HABITUDES OE VIE PRIVÉE
mouvement, j'examine l'état de mes propriétés ; et je trouve malheureusement, plus je vais, que les dommages causés par mon absence et ma négligence pendant huit ans sont plus sérieux que je ne l'avais d'abord pensé. Lorsque je me suis acquitté de ces devoirs, je trouve le déjeuner prêta sept heures environ, moment où, si je ne me trompe , vous prenez d'habitude congé de mistriss Mac-Henry. Après le déjeuner, je monte achevai et visite mes fermes : ce qui m'occupe jusqu'à l'heure du dîner. Là, je manque rarement de voiries figures étrangères de braves gens venus, disent-ils, par respect pour moi. Vraiment le mot curiosité serait plus juste. Ah ! que ces nouveaux convives ressemblent peu à ce petit cercle d'amis qui , naguère , entouraient si joyeusement ma table ! Le temps ordinaire pour dîner, une promenade ensuite, puis le thé, m'amènent insensiblement jusqu'à la fin du jour ; alors, si je ne suis empêché par personne, je prends la résolution de répondre à mes lettres aussitôt que la lumière sera apportée; mais lorsqu'elle paraît je me trouve fatigué et peu propre à ce travail. Je me console en pensant qu'il me sera plus facile de le faire le lendemain. Le lendemain arrive, et avec lui les mêmes causes de retard.
Ces détails vous expliqueront pourquoi j'ai tant tardé à vous répondre. L'histoire d'un jour peut servir pour toute une année; aussi suis-je persuadé que vous ne songerez point à m'en demander une nouvelle édition. Vous remarquerez que, dans mon exposé, je m'abstiens de vous parler de mes lectures. Pourquoi ? C'est, il faut
le dire, hélas ! que je n'ai pas jeté les yeux sur un seul livre depuis mon arrivée en ce lieu, et que je ne m'attends guère à pouvoir le faire avant d'être débarrassé de mes ouvriers. Lorsque ce jour-là arrivera, et que les nuits seront devenues plus longues, j'en serai peut-être à feuilleter le grand livre du jugement dernier.
Je me bornerai pour le moment à ajouter que je suis toujours et avec l'affection la plus vraie, votre, etc.
POUR l'Étude
ET POUR l'expédition DES AFFAIRES.
Le général Washington lisait avec grand soin toutes les dépêches , tous les documents, dont le contenu était de nature à exercer quelque influence sur ses opinions ou sur sa conduite. Le plus souvent, il les parcourait une plume à la main, prenant des notes, faisant des extraits, mettant des marques aux endroits les plus saillants , les classant d'après une certaine méthode, de manière à les retenir bien et longtemps. Il suivait cette règle nonseulement dans les affaires publiques , mais dans les affaires privées, dans l'administration de ses fermes, dans les affaires de tout genre.
Par ce moyen, il atteignait deux buts essentiels : premièrement, il se pénétrait bien de toutes les raisons qui devaient motiver sa décision ; ensuite il donnait à l'exa-
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meu de chaque fait le degré d'attention qu'il fallait pour en saisir la portée. C'est à cette manière d'agir qu'il faut attribuer en grande partie sa juste appréciation des faits qu'on lui soumettait , et la profonde sagesse qui éclatait dans toutes ses déterminations. Ses décisions ne trahissaient jamais la précipitation, et avant de faire une démarche, il avait toujours soin de se convaincre que la balance des raisons pesait du côté
où il se portait.
Immédiatement après son inauguration comme président, il se mit en devoir de lire tous les documents officiels des divers départements, en commençant par le traité de paix avec l'Angleterre. Il les parcourut avec attention , faisant des extraits à mesure qu'il avançait dans sa tâche. De cette manière , il s'initia bientôt dans la politique antérieure du gouvernement. Il suivit le même système dans l'examen des rapports émanés des divers chefs de département; celui du bureau de la trésorerie , qu'il avait lui-même fait faire , abonde en tables et chiffres de renvoi. Il paraît avoir étudié un abrégé de ce travail , fait aussi par son ordre, avec l'attention la plus minutieuse.
AVashington suivit la même méthode pendant sa présidence. Tout en ayant soin de prendre connaissance de toutes les dépêches importantes avant qu'elles sortissent du département, il n'en parcourait pas moins les correspondances des secrétaires qui restaient dans les archives, en en faisant des extraits dont quelques-uns se trouvent encore parmi ses papiers. Dans ses Iectures,Washington
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suivait le même système ; toutes les fois que le sujet l'intéressait, il prenait des notes, faisait des extraits et renvoyait au volume et à la page. Il nous reste plusieurs échantillons de ces sortes de travaux auxquels il se plaisait. Il trouvait un intérêt particulier dans la lecture des traités sur l'agriculture ; il lui arrivait même quelquefois d'en transcrire des chapitres entiers de sa propre main. C'est ainsi qu'il résuma YHistoire de la Lousiane , de Du Prat , à l'époque où s'agitait la question du IVIississipi. Il avait commencé une analyse de YHistoire des Indes , par l'abbé Raynal , sur un plan fort étendu ; mais on ne sait s'il est allé au-delà du premier volume.