‹ Washington, drame historiqueChapitre 122 sur 133 · ACTE V · texte numérisé non relu

ACTE V

Les destins ont parlé! le grand chef a vécu! Eh bien! me voilà prêt ! chefs des noires milices, Commencez la torture ! Ordonnez les supplices !... Où donc est le bûcher que j'y monte en chantant, Et que le grand guerrier brûle en vous insultant ! (Il croise ses bras, et reste ainsi jusqu'à sa sortie.)

ANDRÉ, à Washington.

De cette heure terrible empruntant l'éloquence, Laissez-moi, général, jurer mon innocence! Au tribunal de Dieu je vais bientôt m'offrir, Et l'homme ne ment pas alors qu'il va mourir ! D'un noble dévoûment confiante victime, Je fus sans le savoir le messager du crime... Au nom de cet honneur dont vous savez le prix, Dites-moi qu'en partant je n'ai point vos mépris, Et qu'entouré par vous d'un regret légitime, Dans la tombe du moins j'emporte votre estime!

Oh oui ! qu'elle vous suive, et qu'au lieu de bonheur, Je vous console au moins en vous rendant l'honneur î (Il le serre dans ses bras.)

Mais vous ne mourrez pas ainsi qu'un vil coupable : Soldat, vous recevrez un trépas honorable, Et, frappé noblement par le plomb meurtrier. Vous tomberez, major, comme tombe un guerrier

(André se relève radieux; Washington fait un signe à Pauldings qui renvoie les exécuteurs et met des soldats à leur place.)

ANDRÉ

Ah! je mourrai content, puisque l'honneur me reste î

(Aux assistants avec exaltation.) Je ne suis point un traître, et Washington l'atteste î Que dis-je? De ce cœur où je fus enlacé, Quelque chose de grand dans le mien a passé ! J'adopte en expirant, fils soumis et fidèle, Du noble Washington la patrie immortelle, Et j'entre au seuil divin de mon éternité, Martyr de l'Amérique et de sa liberté !

^Xara prend la main d'André, et tombe avec lui aux genoux de Washington.)

WASHINGTON, se penchant, sur eux.

Je vous bénis, enfants ! à cette heure dernière, Que ma douleur sur vous éclate tout entière ! Je ne puis conserver dans mon suprême adieu, Ce courage menteur qui tombe devant Dieu! Ah ! sur ce cœur brisé dont réfreinte vous presse, Recevez en partant ma dernière caresse, Et ce pâle sourire à jamais effacé, Ressouvenir amer d'un bonheur commencé ! Mon âme, auprès de vous heureuse de se rendre, Vous rejoindra bientôt où vous allez m'attendre ! Asile où, nous pressant de ses bras enflammés. Dieu ne sépare plus ceux qui se sont aimés !

(Avec solennité.) Au séjour des élus, rayonnante famille, Au revoir donc!... Adieu, mon fils; adieu, ma fille î (Mouvement général à ce mot de fille : ils se tiennent longtemps

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