ACTE II, SCENE I
Au chemin des honneurs si nia marche trop lente N'a pu suivre ses pas dans leur course brillante. Si j'admire de loin son glorieux essor, Nos premiers souvenirs nous rapprochent encor. Il cliérit ijion Albert , et sa tendresse extrême Des succès de mon fils jouit plus que moi-même : Eiifin mettant le comble à ses bontés pour lui , Pour époux à sa fille il le donne aujourd'hui. Quand il forme avec nous cette étroite alliance , Pensez-vous que Walstein m'ùte sa confiance?
QUESTEMBEnG.
Gallas , s'il faut ici m'expliquer sans détour ,
Craignez qu'il ne vous trompe , en abusant la Cour.
Sous le prétexte adroit de l'hymen de sa fille ,
Au pouvoir du monarque il soustrait sa famille :
Et ce départ soudain nous semble avec raison
Le prélude secret de quelque trahison.
Soyez juge un moment : quoique la Cour ordonne.
Alors qu'il faut punir, le général pardonne.
Mars promène partout son glaive destructeur,
Et jadis de la Saxe ardent dévastateur,
Le terrible Walstein , par un nouveau système.
D'une profonde paix fait jouir la Bohème.
Quel est son but ? d'où vient qu'au mépris de nos lois,
11 protège un pays révolté tant de fois?
Entre le peuple et lui pourquoi celle harmonie?
D'où vient que son armée est ici réunie.
Quand Kali.sbonnc tombe, et que, de toute.s paris,
La ligue, sans appui, voit fuir ses étendards?
Votre cœur généreux commence à me comprendre.
GALLAS
Quel parti, Questemberg, l'Empereur veut-il prendre? Qu'allez-vous faire?
^JUESTEMBERG.
Ici, pour la dernière fois, Le conseil assemblé doit entendre ma voix. J'y vais sonder le Prince. Indulgent ou sévère , J'userai du pouvoir que la Cour me défère. Si Walsteiii se soumet aux lois de l'Empereur, Devant tous ses amis j'abjure notre erreur; Ferdinand linvestit d'une faveur nouvelle. Mais si , par un refus , son espoir se révèle , Retenez-bien , G allas, qu'un changement prochain Do son autorité dépouillera Walstein :
Qu'un autre, recueillant le fruit de sa disgrâce. Doit , appuyé sur moi , s'élever à sa place r Qu'il me faut un guerrier vieilli dans les combats , A l'Empereur soumis , estimé des soldats. Vous m'entendez? avant que mon choix le désigne , Il vous est connu.
CALLAS.
Ciel ! de cet honneur insigne. . .
QUESTEMBERG
C'est vous que Ferdinand par moi veut décorer. Aux plus hautes faveurs vous pourrez aspirer; Et le titre de prince , honorable apanage , De votre noble fils deviendra l'héritage.
GALLAS
Quoi? mon fils ! tant d'éclat rejaillirait sur lui!... Si Walstein vous trahit comptez sur mon appui.
QUESTEMBERG
Songez qu'avec adresse il faut hâter sa chute : Point d'éclatans débats , point de sanglante lutte! De quelque heureux espoir que vous m'ayez flatté, Opposons la prudence à l'infidélité , Et du Prince , en secret , préparant la ruine , Saisissons le pouvoir que Vienne vous destine.