DISCOURS DE JOHN MARSHALL
DATÏS LA CHiMCf.E DES REPïÉSENTANTS
ET RÉSOLUTIONS ADOPTÉES PAR CETTE ASSEMBLEE le 19 aéceiiibie 1799 {i).
Monsieur le président ,
Le triste événement qu'on annonçait hier sous la forme du doute ne s'est que trop confirmé. Notre Washington n'est plus! Le héros , le patriote , le sage de l'Amérique,
(1) La veille de ce jour, la chambre avait reru la nouvelle de la mon de Washinglon. La séance fut suspendue aussitôt; ce fut le lendemain matin que M. Marshall prononça ce discours devant la «lumbre.
ACJES l)i; CO.NGllÈS 189
l'hoiiiine vers qui tous les regards se touruaieiit aux jours du danger, sur qui se fondaient toutes les espérances, ne vit que par le souvenir de ses grandes actions dans le cœur d'un peuple dont il était chéri et qui le pleure.
Quand même ce ne serait pas une coutume publique de témoigner du respect pour la mémoire de ceux que le ciel a choisis pour répandre ses bienfaits sur l'humanité, tel a été le rare mérite, telles ont été les éclatantes actions qui ont marqué la vie de celui dont nous déplorons la perte, que toute la nation américaine, poussée par le même sentiment, se lèverait tout entière pour réclamer un témoignage public d'une douleur si universelle.
Plus que tout autre et autant qu'il était au pouvoir d'un homme, il a contribué à fonder cet empire qui s'accroît chaque jour, et à donner au monde occidental l'indépendance et la liberté.
Nous l'avons vu, après avoir atteint le grand but qu'on s'était proposé en le plaçant à la tête de nos armées, quitter l'épée pour la charrue et transformer le soldat en citoyen.
Lorsque la faiblesse de notre système fédéral fut devenue manifeste, et que les liens qui unissaient ce vaste continent furent au moment de se rompre , nous l'avons vu se mettre à la tête des patriotes auxquels nous devons cette constitution qui maintient l'union et assure les bienfaits de notre révolution.
Obéissant à la voix unanime de son pays qui l'appelait à présider un grand peuple, nous l'avons vu quitter une
seconde fois la retraite qu'il aimait, et, à une époque plus tourmentée , plus agitée que celle de la guerre civile elle-même, veiller avec une sage et calme fermeté aux véritables intérêts de la nation , et contribuer plus que personne à établir ce système politique qui, j'en ai la certitude, garantira notre repos, notre honneur et notre indépendance.
Choisi deux fois à runanimité pour être le premier magistrat d'un peuple libre , et , à une époque où le suffrage universel lui était assuré, il a su donner au monde un rare exemple de modération en quittant son haut rang pour les paisibles travaux de la vie privée.
Quoique la popularité soit de sa nature mobile, et que les affections de la foule varient souvent et se détournent de ceux qui en ont été l'objet , elles n'ont pas cessé, soit en temps de paix, soit en temps de guerre, soit dans sa vie publique, soit dans sa vie privée, de reposer sur sa tête, aussi inébranlables que l'était son cœur, aussi constantes que l'étaient ses liantes vertus.
Offrons donc , IMonsieur le président , un dernier tribut de respect et d'affection à notre ami qui n'est plus. Que le grand conseil de la nation fasse éclater les sentiments qu'éprouve le pays tout entier. Dans ce but, voici quelques mesures que je prends la liberté de soumettre à la chambre :
Il est arrêté : — Que la chambre se rendra chez le président pour lui adresser des compliments de condoléance sur ce triste événement.
Il est arrêté : — Que le siège du président sera tendu
de noir, et que les membres et officiers de cette chambre porteront le deuil pendant la session.
Il est arrêté : — Qu'un comité, d'accord avec celui que nommera le Sénat , sera chargé d'exanùner quelle est la manière la plus convenable de rendre honneur à la mémoire d'un homme qui fut le premier dans la guerre, le premier dans la paix , et qui occupe la première place dans le cœur de ses concitoyens.
■192 ACTES DU COiNGRÈS