‹ Walden, ou la Vie dans les bois. Traduction de L. FabuletChapitre 7 sur 78 · Shakespeare. Rithard III · texte numérisé non relu

Shakespeare. Rithard III

Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque

ÉCONOMIE

brouillard, j'entendis une oie traînarde, qui devait voler à tâtons de côté et d’autre au-dessus de l'étang, cacarder comme perdue, ou telle 1 esprit du brouillard. . . , . ,

Ainsi continuai-je durant quelques jours à couper et façonner du bois de charpente, aussi des étais et des chevrons, tout cela avec ma modeste hache, sans nourrir beaucoup de pensées communicables ou savantes, en me chantant à moi-même :

Men say they know many things ;

But lo! they hâve taken wings,

The arts and sciences.

And a thousand appliances :

The wind that blows Is ail that anybody knows1.

Je taillai les poutres principales de six pouces carrés, la plupart des étais sur deux côtés seulement, les chevrons et solives sur un seul coté, en laissant dessus le reste de l'écorce, de sorte qu'ils étaient tout aussi droits et beaucoup plus forts que ceux qui passent par la scie. Il n est pas de piece qui ne fut avec soin mortaisée ou ténonnée à sa souche, car vers ce temps-la j avais emprunté d'autres outils. Mes journées dans les bois n en étaient pas de bien longues ; toutefois j'emportais d'ordinaire mon dîner de pain et de beurre, et Usais le journal qui l'enveloppait, à midi, assis parmi les rameaux verts détachés par moi des pins, tandis qu'à ma miche se communiquait un peu de leur senteur, car j'avais les mains couvertes dune épaisse couche de résine. Avant d'avoir fini j'étais plutôt l'ami que 1 ennemi des pins, quoique j'en eusse abattu quelques-uns, ayant fait avec eux plus ample connaissance. Parfois il arrivait qu'un promeneur dans le bois s en vint attire par le bruit de ma hache, et nous bavardions gaîment par-dessus les copeaux dont j étais

"vc'mie milieu d'avril, car je ne mis nulle hâte dans mon travail, et tâchai plutôt de le mettre à profit, la charpente de ma maison, achevée, était prete à se voir dressée. J'avais acheté déjà la cabane de James Collins, un Irlandais qui travaillait au chemin de fer de Fitchburg, pour avoir des planches. La cabane de James Collins passait pour particulièrement belle. Lorsque

j L’homme prétends à maint savoir ;

N'a-t-il les ailes de l'espoir —

Les arts et les sciences.

Et mille conséquences?

Le vent qui renaît.

Voilé ca qu’on sait.

W ALDEN

j’allai la voir il était absent. Je me promenai tout autour, d’abord inaperçu de l’intérieur, tant la fenêtre en était renfoncée et haut placée. De petites dimensions, elle avait un toit de cottage en pointe, et l’on n’en pouvait voir guère davantage, entourée qu’elle se trouvait d’une couche de boue épaisse de cinq pieds, qu on eût prise pour un amas d’engrais. Le toit en était la partie la plus saine, quoique le soleil en eût déjeté et rendu friable une bonne portion. De seuil, il n’était question, mais à sa place un passage à demeure pour les poules sous la planche de la porte. Mrs. C. vint à cette porte et me demanda de vouloir bien prendre un aperçu de l’intérieur. Mon approche provoqua l’entrée préalable des poules. Il y faisait noir, et le plancher, rien qu’une planche par-ci par-là qui ne supporterait pas le déplacement, en grande partie recouvert de saleté, était humide, visqueux, et faisait frissonner. Elle alluma une lampe pour me montrer l’intérieur du toit et des murs, et aussi que le plancher s’étendait jusque sous le lit, tout en me mettant en garde contre une incursion dans la cave, sorte de trou aux ordures profond de deux pieds. Suivant ses propres paroles, c’étaient « de bonnes planches en l’air, de bonnes planches tout autour, et une bonne fenêtre », — de deux carreaux tout entiers à l’origine, sauf que le chat était dernièrement sorti par là. Il y avait un poêle, un lit, et une place pour s’asseoir, un enfant là tel qu’il était né, une ombrelle de soie, un miroir à cadre doré, un moulin à café neuf et breveté, cloué à un plançon de chêne, un point, c’est tout. Le marché fut tôt conclu, car James, sur les entrefaites, était rentré. J’aurais à payer ce soir quatre dollars vingt-cinq cents, et lui à déguerpir à cinq heures demain matin sans vendre à personne autre d’ici là : j’entrerais en possession à six heures. Il serait bon, ajouta-t-il, d'être là de bonne heure, afin de prévenir certaines réclamations pas très claires et encore moins justes rapport à la redevance et au combustible. C’était là, m’assura-t-il, le seul et unique ennui. A six heures je le croisai sur la route, lui et sa famille. Tout leur avoir — lit, moulin à café, miroir, poules — tenait en un seul gros paquet, tout sauf le chat ; ce dernier s’adonna aux bois, où il devint chat sauvage et, suivant ce que j’appris dans la suite, mit la patte dans un piège à marmottes, pour ainsi devenir en fin de compte un chat mort.

Je démolis cette demeure le matin même, en retirai les clous, et la transportai par petites charretées au bord de l’étang, où j’étendis les planches sur l’herbe pour y blanchir et se redresser au soleil. Certaine grive matinale lança une note ou deux en mon honneur comme je suivais en voiture le sentier des bois. Je fus traîtreusement averti par un jeune Patrick que dans les intervalles du transport le voisin Seeley, un Irlandais, transférait dans ses poches

Source gallica.bnf.fr / Bib I iothèqi

de France

ÊCON OM1E

les clous, crampons et chevilles encore passables, droits et enfonçables, pour rester là, quand je revenais, à bavarder, et comme si de rien n était, de son air le plus innocent, lever les yeux de nouveau sur le désastre ; il y avait disette d'ouvrage, comme il disait. Il était là pour représenter 1 assistance et contribuer à ne faire qu'un de cet événement en apparence insignifiant avec l'enlèvement des dieux de Troie.

Je creusai ma cave dans le flanc d'une colline dont la pente allait sud, là où une marmotte avait autrefois creusé son terrier, à travers des racines de sumac et de ronces, et la plus basse tache de végétation, six pieds carrés sur sept de profondeur, jusqu’à un sable fin où les pommes ne terre ne gèleraient pas par n’importe quel hiver. Les côtés furent laissés en talus, et non maçonnes ; mais le soleil n'ayant jamais brillé sur eux, le sable s en tient encore en place. Ce fut l'affaire de deux heures de travail. Je pris un plaisir tout particulier à entamer ainsi le sol, car il n’est guère de latitudes où les hommes ne fouillent la terre, en quête d’une température égale. Sous la plus magnifique maison de la ville se trouvera encore la cave où l’on met en provision ses racines

comme jadis, et longtemps après que l'édifice aura disparu la postérité retrouvera son encoche dans la terre. La maison n est toujours qu une sorte de porche à l’entrée d’un terrier. .

Enfin, au commencement de mai, avec l’aide de quelques-unes de mes connaissances, plutôt pour mettre à profit si bonne occasion de voisiner que par toute autre nécessité, je dressai la charpente de ma maison. Nul ne tut jamais plus que moi honoré en la personne de ses fondateurs. Ils sont destines, j’espère, à assister un jour à la fondation d édifices plus majestueux. Je commençai à occuper ma maison le quatre juillet, dès qu el e fut pourvue de planches et de toit, car les planches étant soigneusement taillées en biseau et posées en recouvrement, elle se trouvait impénétrable à la pluie; mais avant d'y mettre les planches, je posai à l’une des extrémités les bases d une cheminée, en montant de l’étang sur la colline deux charretées de pierre dans mes bras. Je construisis la cheminée après mon sarclage en automne, avant que le feu devînt nécessaire pour se chauffer, et fis, en attendant, ma cuisine dehors par terre, de bonne heure le matin ; manière de procéder que je crois encore à certains égards plus commode et plus agréable que la manière usuelle. Faisait-il de l’orage avant que mon pain fût cuit, que j’assujettissais quelques planches au-dessus du feu, m’asseyais dessous pour surveiller ma miche, et passais de la sorte quelques heures charmantes. En ce temps où mes mains étaient fort occupées je ne lus guère, mais les moindres bouts de papier traînant par terre, ma poignée ou ma nappe, me procuraient tout autant de Plaisir, en fait remplissaient le même but que Y Iliade.

Al

WALDEN

Il vaudrait la peine de construire aved plus encore de mûre réflexion que je ne fis, en se demandant, par exemple, où une porte, une fenêtre, une cave, un galetas, trouvent leur base dans la nature de l’homme, et peut-être n’élevant jamais d’édifice, qu’on ne lui sût trouvé une meilleure raison d’être que nos besoins temporels mêmes. Il y a chez l’homme qui construit sa propre maison un peu de cet esprit d’à-propos que l’on trouve chez l’oiseau qui construit son propre nid. Si les hommes construisaient de leurs propres mains leurs demeures, et se procuraient la nourriture pour eux-mêmes comme pour leur famille, simplement et honnêtement, qui sait si la faculté poétique ne se développerait pas universellement, tout comme les oiseaux universellement chantent lorsqu’ils s’y trouvent invités ? Mais, hélas ! nous agissons à la ressemblance de l’étourneau et du coucou, qui pondent leurs œufs dans des nids que d’autres oiseaux ont bâtis, et qui n’encouragent nul voyageur avec leur caquet inharmonieux. Abandonnerons-nous donc toujours le plaisir de la construction au charpentier ? A quoi se réduit l’architecture dans l’expérience de la masse des hommes ? Je n’ai jamais, au cours de mes promenades, rencontré un seul homme livré à l’occupation si simple et si naturelle qui consiste à construire sa maison. Nous dépendons de la communauté. Ce n’est pas le tailleur seul qui est la neuvième partie d’un homme 1 ; c’est aussi le prédicateur, le marchand, le fermier. Où doit aboutir cette division du travail ? et quel objet finalement sert-elle ? Sans doute autrui peut-il aussi penser pour moi ; mais il n est pas à souhaiter pour cela qu’il le fasse à l’exclusion de mon action de penser pour moi-même.

C’est vrai, il est en ce pays ce qu’on nomme des architectes, et j’ai entendu parler de l’un d’eux au moins comme possédé de l’idée qu’il y a un fond de vérité, une nécessité, de là une beauté dans l’acte qui consiste à faire des ornements d’architecture, à croire quec’est une révélation pour lui. Fort bien peut-être à son point de vue, mais guère mieux que le commun dilettantisme. En réformateur sentimental de l’architecture, c’est par la corniche qu’il commença, non par les fondations. Ce fut seulement l’embarras de savoir comment mettre un fond de vérité dans les ornements qui valut à toute dragée de renfermer en fait une amande ou un grain de carvi, — bien qu’à mon sens ce soit sans le sucre que les amandes sont le plus saines — et non pas comment l’hôte, l’habitant, pourrait honnêtement bâtir à l’intérieur et à l’extérieur, en laissant les ornements s’arranger à leur guise. Quel homme doué de raison supposa jamais que les ornements étaient quelque chose d’extérieur et de tout bonnement dans la peau, — que si la tortue possédait une carapace

I . Allusion su dicton suivant lequel : Il faut neuf tailleur i pour faire un homme.

ÉCONOMIE

tigrée, ou le coquillage ses teintes de nacre, c’était suivant tel contrat qui valut aux habitants de Broadway leur église de la Trinité ? Mais un homme n'a pis plus il faire avec le style d'architecture de sa maison qu'une tortue avec celui de sa carapace : ni ne doit le soldat être assez vain pour essayer de peindre la couleur précise de sa valeur sur sa bannière. C est à 1 ennemi à la découvrir. 11 se peut qu’il pâlisse au moment de l’épreuve. Il me semblait voir cet homme se pencher par-dessus la corniche pour murmurer timidement son semblant de vérité aux rudes occupants qui la connaissaient, en réalité, mieux que lui. Ce que je vois de beauté architecturale aujourd nui, est venu, je le sais, progressivement du dedans au dehors, des nécessites et du caractère de l’habitant, qui est le seul constructeur, — de certaine sincérité inconsciente, de certaine noblesse, sans jamais une pensée pour 1 apparence ; et quelque beauté additionnelle de ce genre qui soit destinée à se produire, sera précédée d’une égale beauté inconsciente de vie. Les plus intéressantes demeures, en ce pays-ci, le peintre le sait bien, sont les plus dénuées de prétention, les humbles huttes et les cottages de troncs de bois des pauvres en général ; c’est la vie des habitants dont ce sont les coquilles, et non point simplement quelque particularité dans ces surfaces, qui les rend pittoresques ; et tout aussi intéressante sera la case suburbaine du citoyen, lorsque la vie de celui-ci sera aussi simple et aussi agréable à 1 imagination, et qu on sentira aussi peu d’effort visant à l’effet dans le style de sa demeure. Les ornements d’architecture, pour une large part, sont littéralement creux, et c est sans dommage pour l’essentiel qu’un coup de vent de septembre les enlèverait, tels des plumes d’empiunt. Ceux-là peuvent s en tirer sans architecture, qui n’ont ni olives ni vins au cellier. Que serait-ce si ion faisait autant d embarras à propos des ornements de style en littérature, et si les architectes de nos Bibles dépensaient autant de temps à leurs corniches que font les architectes de nos églises ? Ainsi des belles-lettres et des beaux-arts, et de leurs professeurs. Voilà qui touche fort un homme, vraiment, de savoir comment «ont inclinés quelques bouts de bois au-dessus ou au-dessous de lui, et de quelles couleurs sa case est barbouillée ! Cela signifierait quelque chose si, dans un esprit de ferveur, il les eût inclinés, il l’eût barbouillée ; mais 1 âme s’étant retirée de l’occupant, c’est tout de même que de construire son propre cercueil, — l’architecture de la tombe et « charpentier » n’est que synonyme de « fabricant de cercueils ». Tel homme dit, en son désespoir ou son indifférence pour la vie : « Ramassez une poignée de la terre qui est à vos pieds, et Peignez-moi votre maison de cette couleur-là. » Est-ce à sa dernière et droite maison qu’il pense ? Jouez-le à pile ou face. Qu abondant doit être son loisir ! Pourquoi ramasser une poignée de boue ? Peignez plutôt votre

WALDEN

maison de la couleur de votre teint ; qu’elle pâlisse ou rougisse pour vous. Une entreprise pour améliorer le style de l'architecture des chaumières ! Quand vous aurez là tout prêts mes ornements je les porterai.

Avant l’hiver je bâtis une cheminée, et couvris de bardeaux les côtés de ma maison, déjà imperméables à la pluie, de bardeaux imparfaits et pleins de sève, tirés de la première tranche de la bille, et dont je dus redresser les bords au rabot.

Je possède ainsi une maison recouverte étroitement de bardeaux et de plâtre, de dix pieds de large sur quinze de long, aux jambages de huit pieds, pourvue d’un grenier et d’un appentis, d une grande fenêtre de chaque côté, de deux trappes, d’une porte à l’extrémité, et d une cheminée de brique en face. Le coût exact de ma maison.au prix ordinaire de matériaux comme ceux dont je me servis, mais sans compter le travail, tout entier fait par moi, fut le suivant : et j’en donne le détail parce qu il est peu de gens capables de dire exactement ce que coûtent leurs maisons, et moins encore, si seulement, il en est, le coût séparé des matériaux divers dont elle se compose :

, , Planches de la ca- S 8 03 Î4 1 , bane pour la plupart.

2 40 C’était cher.

a ii I Plus qu'il ne faiu ) lait.

'j J’en portai sur le

1 40 dos une bonne

) partie.

En tout § 28 12 %

C’est tout pour les matériaux, excepté le bois de charpente, les pierres et

Planches

Bardeaux de rebut pour le toit et les côtés.

Lattes

Deux fenêtres d’occasion avec verre. . .

Un mille de vieilles briques

Deux barils de chaux

Crin

Fer du manteau de cheminée

Clous

Gonds et vis ...

Loquet

Craie

Transport

Page 1