‹ Washington, avec un portrait, une carte et un plan militaireChapitre 1 sur 2 · ÉDITÉ PAR · texte numérisé non relu

ÉDITÉ PAR

L'UNION PANATLANTIQUE

20, BOULEVARD SAINT- GERMAIN, 2ô PARIS Y«

Pour toute reproduction et traduction, s'adresser à l'auteur.

PRÉFACE

L'Union panatlantique ne pouvait mieux éemontrer à quel point son Programme général est d'une réalisation pratique, et combienil serait utile à la cause de la paix, qu'en choisissant dans le Plan de la Maison des Nations dont elle réclame l'institution, le chapitre des Fêtes internationales, et dans celui-ci, le projet d'une Fête mondiale de Christophe Èolomb.

La découverte du Nouveau-Monde, déjà célébrée par toute l'Amérique et par l'Espagne, est un événement si capital des temps modernes, que sa commémoration dans le Monde entier est hautement désirable; on peut même dire qu'elle est inévitable. L'Union panatlantique n'a fait que devancer une tendance des esprits clairvoyants et des cœurs reconnaissants de tous les pays.

Aussi, en deux ans à peine, notre appel a été si vivement compris, approuvé et soutenu, que dès 1921 on commençait à célébrer en plusieurs villes françaises la découverte de ^Amérique; qu'en 1922, plus de cinquante ailles d'Europe, de cent cinquante villes de France, dont Paris, ont pavoisé et conférencié en l'honneur de l'illustre Génois; qu'enfin, félan devient si large, les promesses si nombreuses et importantes, qu'on peut prévoir

PRÉFACE

au 12 octobre prochain la première véritable Fête mondiale de Colomb.

Les gouvernements d'Espagne, Belgique, Finlande, " Tchéco-Slovaquie, Danemark, Pologne, ont donné des instructions pour qu'en tous pays leurs Ambassades, Légations et Consulats pavoisent au Columbus Day. Le Secrétaire d'Etat, à Ottawa, a transmis notre •demande aux ministres des provinces du Canada. Enfin, d'Italie, Espagne, Grande-Bretagne «et Dominions, Belgique, Suisse, Pays-Bas, Allemagne, Autriche, Hongrie, Bulgarie, Chine, Japon, et de plus de vingt autres pays, sont venues, en grand nombre, les promesses de chargés d'affaires, consuls généraux et consuls, où s'inscrivent au premier rang les représentants des Etats-Unis et de Grande-Bretagne: ce qui légitime notre espoir de voir les gouver*nements de Washington et de Londres prendre la généreuse décision de donner des instructions à tous leurs représentants à l'étranger, pour pavoiser le 12 octobre en mémoire de la découverte de l'Amérique, dont ils sont les plus grands usufruitiers.

D'autre part, nous rappelons qu'un des buts principaux de l'Union panatlantique est l'institution de Maisons d'Amérique; or, les Etats- Unis, par leur importance même, seraient, parmi les Américains, les plus intéressés à une telle fondation, et là encore ils devraient appuyer notre propagande.

PHÉFACS

L'Union panatiantique a aussi dans son Programme le culte des grands hommes de toute nature. A côté des inventeurs géniaux, il faut par exemple admirer Faction des libérateurs, et en ceci, au Nouveau-Monde, deux noms brillent avec éclat: Washington, Bolivar. Voilà des héros qui peuvent être acclamés par le Monde entier; le temps ayant éteint les vieilles passions, dégagé les nécessités historiques, quel est aujourd'hui l'Anglais qui refuserait son hommage à Washington, l'Espagnol qui le refuserait à Bolivar?

Certes, ces deux génies ne furent pas seuls. Même en se limitant à leur temps, on ne peut oublier les Franklin et la phalange d'esprits éclairés, hardis, qui travaillèrent à l'indépendance des Etats-Unis, ni les Miranda, San- Martin, O'Higgins, Sucre, Artigas et autres courageux capitaines qui aidèrent à délivrer les Amériques du Sud et du Centre, Mais ce n'est rien enlever à leur glorieuse mémoire, que de mettre au premier rang Washington et Bolivar. Ces deux noms sont l'expression même des libérations américaines, et c'est à ce titre que l'Union panatiantique désire contribuer à faire chérir en tous les pays* le souvenir de leurs luttes héroïques.

Fernand Clerget, propagateur du programme de l'Union panatiantique, et admirateur de Washington et de Bolivar, a résolu de faire

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œuvre utile pour leur mémoire, et préparé d'abord son Washington.

Habitué aux travaux d'histoire, de sociologie^ d'éducation, de littérature, de critique, il n'a pas voulu rivaliser avec les grands et beaux ouvrages, que Ton connaît, sur Washington. Son but, plus modeste, mais non moins utile, est de répandre la mémoire du principal libérateur des Etats-Unis dans les classes moyennes et les peuples. Sa vie de Washington, complète et précise, claire et aisée, est destinée — du moins il le souhaite ainsi— à venir entre les mains de millions de lectrices et de lecteurs qui n'ont ni le temps, ni la préparation universitaire, ni souvent même les moyens, de s'assimiler les grandes histoires.

L'Union panatlantique estime qu'il a réalisé ce plan à la fois modeste et utile. Elle a voulu coopérer à la diffusion de ce petit livre voué à la gloire de Washington, en assurant et es propageant la première édition. Nous espérons qu'en tous les pays, surtout aux Etats-Unis, on voudra nous aider à faire connaître cel hommage à Washington, et qu'en voyant le soin que nous prenons de la mémoire des libérateurs, les pouvoirs officiels ne nous ménage ront pas leurs appuis pour l'obtention de l& Féte mondiale de Christophe Colomb.

R. LOPEZ LOMBA

Président de l'Union panatlantique

Sujeï àe V Angleterre

Vers le milieu du 17o siècle, John Washington bisaïeul du principal libérateur des Etats-Unis,, quitta la comté anglaise de Durham, pour s'établir planteur en Virginie. Quatre-vingts ans plus tard, son descendant Augustin habitait, avec sa femme Marie BalL à Bridge's-Creek, comté de Westmoreland, au bord du Potomac; ce fut là que naquit George Washington, le 22 février 1732,

L'influence que la richesse donnait à son père aurait pu encourager une enfance turbulente, un peu trop fîère; mais une mère pieuse, de cœur juste, d'esprit élevé, sut refréner sa violence. Grandissant libre, robuste et hardi, il resta, grâce à elle, droit, respectueux et croyant. Actif, aimant le péril, il savait pourtant observer; peu à peu, la prudence gardait ses élans de bravoure. Il aimait sa Virginie fertile, ses fleuves, ses bois, ses habitants énergiques et généreux. Toute son éducation venait de sa mère et de ia Bible; son instruction,, d'un maître d'école n'enseignant que la lecture, l'écriture, les éléments de mathématiques, les formules de baux et contrats. Un cousin partageait ses études, ses jeux, ses chasses. A l'église voisine de Pohicq, on le voyait sérieux et recueilli.

Il avait onze ans quand mourut son père. La

vocation de soldat semblait se dessiner eo> lui; c'était lui qui rangeait les camarades, pour ces petites guerres qui plaisent aux jeunes garçons; à quatorze ans, il voulut entrer dans la marine anglaise; mais la mère s'y opposa, lui montrant la nécessité d'une situation meilleure: il avait neuf frères et sœurs, cela imposait des devoirs particuliers. L'étude de la géométrie, delà trigonométrie, de l'arpentage, le prépara au rôle d'arpenleur, qui, là-bas et en ce temps, signifiait pionnier, explorateur, autant que mesureur de vastes domaine* dont les limites étaient des fractions de degrés terrestres.

Il partit, à seize ans, vers les monts Alleghanys* dans les propriétés de lord Fairfax, qui s'étendaient de la baie de Ghesapeake aux sources du Potoraac et du Rappahannock. Ce fut la vie ardente, dans les forêts vierges où grondaient les chutes d'eaux, dans les solitudes où il croisait des aventurier», campait avec des Peaux-Rouges, marchant le jonr, dormant la nuit sur la paille d'un logis de colon. Travaux et courses durèrent trois années, sauf les hivers passés à Mount-Vernon chez le frère aîné, où il se formait à une bonne compagnie.

Dans cette existence active et rude, parmi les splendeurs et les périls d'une nature sauvagement féconde, qu'importait le reste de l'Amérique, et même du Monde? Seul, le voisinage de trois rivalités pouvait, par instants, cingler l'ardeur du jeune homme. Si les Anglais occupaient les rivages de l'Atlantique, les Français, parle Canada etles grands lacs explorant l'immense vallée du Mississipi, les heurtaient aux monts Alleghanys, et les Espagnols, en Floride, leur barraient le sud. Tels se défiaient ces trois camps, lorsqu'à dix-neuf ans, Washington débuta dans la carrière militaire.

SUJET DE l/ANGLETERRE

Nommé commandant d'un des districts de la milice virginienne, il prit part aux escarmouches* contre Français et Peaux-Rouges. Iî s'y livrait avec ardeur, étudiant aussi la tactique près d'officiers aguerris ou dans les manuels, quand la mort du frère aîné le rendit chef de la famille. Il vint donc à Mount-Vernon, des lors sa propriété. Mais bientôt des mouvements militaires le rappelèrent à son poste; les Français se fortifiaient sur le Mississipi, l'Ohio, et le gouvernement de Londres, pour arrêter leurs progrès, cherchait un prétexte de guerre. Le jeune adjudant-major reçut la mission difficile de porter des sommations anglaises, d'étudier la situation de l'ennemi et d'en détacher quelques tribus de Rouges.

On était en 1753. Le 31 novembre, Washington, avec cent cinquante miliciens, quitta Williamsburg, capitale virginienne, et remonta le pays, jusqu'aux Àlleghanys couverts de neige. Durant cinq cents milles, par des monts escarpés, des vallées inondées, il brava le froid, la fatigue, observant la région au pointde vue militaire, amenant des Peaux-Rouges à l'alliance anglaise. Au fort Le Bœuf, commandé par de Saint-Pierre, on déclina ses sommations, mais il réussit à lever un plan. Au retour, l'abondance des neiges le décida à partir en avant, seul avec le guide Gist; traqués, égarés, épuisés, ils atteignirent enfin Williamsburg, vers la fin de février 1754.

Le conseil de Virginie elle gouverneur Dinwiddie publièrent le Journal de route de l'adjudant-major, et décidèrent la construction d'un fort au point où la rivière Alleghany etla Monongaela, en se joignant, forment l'Ohio. Trois cents hommes partirent, en avril, sous le colonel Josuah Fry et le lieutenantcolonel Washington, celui-ci ouvrant la marche

avec trois compagnies, jusqu'à Will's-Creek, où il reçut un utile avis. Un groupe français, sous le capitaine de Contrecœur, avait attaqué et pris le poste virginien retranché sur la fourche de î'Ohio; s'y installant, il nomma l'ouvrage fort Duquesne. De là, fut envoyé en reconnaissance Villiers de Jumonville avec trente soldats; aux Grandes-Prairies, apprenant que l'avant-garde anglaise approchait, Jumonville dissimula sa petite troupe dam un ravin. Mais des Rouges avertirent Washington, qui retrancha son camp, et emmena quarante hommes, dans la nuit; au lever du soleil, 27 mai, il toucha le ravin, reconnut les£ Français. «Feu!» cria-t-il. Jumonville et dix soldats tombèrent morts; les autres, après une lutte acharnée mais courte, se rendirent. Cet épisode fut le début delà Guerre de Sept- An s.

En juin, un congrès de commissaires des colonies se réunit à Albany, pour conférer avec des chefs de Peaux-Rouges. Franklin y proposa un projet d'union, qui fut voté, et que repoussa le bureau du commerce de Londres. L'heure de l'indépendance n'était pas venue pour les colons, et comme eux, Washington besognait encore en fidèle sujet de l'Angleterre. Il remplaçait le colonel Fry, mort à Will's-Creek, lorsque ses quatre cents miliciens furent attaqués, dans leur camp fortifié Necessity, par cinq cents Français qu'amenait Villiers, frère de Jumonville (3 juillet). Après une vive résistance, il fallut capituler; il fut accordé aux Anglais de se retirer en Virginie. Washington, humilié de voir les officiers de la milice subalternes de ceux de la métropole, démissionna et passa l'hiverdansla retraite.

L'effort de Franklin et de Pownall pour l'union durait encore; une lettre du premier, datée de Boston, 22 décembre 1754, réclama des représentant*

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