‹ Wallace, ou, Le ménestrel écossaisChapitre 21 sur 41 · LE PRINCE, LE MÉNESTREL · texte numérisé non relu

LE PRINCE, LE MÉNESTREL

LE MÉNESTREL , Sortant de la galerie. Il a la toque et le manteau d'Alhol. Il va se placer à l'entrée de l'appartement du prince.

Il est seul!

LE PRINCE

Oui, les chants de ce ménestrel m'ont ému. Jamais accords aussi puissans n'avaient frappé mon oreille. (Ze ménestrel fait entendre les premiers sons de l'air du premier acte.)

LE PRINCE, pendant la musique.

Qu'entends-je ?,... Ce n'est point mon barde accoutumé... Serait-ce...? Oui , c'est ce ménestrel. [Auménestrel.) Approchez... Dites-moi : où avez-vous appris ces chants belliqueux?

Au camp des Ecossais.

LE PRINCE , étonné.

Au camp des Ecossais?... Ah! sans doute ces guerriers ont oublié le fils de leuis rois.

LE MÉNESTREL, vwement. *

Oublié le fils de leurs rois! Ah! sire, pouniez-

vûus le penser?

LE PRINCE

Quoi ! se souviendraient - ils quelquefois de leur prince?

LE MÉNESTREL, vwement.

Il* n'en est pas un qui ne voulût le voir au milieu d'eux!

LE PRINCE , ai>ec douleur.

Et qu'irais-je faire au milieu d'eux? Ne m'ont-ils pas abandonné, les ingrats!... Je puis leur pardonner, mais

je ne pardonnerai jamais à celui qui les a trompés

Perfide Wallace!

LE MÉNESTREL, aVBC fcU.

Wallace n est point un perfide !

LE PRINCE , vivement.

Qu'est-il donc, celui qui a abusé de quelques grandes qualités pour enlever à un roi les cœurs de ses sujets? LE MENESTREL , avec aine.

Il les lui a conservés !

LE PRINCE, idem.

Il m'a fermé le chemin de ma patrie !

LE MENESTREL , idem.

Il donnerait sa vie pour vous y ramener!

LE PRINCE, idem.

Il s'est emparé de ma puissance !

LE MÉNESTREL, idem.

Il est prêt à vous la rendre !

LE PRINCE , idem.

N'est-il pas sur mon trône?

LE. MÉNESTREL, idem.

Il est à vos pieds ! ( Jl se jette à ses pieds. )

LE PRINCE , dans le plus grand étonnement. Ciel!

LE MÉNESTKEL.

Je suis William Wallace !

LE PRINCE

Wallace!... Grand Dieu!

WALLACE, ai^ec feu.

Oui, sire, celui que vous regardez comme l'usurpateur de votre couronne, est maintenant à vos genoux... L'ambitieux Edouard a pu me noircir à vos yeux ; mais je viens le démasquer aux vôtres : cet écrit adressé à sir Donald , et que la prise d'un courrier a fait tomber entre mes mains , vous instruira de ses indignes projets. ( Pendant que le prince lit.) Vous le voyez ; il voulait faire de vous l'instrument de sa puissance , et , sous votre règne, asservir notre malheureuse patrie !

LE PRINCE, dans le plus grand trouble.

Oui , je reconnais le seing d'Edouard... Edouard coupable... et Wallace innocent !... Ah! puis-je le croire? WALLACE , m'ec Jeu .

Daignez m'écouter un instant. L'Ecosse entière connaît mes malheurs j personne n'ignore la fin cruelle d'uno épouse que j'adorais... Le désir de la vengeance mavait fait prendre les armes , lamour de la patrie les affermit dans mes mains. Je l'avouerai ; quelques Ecossais, jugeant mal de mes sentimens, m'ont offert la couronne. C'est alors que j'ai résolu de tout braver pour vous la rendre , pour vous arracher des mains des traîtres (|ui veulent vous perdre, pour vous ramener au milieu de vos sujets... Ah! sire, soyez juge entre Edouard et moi. Je suis venu iqi me mettre en votre pouvoir : si vous me croyez perfide, parlez, et livrez-moi k mes ennemis. LE PRINCE , vii'cmenf.

Ah! plutôt mourir pour vous détendre! O grandeur d'ame! ô noble courage ! {à lui-même) Edouard , comme vous m'avez trompé !

WALLACE , vivement.

Eh bien ! sire, fu)'ez ce monarque ambitieux : c'est dans le camp des Ecossais que \ous serez vraiment digne de vous-même, digue de vos nobles ancêtres.

DbO.

Prince , la voix de la patrie Vous appelle au chaiiin de l'honeur !

LE pRiKCE, de mëtrie.

Je l'entends , cette voix chérie , ^

Elle fait tressaillir mon coeur !

■vvALLA.CE, inspiré.

Vos pères , du sein du nuage , Sur leur fils attachent leurs yeux !

LE PRINCE , auec force.

Leur fils , qu'en(lai);me ton courap;e«. Est digne encor de ses aïenx !

WALLACE

Le ciel enfin t'est prospère , Ecosse , réjouis-toi !

Vois la fin de ta misère Dans le retour de ton roi.

LE PRINCE

Le ciel enfin m'est prospère , L'Ecosse s'unit à moi !

Dieu puissant, que sa misère Cesse au retour de son roi !

■\VALLACE.

Edouard espère , peut-être , Avoir endormi votre ardeur.

LE PRINCE , avec force.

Pour qu'il apprenne à me connaître, Sur lui j'essaierai ma valeur !

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