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CHAPITRE X.K

Malgré l'impatience de mon guide, je ne pus m'empêcherde m'arrêter quelques instants encore pour contempler le portail du bâtiment, rendu plus imposant par la solitude qui se lit a 1 eiiloiir lorsque ses portes jusque-là ouvertes se furent refermées , après avoir englouti la multitude qui un moment auparavant se pressait dans le cin^etiere, et qui maintenant se livrait aux exercices solennels de la dévotion, comme nous l'annonçaient les chœurs que nous entendions du dehors. Laréunion de tant de voix ne formait dans l'éloignement qu'une seuleharmonie, exempte de ces sons discords qui blessent :'oreille lorsqu'on les entend de plus près; mêlée au murmure du ruis-

ROB-ROY

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seau profond et au craquement des branches des vieux sapins agités [Ml- le veut, cetiri musique simple atteignaitun effet suMiuie.LanalHri\ telle que l'invoque le psalmi^tf dont on chantait les hymnes, -> iiiiilaitse réunir pour offrir au Créateur ce cantique solennel de In i;ingesoù la crainte se mêle à la joie. J'avais entendu célébrer m France le service de la grand'messe avec tout l'éclat que la muiipie la plus savante, les ornements les plus somptueux et les céré- Miunies les plus imposantes pouvaient lui donner; cependant son effet -i.r moi n'avait pas approché de l'impression que me fit la simplicité ilu culte presbytérien. Ces chants religieux auxquels tous les fidèles pli u.iie:it part me semblaient aussi supérieurs à ceux qu'exécutent diS Miusiciensaprès les avoir étudiés et appris par cœur, que la nature IV>t au jeu du théâtre.

Pendant que mon oreille se plaisait à re ueillirces accords solennels, .^ndré, ne pouvant plus contenir son impatience, me tira par la manche... — Venez donc, monsieur, venez donc : si nous tardons ainsi, notre entrée troubleia le service ; d'ailleurs, si nous nous arrêtons ici, les bedeaux viendront nous ramasser, et nous mèneront au corps-de-garde, comme gens qui rôdeut dans larue pendant les heures du service divin.

Sur cette représentation, je suivis mon guide, mais non dans le chœur de la cathédrale, comme je l'aurais supposé. — Par ici, par ici, monsieur, s'écria-l-il en me tirant à lui au moment où je me disposais à entrer par la porte principale du bâtiment. . On ne s'occupe là que d'affaires de politique. C'est de la morale mondaine aussi sèche et aussi insipide que les feuilles de rhue le sontàNoël... Par ici nous goiiterons la saveur de la vraie doctrine.

En parlant ainsi, il me fit passer sous une petile arcade fermée par un guichet qu'un homme à figure grave était sur le point de pousser ; et après avoir descendu quelques pas, nous nous Iroiivàmes dans les souterrains de l'église, qu'on avait choisis, je ne sais trop pourquoi, pour y établir une singulière forme de culte. Imaginez-vous. Tiesham, une longue rangée de voûtes sombres, basses, à demi éclairées, telles que les caveaux destinés aux sépultures dans lesautres pays; et dans celui-ci également elles avaient clé • jadisconsacrées au même usage. Une portion de ce souterrain avait été convertie en église, et on y avait établi des bancs ; mais cette partie ainsi disposée, quoique pouvant bien contenir une réunion de plusieurs centaines de personnes, était très peu de chose en comparaison des vastes et sombres cavernes qui restaient vides et beanl, s autour de ce qu'on peut appeler l'espace habité. Dans ces solitaires régions de l'oubli, de vieilles bannières noircies par le temps, des lambeaux d'écussons déchirés, indiquaient les tombeaux deceuxqui, sans doute, avaient été des Princes en Israël. Des inscriptions, qui ne pouvaient être déchiffrées que par le laborieux antiquaire, dans une langue aussi hors d'usage que l'acte de dévotion qu'elles réclamaient, invitaient les passants à prier pour les âmes de ceux dont les corps reposaient au-dessous. Au milieu de ces réceptacles des dernières dépouilles de l'humanité, je trouvai une assemblée nombreuse occupée à la prière. Les Écossais remplissent ce devoir debout au lieu de s'agenouiller, sans avoir peut-être pour cela de meilleur motif que de témoigner, par une différence d'attitude aussi frappante, leur éloignement pour les formes du rituel romain ; car j'ai remarqué que. dans les prières qu'ils font en famille (comme aussi, sans doute, dans leurs devotions particulières), ils s'adressent à la Divinité les genoux eu terre et dans la posture usitée chez tmis les autres chrétiens, comme la plus humble et la plus respectueuse. C'était donc debout qu'une a;semblée de plusieurs centaines de pcr.sonnes de tout âge et des d( ux sexes, (lariiii lesquelles les hommes se tenaient la tête découverte, écoutait avec beaucoup de respect et d'attentiiin la prière qu'un ecclésiastique déjà avancé en âge, et très en vogue dans la ville, prononç;ii\ sinon d'effu>ion, du moins de mémoire. Élevé dans la même croyance, je tournai en ce mom'-nl toutes mes (lensées vers ces exercices de [liélé, et ce fut seulement quand toute l'assemblée eut repris ses sièges que mua attention fut distraite par les objets qui m'entouraient. A la fin de la prière, tous les hommes remireii leurs «hapeaux ou leurs bonnets, et tous ceux qui avaient le bonheur d'avoir des sièges s'assirent. André et moi nous n'étions pas de ce nombre, étant arrivés trop tard dans l'église pourpouvoir nousen procurer. Nous faisions partie d'un cercle nombreux d'hommes qui se trouvaient dans le même cas et qui entouraient l'assemlilée assise. Derrière et autour de nous étaient les voûtes que j'ai de|à dciTites ; nous taisions face aux pieux auditeurs dont les visages étaient à di:mi éclairés [lar les rayons du jour qui pénétraient à travers une ou deux ba.sses croisées gothiijues, placées en face, et semblables à celles qui donnent un peu d'air et de clarté aux caveaux de sépulture. Klles fesaient voir toutes les pliy- >i()iioinies tournées vers le prédii ali.'ur et sur le,sc)uel!es on remarquail la vaiieie d'expression ordinaire dans ces .sortes de réunions. L'allenlion régnait pre.squesur lalarede. presque lousles adultes. Ce calnuèlait à peine iiilerrnmpu lorsqu'un père ou une merer appelait àrordrcrKiifaiil trop vifdonl lesyeuxdislraitserraientdecôté etd' autre, ou réveillait celui qui, plus pesant, se laissait aller au sommeil. Les traits proiioncé.s des Ecossais et leurs visages non moins remarquables pvlasailliedeleursos quepar l'air de pénétration et d'iutclligeocc qui

les distingue, se montrent avec plus d'avanlagedans une assemblée religieuse ou dans les rangs d'une armée qu'au milieu de toute autre réunion plus frivole, et le discours du prédicateur était bien fait jiour mettre en jeu les diverses sensations de son auditoire. L'âge et les infirmités avaient affaibli un organe naturellement énergique et sonore. En lisant .son texte, sa prononciation me parut un peu confuse , mais quand il eut fermé la Bible et commencé son sermon, sa voix .s'affermit par degrés à mesure qu'il pénétrait plus avant dans le cercle de son argumentation. Son discours roulait principalement sur les points les plus abstraits de la religion chrétienne, sujets graves, profonds et impénétrables pour la rai.son humaiir^ mais qu'il chercha d'une manière aussi louable qu'ingénieuse à.expliquer par dos citations des saintes Écritures. Mon esprit n'avait pas., été préparé à le suivre dans tous ses raisonnements je ii'étais mèma pas sûr de le comprendre toujours bien, mais rien n'était plus capable de faire impression que l'ardent enthousiasme qui animait le bon vieillard, et rien ne pouvait être plus ingénieux que sa manière de raisonner. On sait que l'Écossais est plus remarquable jiar ses facultés intellectuelles que par sa sensibililé ; il est en conséquence plus accessible à la. logique qu'à la rhétorique, et se laisse plus facilement attirer par des arguments subtils et profonds sur des points de doctrine, qu'entraîner par ces mouvements pathétiques auxquels la plupart des prédicateurs renommés dans certains pays ont recours pour émouvoir le cœur, remuer les passions, et conquérir l'admiration de leurauditoire. Au milieu du groupe attentif que j'avais devant les yeux, on pouvait remarquer des caractères d'expression bien variés, comme dans le célèbre carton de Raphael représentant saint Paul prêchant à Athènes. Ici était un calviniste intelligent et zélé, dont les sourcils froncés annonçaient la profonde attention : ses lèvres légèrement comprimées, ses yeux fixés sur le ministre avec l'expre-sion d'un secret orgueil, comme s'il participait au triomphe de ses arguments ; l'index de sa main droite touchait successivement les doigts de sa main gauche, en suivant le prédicateur, qui, de raisonnements en raisonnements, arrivait à une dernière conclusion. Là un autre, par un regard plus fier et plus austère, semblait témoigner son mépris pour tous ceux qui ne partageaient pas la croyance de son pasteur, et sa joie des châtiments dont il les voyait menacés. Un troisième, a[ipartenant peut-être à une autre congrégation et que le hasard ou la curiosité avait probablement amené là, paraissait discuter intérieurementquelques points de l'argumentation, et l'on pouvait facilement deviner, au léger balancement de sa tête, ses doutes sur la justesse de certaines conséquences. La plus grande partie de l'auditoire écoutait d'un air calme et satisfait, exprimant la conscience du mérite que chacun se fusait de sa présence et de l'attention qu'il prêtait à un discours si ingénieux, tout incapable qu'il fût peui-ètre de le comprendre. Les femmes appartenaient en général à cette dernière classe de l'assemblée, à la différence pourtant que les vieilles donnaient une attention plus sérieuse aux doctrines abstraites qu'on leur développait, tandis que les jeunes laissaient quelquefois errer modestement les yeux autour d'elles : quelques-unes de ces dernières, Tresham ( si ma vanité ne m'abusait pas étrangement ), semblèrent remarquer votre ami et serviteur, et le distinguèrent sans doute à titre d'Anglais et comme un jeune homme d'une tournure pas'^able. Quant an resli; de l'auditoire, les imbécilles ouvraient de grands yeux, bâillaient, s'endormaient jusqu'à ce qu'ils fussent réveillés par les coups de pied que leurs voisins plus zélés leur donnaient de temps en temps dans les jambes ; les nonchalants témoignaient leur inattenlion par la distraction de leurs regards, mais n'osaient pas donner des signes (l'ennui plus évidents. Au milieu des habits et des manteaux, costume distinctifde l'habitant des basses terres, je remarquais de temps en temps un plaid écossais ; l'individu vêtu de la sorte, appuyé sur la poignée de son épée, promenait .ses yeux sur l'auditoire avec un air d'étonnement et de curiosité sauvages, et ne prêtait aucune attention au discours, mais probablement par la plus excusable de toutes les raisons, c'est-à-dire parce qu'il n'en comprenait pas un mot. Cependant l'aspect martial et farouche de ces étrangers donnait à l'assemblée un caractère qui lui aurait manqué sans eux. André me fit remarquer ensuite qu'ils y étaient ce jour-là en plus grand nombre, à cause d'une foire de bestiaux qui avait eu lieu dans le voisinage. Telles étaient les physionomies du uooupe placé rang par rang, et que me montraient les rayons du soleil qui pénétraient à travers les croisées de l'église souterraine de Glasgow. Aprc> avoir l'clairc l'auditoire attentif, ils allait ni se perdre dans le vide des voûtes, jetantsur le premier plan des arcades un denii-joiir douteux et livrant leurs profondeurs à d'épaisses ténèbres qui les faisaient (laraître sans fond.

J'ai dijàdit que je me tenais debout parmi le cercle extérieur, le visage vers le prédicateur, et le dos aux voûtes. Ma posilion me permettait de saisir le moindre bruit qui, .s'èlevant sous ces arceaux ; déserts, était aussitôt répété par mille éciios. Le hniil des gouttes ! de pluie, pénétrant par quelque crevasse du toit ruiné, et loinlMrit ' sur le pavé, me fit tourner la tète plus d'une fois vers le lien d'où il semblait venir, cl lorsque mes ynix avaient pris cette direction, javais de la peine à les en détourner ; tel est le pUisir que trouve uolro

LES VEILLÉES LITTÉRAIRES ILLUSTRÉES

imafrinafion lorsqu'elle s'efforce de pénétrer dans les détours d'un iabvrintlif imparfaitement éclairé, où les objets excitent surlout notre intérêt par le mystérieux intérêt que leur prête leur aspect vajne et douteux. Peu à peu mes yeux s'habituèrent à l'atmiisphêre ténébreuse vers laquelle je les dirigeais sans cesse, et bioutol mon esprit s'intéressa plus aux découvertes que je chercbais à y faire qu'aux subtilités mélapliysiques du prédicateur. Mon pi^e m'avait souvent repris de retle dis|Hisition d'esprit vagabonde provenant peut-être d'une vivacité d'imagination à laquelle il était étranger lui-même; et, en me trouvant ainsi tenté par d'étranges distractions, je me rappelais le temps où il me conduisait i<ar la main à la chapelle de M. Shower, en me recommandant avec instances de bien employer un temps qu'on ne regagnait jamais. En ce moment, ce souvenir, loin de fixer mon attention, acheva d'absorber le peu qui m'en restait, en retraçant à ma mémoire le dangereux état de ses affaires. J'essayai, du ton le plus bas possible, de demandera André si quelqu'un des associés de la maison Mac-Vittie et compagnie faisait partie de l'assemblée; mais André, tout entier à l'attention qu'il donnait au sermon, ne me répondit qu'en me poussant fortement le coude, eonmie pour m'engager à rester tranquille : je reportai ensuite mes yeux sur cette foule de figures qui, le cou tendu, diriseaient leurs regards sur la chaire comme sur un point cenlral commun, et m'efforçai, sans plus de succès, d'y découvrir la physionomie grave et commerciale d'Owen ; sous les larges chapeaux des boureeois de Glasgow, non plus que sons les couvre-chef plus larges encore des habitants du Lanarkshire, je ne pus rien découvrir qui ressemblât à la modeste perruque, aux manchettes empesées et à l'habit noisette qui distinguaient le premier commis de la maison 0-;balrbsloneet Tresham. Alors mon inquiétude se ranima si vivement qu'elle me fit oublier et la nouveauté du tableau qui l'avait d'abord distraite, et même, pour ainsi dire, le sentiment des convenances, .le tirai André par la nianihe en lui déclarant mon intention de quitter l'église et de continuer mes recherches comme je pourrais; mais, aussi obstiné dans l'église souterraine de Glasgow que sur les monts Cheviot, il fut quelque temps sans daigner me répondre; enfin, voyant qu'il n'y avait pas d'antre moyen de me faire tenir tranquille, il se résolut à me dire qu'une fois dans l'église nous ne pouvions pas la quitter avant que le service fût fini, parce qu'on fermait les portes aussitôt les prières commencées. M'ayant donné cet avis d'un ton bref et de mauvaise humeur, André reprit l'air d'importance et d'intelligence critique avec lequel il écoutait le prédicateur.

Comme je cherchais à faire de nécessité vertu , et à reporter mon attention sur les choses saintes, je fus dérangé de nouveau par une interruption des plus étranges. Une voix derrière moi prononça distinctement ces mots à mon oreille : « Vous êtes en danger dans cette ville, n .le me retournai comme machinalement. Il y avait derrière moi et à côté de moi deux ou trois ouvriers, hommes du c.immiin, qui, comme nous, étaient arrivés trop tard pour obtenir dfs sièges. Un regard jeté sur eux me convainquit, sans pouvoir trop dire pourquoi, qu'aucun d'eux n'était la personne qui m'avait parlé. T.eurs fisjures indiquaient l'attention qu'ils donnaient au sermon, etaucun coup d'reil d'intelligence ne répondit à mon regard scrutateur et troublé. Un pilier rond et massif qui était derrière nous pouvait cacher l'individu qui m'avait donné cet avis mystérieux : mais pourquoi le recevais-je dans un tel lieu? contre quel genre de danger voulait-on me prémunir? et quelle était la personrie chargée de me donner cet avis? C'étaient autant de questions sur lesquelles je m- perdais en coniectnres. Cependant je pensai que l'avis serait rép>-té, et je résolus de tenir mon visage tourné du côté du prédicateur, pour que la voix mystérieuse fût tentée de me réitérer sa communication, dans la crainte de n'avoir pas été entendue la première fois : mon plan réussit. Il n'y avait pas cinq minutes que j'avais repris l'attitude de l'attention, quand la même voix répéta tout bas : — Ecoutez, mais ne vous retournez pas (je tins ma tête dans la même position); vous êtes ici en danger, et moi aussi ; venez me trouver cette nuit sur le pont, à minuit précis; restez chez vous jusqu'à la brune, et gardez-vous bien de vous montrer.

Ici la voix cessa, et je tournai immédiatement la tête ; mais celui qui m'avait parlé, avec plus de promptitude encore, s'était glissé derrière le pilier et avait échappé à ma vue. Tétais résolu à le reconnaître, s'il était possible; et me dégageant du cercle extérieur des auditeurs, je pa=sai aussi derrière le pilier : il n'y avait plus rien, et je ne pus entrevoir qu'une figure (sans distinguer si le manteau qui la couvrait était celui de l'habitant des basses terres ou du montagnard) qui se perdit comme un fantôme dans le vide imposant des voûtes. Je fis un mouvement machinal pour rejoindre la forme mystérieuse qui s'évanouit, au milieu du cimetière voûté, comme l'ombre des morts qui reposaient dans son enceinte. J'avais peu d'espoir d'arrêter la course d'un individu qui cherchât si évidemment à m'éviter; mais avant d'avoir fait trois pas en avant du pilier, je perdis même toute chance d'y réussir, par una chute que je fis en me heurtant, dans les ténèbres, contre quelque obstacle; mais cette obscurité , cause de ma disgrâce, servit au.ssi à la cacher : circonstanceque je dus regarder comme favorable, car le

prédicateur, de ce ton d'autorité .sévère que prennent les ministres écossaispour maintenir l'ordre et le silence dans leur auditoire, interrompit son discours en ordonnant au bedeau d'arrêter l'auteur du trouble qui venait de s'élever dans le lieu saint. Opendanl le bruit n'ayant pas été répété, le bedeau ne jugea pas à propos de faire une recherche trop sévère du perturbateur; de sorte que je pus, sans attirer l'attention, reprendre ma première place auprès d'André. Le service fut continué, et se termina sans aucune autre circonstance digne de remarque.

Lorsque l'assemblée se leva pour se retirer, mon ami André s'écria : — Tenez, vous voyez là-has le digne M. Mac-Vittie, et miss Alison Mac-Vittie, et M. Thomas Mac-Fin, qui, dit-on, doit épouser miss Alison, pourvu qu'il sache bien s'y prendre. Elle a beaucoup d'argent, si elle n'est pas belle.

Mes yeux se dirigèrent du côté qu'il m'indiquait. Je vis dans M. Mac-Vittie un homme grand, maigre et d'un certain âge, avec des traits assez durs , des sourcils grisonnants fort épais, et je trouvai dans sa physionomie une expression sinistre qui me repoussa. Je me rappelai l'avis que j'avais reçu dans l'église, et j'hésitai à m'approcher de cet individu, quoique je n'eusse aucun motif raisonnalde de méfiance ou d'aversion. J'étais encore en suspens, lorsque André, qui prit mon hésitation pour de la timidité, voulut m'exhorter à la mettre de côté. — Parlez-lui, parlez-lui, monsieur Francis; il n'est pas encore prévôt, quoiqu'on dise qu'il doit l'être l'année prochaine... Parlez-lui donc; il vous répondra honnêtement, tout riche qu'il est, à moins cependant que vous n'ayez besoin d'argent, car on dit qu'il est dur à la de.sserre

il me vint immédiatement à la pensée que si ce négociant était réellemenlaussi intéressé et aussi avare qu'André me le représentait, j'aurais peut-être quelques précautions à prendre avant de me faire, connaître, ne sachant pas dans quel état pouvaient se trouver ses comptes avec mon père. Cette réflexion vint à l'appui de l'avis mystérieux, et augmenta l'éloignement que m'avait inspiré la figure de cet horame. Au lieu donc de m'adresser directement à lui, comme je l'avais d'abord résolu, je me contentai de charger André d'aller s'informer chez M. Mac-Vittie de l'adresse d'un Anglais nommé Owen, en lui recommandant de ne pas parler de la personne qui lui avait donné cette commission, mais de m'apporter la ré|i0nse dans la petite auberge où j'étais logé. André promit de suivre mes ordres; il me dit quelques mots sur l'obligation d'assister au service du soir, puis ajouta, avec sa causticité habituelle, que, dans le fait, si les gens ne pouvaient pas tenir leurs jambes tranquilles, ni se dispenser d'aller se heurter contre des pierres avec un bruit à réveiller les morts, ils auraient bien raison de se faire uue église au coin de leur cheminée.

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