à l'intérieur. Les atomes ont appris déjà cette loi, et s'en trouvent fécondés. La feuille suspendue la-baut voit ici son prototype. Intérieurement, soit dans le glo le, soi ans l corps animal, c'est un lobe épais et moite, mot surtout applicable au foie, aux poumons et aux feuilles de graisse (Xsi0- labor ' lapsus. Huer ou glisser de haut en bas, un lapsus ; 5n>?k, /lobas, loue, globe aussi lap , flap , et nombre d'autres mots) i extérieurement une mince feuille sèche tou comme 17 et le V sont un b pressé et séché. Les radicaux de lobe sont Ib la masse molle du b (à un seul lobe, ou B, à double lobe), avec un / liquide derrière lui, pour le presser en avant. Dans globe. A la gutturale g ajoute au sens la capacité de la gorge. Les plumes et ailes des oiseaux sont des feuilles plus sèches et plus minces encore. C est ainsi, également, que vous passez du pesant ver de terre au papillon aérien et vo lt. géant. Le globe lui-meme sans arrêt se surpasse et se transforme, se fait ai c en son orbite, il n est pas jusqu'à la glace qui ne débute par de délicates feuilles de cristal, comme si

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