ACTE V
La foule, qui l'entoure en le baignant de larmes, Aux soldats attendris court arracher leurs armes, Et, pour le déposer dans le séjour des morts, En un convoi pieux nous rapporte son corps. (On voit arriver un cortège de peuple et de soldats apportant sur un faisceau d'armes le corps sanglant d'André. A sa vue, Xara se précipite sur lui, et en s'agenouillant, y reste appuyée en versant des larmes.)
Pleure^ ô ma pauvre enfant, cette âme noble et pure, Ce héros de l'honneur, tué par un parjure ! (Il fait un effort sur lui-même, et s'adressant aux officiers anglais, américains et français.) Allons, messieurs, signons L..
(Tous les officiers signent avec Howe et Washington.)
WASHINGTON, à la foule.
Peuple, soldats, amis, Enfin, voici le jour à vos luttes promis! Que le canon, tonnant dans la ville charmée, En prévienne le peuple, en instruise l'armée, Et du dernier succès, qu'enfin nous remportons, Disperse la nouvelle à nos treize cantons î (Un grand mouvement se manifeste au fond du théâtre, et on voit qu'il correspond à celui de la ville.)
Avec le jour nouveau que nous voyons éclore, De vos prospérités voici briller l'aurore ! Laboureur, de tes blés va gonfler tes sillons ! Marins, livrez aux vents vos nobles pavillons'.
Artisans, au travail demandez la richesse ! La liberté renaît! que la terre renaisse ! Vieillards, qui languissez sur un grabat étroit, Vous ne souffrirez plus de l'abandon, du froid î Enfants! la liberté veille à votre défense ! Elle est fille du Christ et protège l'enfance ! C'est Dieu lui seul qui règne, et sous sa large main, Le peuple a son travail et le pauvre, son pain ! Famille si longtemps aux douleurs asservie, Occupe enfin ta place à la table de vie ! De la captivité secouez le sommeil !
On ne vous prendra plus les rayons du soleil ! (A Arnold.
Eh bien ? Arnold, voilà cet essor magnanime
Trop beau pour ton orgueil et que brisait ton crime !
Libre par nos traités, mais flétri dans ta foi,
Vas abriter ta honte à l'ombre de ton roi \
Mais ne compte pas trop sur sa faveur fragile !
Le crime est oublié dès qu'il est inutile.
Va! bientôt à l'orgie, au vice abandonné,
Le jeu te prendra l'or qu'un forfait t'a donné ;
Car le ciel, qui te doit en exemple à la terre,
Au bout des lâchetés a placé la misère !
Alors, proscrit de tous, sans soutiens, sans abris,
De ton honneur perdu colportant les débris,
De cités en cités, comme un lépreux immonde,
Ton exil désolé traversera le monde !
Le père, te montrant aux dédains de ses fils,