CHAPITRE IV
Nous avons laissé notre jeune étranger dans une situation plus agréable que toutes celles où il s'était trouvé depuis qu'il avait posé le pied sur le territoire de l'ancionnc Gaule. Le déjeuner était splcndide. 11 y avait un pâté de Périgord, sur lequel un gastronome aurait désiré pouvoir vivre et mourir, comme les mangeurs de lotus dont parle Homère, oubliant parents, patrie, et toutes les obligations sociales : sa croule magnifique semblait s'clevercomme les remparts d'une opulente capitale, emblème des richesses qu'ils sont destinées à protéger. Il y avait un ragoût délicieux, avec cotte petite pointe d'ail qu'aiment les Gascons et que les Ecossais ne dédaignent point; il y avait en outre un jambon excellent qui avait uagmre appartenu à un noble sanglier dans la forêt de Montrichard. Le pain très blanc, des plus délicats, était façonné en boules (d'où les Fran çais ont fait le mot boulanger), et la croûte en était si appétissante, que, même avec de l'eau fraîche, c'eût été une friandise. Mais l'eau n'était pas seule des'-iiee à l'humecter : sur la table s'élevait un de ces flacons de cuir, appelés boirines, contenant environ deux pintes d'un excellent vin de Bcaune. Tanlde bonnes choses auraient donne de l'appétit à un moribond. Quel elfet ne devaient-elles pas produire sur un jeune homme à peine âgé de vingt ans, qui, dans les deux jours précédents (car, après tout, il faut direla vérité), n'avaitraangé que les fruits à demi-murs que le hasard lui avait permis de cueillir, et une ration bien modique de pain d'orge. Il se jeta d'abord sur le ragoût, i.'l en un clin d'iellle plat fut vide; puis il dirigea sur le pâté plusieurs attaques successives, dont chacune pénétra jusqu'au cœur de la place; et, pour soutenir ses forces, il arrosait chaque morceau d'un verre de vin proportionné, le tout au grand étonnement de I aubergiste, et au grand amusement de maître Pierre.
Ce dernier surtout, probablement parce qu'il se trouvait avoir fait un acte de bienfaisance plus grand qu'il n'avait pensé d'abord, paraissait ciiarmé de l'appétit du jeuue Ecossais; et lorsqu'enfin il remarqua que son activité commençait à se ralrntir, il Iriita de l'excileràde nouveaux elForts en faisant servir des confitures, des dariolcs et toutes les autres friandises qu'il put imaginiîr pour prolonger le repas. Pendant que maître Pierre tenait ainsi occiijié son vigoureux convive, sa physionomie exprimait une sorte de bonne humeur qui était presque de la bienveillance, et qui s'écartait de son caractère habituellement caustique et sévère, les vieillards synipathisent avec les jouissances et les exercices de la jeunesse, toutes les fois que leur esprit, dans son état naturel d'équilibre, n'est troublé ni par une secrète jalousie, ni par une sotte émulation. De son côté le jeune voyageur, tout en s'occupant d'une manière si agréable, vit néanmoins que la physionomie de l'homme qui le régalait, physionomie qu'il avait n'abord trouvée si peu prévenante, devenait beaucoup moins désagréable, observée sous l'influence du vin de Hcaune : il ge permit donc de reprocher cordialement à maitre Pierre de rire de son appétit et de ne rien manger lui-même..
— J'observe le jeûne, répondit le bourgeois, et il ne m'est permis de rien prendre avant midi, sauf un peu de confitures et un verre d'eau. Dites à la dame de là haut de ra'apporter cela, ajouta-t-il en K- tournant vers l'aubergiste.
I-'hôle sortit, et mailrc Pierre continua ; —Eh bien! ai-jc tenu
parole relativement au déjeuner que je vous avais promis?— C'est le meilleur repas que j'aie fait depuis que j'ai quitté Glen-Houlakin.
— Glen, quoi? allez-vous faire paraître lediable avec des mots d'une telle longueur?— Glen-Houlakin, c'est-à-dire la vallée des moucherons : c'est le nom de notre antique patrimoine, mon cher monsieur. Vous avez acheté le droit de rire en l'entendant prononcer, si cela vous plait. — Je n'ai pas la moindre intention de vous fâcher; mais je me disposais à vous dire, puisquevous êtes content du repas que vous venez de faire, que les archers écossais de la garde en reçoivent chaquejour un aussi bon, sinon un meilleur. — Il n'y arien d'étonnant à cela : s'ils sont enfermés toutes les nuits dans ces nids d'hirondelles, ils doivent avoir un terrible appétit le lendemain. — Eton leur donne de quoi le satisfaire amplement. Ils n'ont pas besoin, comme les Bourguignons, d'aller le dos nu pour se remplir le ventre; ils sont vêtus comme de> comtes, et font bombance comme des abbés. — Grand bien leur fasse! — Et pourquoi ne pas prendre du service ici, jeune homme? Voire oncle pourrait, je n'en ai aucuil doulc, vous faire inscrire sur le contrôle pour la première vacance. Approchez, que je vousdise un mot à l'oreille : j'ai moi-même quelque crédit, et je pourrais vous être de quelque utilité. Je m'imagine que vous savez monter à cheval, aussi bien que tirer de l'arc? — Les Durward valent, comme écuyers, tout homme qui jamais a mis son soulier ferré dans un étrier d'acier; et je ne dis pas que je refuse votre offre obligeante. La nourriture et le vêtement sont deux choses de première nécessité; mais, voyez-vous, à mon âge, on pense à l'honneur, à l'avancement, à de hauts faits d'armes. Votre roi Louis.., que Dieu le protège, car il est l'ami et l'allié de l'Ecosse!... mais lise tient sans cesse renfermé dans son château, ou ne monte à cheval que pour aller d'une ville fortifiée à une autre; il gagne des villes et des provinces par des ambassades politiques, et non par de bonnes batailles. Eh bien ! quant à moi, je suis de l'avis des Douglas, qui étaient toujours en campagne, parce que, disaient-ils, ils aimaient mieux entendre le chant de l'alouette que le cri de la souris. — Jeune homme, ne jugez pas si témérairement les actions des souverains. Louis, qui cherche à épargner le sang de ses sujets, est très peu ménager du sien. H s'est montré homme de cœur à Montihéry.
— Oui, mais il y a de cela une douzaine d'années, ou davantage. Moi, j'aimerais à suivre un maître qui voulùtconserver son honneur aussi brillant que l'acier de son écu, et toujours se jeter le premiei* au plus fort de la mêlée. — Pourquoi donc n'êles-vous pas resté à Brux'lles avec le duc de Bourgogne ? Chaque jour, il vous mettrait à même de vous faire rompre les os; et phiiôt que de vous leurrer d'un vain espoir, il vous les romprait lui-même, surtout s'il apprenait que vous avez frappé son garde-chasse. — Cela est vrai! Ma mauvaise étoile m'a fermé cette porte. — Au reste, il ne manque pas de gens turbulents qui braveraient lediable en personne, et auprès de qui de jeunes étourdis peuvent trouver du service. Par exemple, que pensez-vousde Guillaume de la Mark? — Quoi ! l'homme à la longue barbe!... le Sanglier des Ardennes! 'Vous me parlez de servir un capitaine de pillards et d'assassins, un scélérat qui ôlcrait la vie à un homme pour sa casaque, et qui lue les prêtres et les pèlerins comme si c'étaient des porte-lance et des hommes d'armes !Ce serait une tache indélébile, faite â l'écusson demon père. — Eh bion! mon jeune et pétulant ami, si vous pensez que le sanglier montre trop peu de scrupules, pourquoi ne pas suivre le jeune duc de Gueldre? — Autant vaudrait suivre le grand diable. Je veux vous le dire à l'oreille : c'est un fardeau trop pesant pour la terre... l'enfer s'ouvre |]our l'engloutir... On m'a dit qu'il tient son père en prison, et même qu'il l'a frappé! Pouvez-vous le croire?
Maitre Pierre parut un peu déconcerté de l'horreur naïve avec la-
3uelle le jeune Ecossais parlait de l'ingratitude filiale. Il lui réponit: — Vous ne savez pas, jeune homme, combien peu les liens du saug ont de force entre les hommes d'un rang élevé.
Puis quittant aussitôt ce ton sentimental, il ajouta en riant : — D'ailleurs, si le duc a battu son père, je réponds que son père l'a battu autrefois : ce n'est qu'un compte soldé. — Je suis étonné de vous entendre parler de la sorte, s'écria l'Ecossais, rougissant d'indigiKiiion : lorsque l'on a des cheveux gris comme les vôtres, on devrait mieux choisir ses sujets de plaisanterie. Si le vieux duc a battu son fils dans son enfance, il ne l'a pas battu suffi.sammeiit; car mieux valait pour lui mourir sous les verges que de vivre pour faire rougir le monde chrétien du baptême donné a un tel monstre.
— A ce compte, et comme vous critiquez le caractère des princes et des chefs, ji> crois qu'il vous reste à vous faire capitaine vous-même; dans quels lieux un homme aussi sage trouvera-t-il un chef digne de lui commander? — Vous vous moquez de moi, maître Pierre, rë- ]»Midit le jeune homme d'un ton de bonne humeur, et peut-être avez-voiis raison. Mais vous n'avez pas encore prononcé le nomd'un vaillant chef qui commande non loin d'ici à un eurps d'excellentes troupes, et sous lequel on aimerait assez à prendre du service. — Je ne devine pas qui vous voulez désigner. — Eh ! mais celui nui est comme le cercueil de Mahomet, (maudit soit le faux prophète!) suspindu entre deux aimants; celui qu'on ne peut appeler ni 'français, m lî'>iirguignon, mais qui sait maintenir la balance entre eux, et se faire craindre et servir (lar l'un cl par l'autre, toutgraridsprince»
LES VEILLÉES LITTÉRAIRES ILLUSTRÉES
qu'ils sont. — Je ne devine pas qui vous voulez dire, répondit de noaveau maître Pierre d'un air rêveur. — Eh! de qui pourrais-jc parler si ce n'est du noble Louis de Luxoniljourg, comte de Saint- Pol, grand connétable de l'rance? 11 sait se mainlenir dans son poste avec sa brave petite armée, portant la tète aussi haut que le roi Louis ou le duc Charles, et debout entre les deux comme l'enfant qui se tient au milieu d'une balançoire, tandis que d'autres en font monter et descendre tour à tour les deux bouts. — C'est celui des trois qui court risquede faire la chute la plus danfrercuse. Maisécoute2-moi,mon jeune ami, vous qui regardez le pillage comme un si grand crime, savez-vous que votre habile comte de Saint-Pol est celui qui le premier a donné l'exemple d'incendier les campagnes pendant la guerre : avant les honteuses dévastations qu'il a commises, les villes ouvertes et les villages qui ne faisaient pas de résistance étaient épargnés par les divers partis. — Ah, ma foi ! s'il en est ainsi, je commence à croire qu'il n'y a pas un de ces grands hommes qui vaille un fétu, et que faire un choix parmi eux ce ser;iil choisir un arbre pour y être pendu. Mais ce comte de Saint-Pol, ce connétable, a su se mettre en possession de la ville qui tire son nom de celui de mon très saint et très honoré patron , saint Quentin (ici il fait un signe de croix), et il me semble que si j'étais là, mon cher patron aurait soin de moi; car il n'a pas autant de protégés que vos saints populaires, dont un si grand nombre de personnes prennent le nom... 11 faut C('|)endant iju'ilait oublié le pauvre Quentin Durward, sou filleul spirituel, puisqu'après ra'avoir laissé un jour sans nourriture, il m'abandonne le lendemain à la protection de saint Julien et à la courtoisie d'un étranger, achetée par un plongeon dans la fameuse rivière du Cher, ou dans un des ruisseaux tributaires. — Ne blasphème pas les saints, mon jeune ami. Saint Julien est le patron des voyageurs, et peut-être le bienheureux saint Quentin a-t-il fait pour toi plus et mieux que tu ne penses.
Comme il parlait, la porte s'ouvrit, et une jeune per.sonne, d'en- TJron quinze ans, peut-être un peu au-dessous, apporta un plateau couvert d'une serviette damassée, sur lequel était placée une petite soucoupe remplie de ces prunes sèches qui de tout temps ont ajouté à la réputation de la ville de Tours. On y voyait aussi une de ces coupes d'argent artistement ciselées, que les orfèvres de cette ville esécutaient à cette éfioque avec une délicatesse do travail qui les distinguait des artistes des autres villes de France, et même de ceux de la capitale. La forme élégante de ce vase attira toute l'altentiou de Durward et rem|)ècha d'examiner s'il était d'argent, ou bien, comme le gobelet dont il venait de se servir, d'un métal moins précieux.
Mais la vue de la jeune personne qui ajiporlait ce nouveau service domina toute autre impression. Une profusion de longues tresses de cheveux noirs, parmi lesquels elle avait entrelacé pour tout ornement une légère guirlande de lierre, formait un voile autour d'une figure aux traits réguliers, aux yeux noirs et à l'air pensif comme une tète de Melpomene; mais il y avait sur sa joue une teinte de rougeur, et sur ses lèvres ainsi que dans .son œil un sourire plein de finesse; et l'on sentait que la gaieté n'était pas étrangère à cette physionomie expressive. Quentin crut même reconnaître que des circonstances malheureuses imprimaient à cette douce figure une teinte plus sérieuse que celle des premières années; et comme l'imagination romanesque d'un jeune homme est prompte à tirer des conclusions de données légères, il prit plaisir à inférer de ce qui va suivre, que le destin de cette belle inconnue était enveloppé de silence et de mystère.
— Eh bien ! Jacqueline, dit maître Pierre lorsqu'elle entra dans l'appartement, que signifie ceci? n'avais-je pas demandé que dame Perrette m'apportât ce dont j'avais besoin ? Pâques-Dieu ! est-elle ou se croit-elle trop grande dame pour me servir? — Ma mère ne se trouve pas bien, répondit Jacqueline avec quelque précipitation, mais d'un ton respectueux; elle est indisposée, et elle garde la chambre. — Elle la garde seule, j'espère, répliqua maitic Piene en appuyant sur le mot; je suis un vieux routier, et nullement de ceux auprès de qui les maladies feintes passent pour de bonnes excuses.
Jacqueline pâlit, chancela même en entendant cette réplique; car il faut avouer que la voix et le regard de maître Pierre, toujours durs, caustiques et désagréables, avaient, lorsqu'ils exprimaient la colère ou le soupçon, une expression sinistre et alarmante. La galanterie montagnarde de Durward prit subitement l'éveil; et avec un empresseuienl plein de courtoisie, il s'approcha de Jacqueline pour la débarrasser du plateau qu'elle portait, et qu'elle lui remit d'un air froid et pensif, tandis que d'un regard timide et inquiet, elle obser- ■vait le bourgeois courroucé. Il n'était pas possible de résister à la vive expression de ces yeux qui semblaient implorer la pitié; et maître Pierre continua, non-seulement d'un ton qui prouvait que son mécontentement était apaisé, mais encore avec autant de douceur que sa figure et sa voix en pouvaient exprimer . — Ce n'est pas toi que je blâme, Jacqueline; et tu es trop jeune pour te montrer déjà telle que tu dois être un jour, c'est-à-dire fausse et perfide comme tout le sexe frivole : personne n'est parvenu à l'âge d'homme sans avoir eu l'occasion de vous connaître. Voici un cavalier écossais qui te dira la même chose.
Jacqueline jeta un coup d'oeil sur l'étranger, comme pour obéir à maître Pierre ; mais tout rapide qu'il fut, ce coup d'œil parut à Durward un appel à sa protection et à sa sympathie. Avec la promptitude naturelle à un jeune homme et le respect romanesque pour le beau sexe c|ue lui avait inspiré son éducation, il s'empressa de répondre qu'il jetter:iit le gant à tout antagoniste de son rang et de son âge qui oserait dire que cette figure céleste n'était point animée par l'âme la plus pure et la plus sincère.
A ces mots, le visage de la jeune personne se couvrit d'une pâleur mortelle; elle jeta un regard craintif sur maître Pierre, àqui la bravade du jeune galant tira seulement un sourire de mépris. Quentin, dont la seconde pensée corrigeait ordinairement la première, bien que trop tard, rougit fortement d'avoir prononcé une vaine fanfaronade, en présence d'un vieillard pacifique; et comme pour offrir une réparation proportionnée à son élourderie, il résolut de se «nunicllre avec résignation au ridicule qu'il avait encouru. Il présenta la coupe et le plateau à maître Pierre, avec un air confus ethumilié vainement déguisé par un sourire qui faisait ressortir eucore son embarras.
— Vous êtes un jeune fou, lui dit maître Pierre, et vous connaissez aussi peu les femmes que vous devinez les princes, dont Dieu, ajnuta-t-ii en faisant dévotement un signe de croix, tient les cœurs dans sa main. — Et qui donc tient ceux des femmes? répliqua Durward bien résolu à ne passe laisser subjuguer par la supériorité prétendue de cet étrange vieillard. — Je crois que vous devriez faire cette question à d'autres, répondit maîtie Pierre avec un grand saugfroid.
Quentin ne fut cependant pas entièrement déconcerté par cette nouvelle rcbufTade. — Sûrement, se dit-il, ce bourgeois de Tours n'a pas droit à une si grande déférence pour la misérable obligation d'un déjeuner, quelque bon et substantiel qu'ait été ce repas. L'on s'attache les chiens et les faucons en leur donnant la nourriture, mais c'est de la bienveillance qu'il faut montrer à l'homme, si l'on veut l'enchaîner par les liens de l'afTection et de la reconnaissance. Personnage vraiment extraordinaire!... Et cette charmante vision qui bientôt va disparaître! .. sîjrement un être aussi parfait n'a pas pris naissance en si bas lieu ; il ne peut même être placé sous la dépendance absolue de ce marchand gorgé d'or, quoiqu'il semble exercer à son égard une sorte d'autorité, comme probablement il en exerce une sur tous ceux que le hasard amené dans son petit cercle. H est étonnant quelle idée d'importance ces Flamands et ces Français attachent à la richesse! Et sans doute en eft'et, ce vieux marchand attribue à sou argent la déférence que je lui témoigne à cause de son âge... moi, gentilhomme écossais, noble de race et d'armes, et lui un traficant de Tours!
Telles lurent les idées qui se succédèrent rapidement dans l'esprit du jeune Durward, pendant que maitre Pierre disait à Jacqueline, en souriant et en passant la main sur les longues tresses de ses Cheveux : — Ce jeune homme me servira, Jacqueline ; tu peux te retirer. Je dirai à ta négligente mère qu'elle a tort de l'exposer sans nécessité aux regards du premier venu. — C'était uniquement pour vous servir, répondit la jeune fille; j'espère que vous ne serez pas fâché contre votre servante, puisque... — Pâques-Dieu! s'écria le marchaud en Fiiiterrompant, mais sans dureté, allez-vous discuter avec moi, petite fille; ou bien restez-vous ici pour regarder ce jeune homme? Sortez. 11 est gentilhomme, et ses services me suffiront.
Jacqueline sortit, et Durward demeura tellement occupé de cette disparition soudaine, que le fil de ses réflexions se rompit, et qu'il obéit machinalement lorsque maître Pierre, du ton d'un homme accoutumé à être obéi, et en se jetant nonchalamment dans un grand fauteuil, lui dit : — Posez ce plateau devant moi.
Alors, le marchand laissa retomber ses sourcils noirs sur ses yeux vifs et perçants, de telle sorte qu'à peine ses prunelles étaient-elles visibles; seulement, de temps à autre, il s'en échappait un rayon rapide et brillant comme ceux du soleil qui se couche derrière un sombre nuage, à travers lequel il scintille par intervalles. — C'est une iharmaute créature, dit enfin le vieillard en levant la tète, et jetant un regard ferme et pénétrant sur Quentin ; nue aimable fille, pour une servante d'auberge, n'est-ce pas? Elle figurerait bien à la table d'un honnête bourgeois; mais une jiaurre éducation, un sang roturier !
Il arrive souvent qu'un mot jeté au hasard démolit un brillantchâteau bâti sur les nuages; et, en pareille circonstance, l'architecte sait peu do gré à celui qui a porté le coup fatal, quoique sans la moindre intention de l'ofl'enser ou de lui nuire. Quentin fut déconcerté : il se sentait disposé à se mettre eu colère (sans trop pouvoir se rendre compte du motif) contre ce vieillard, qui lui apprenait qu'une si charmante créature n'était ni plus ni moins qu'une servante de cabaret, une servante d'un ordre supérieur, à la vérité, probablement une nièce de l'aubergiste, ou quelque parente plus éloignée, mais une servante enfin, obligée de se conformer à l'humeur des habitués de la maison, et particulièrement à celle de maître Pierre, qui probablement avait bon nombre de caprices, et assez d'argent pour les satisfaire. Une pensée ne cessait de se présentera
QUENTIN MIRWARD.
son esprit : il devait faire comprendre au vieillard la différence de leurs conditions, et lui faire remarquer que toute sa richesse ne pouvait le mellre sur le pieJ de l'égalité avec un Durward de Glen- Hûulakiii. Cependant, quand il portait la vue sur maître Pierre, il découvrait en lui, malgré ses regards baissés, ses traits amaigris, et ses vêtements qui annonçaient le laisser aller ou l'avarice, quelque chose qui l'empêchait de mettre à exécution son dessein. Au contraire, plus Quentin le regardait avec attention, plus il sentait redoubler sa curiosité de savoir quel était le rang social de cet homme, et alors il se persuadait intérieurement avoir affaire au moins à un syndic, ou à un magistrat de la ville de Tours; en un mot, à un homme qui, d'une manière ou d'une autre, était habitué à exiger et à obtenir le respect.
Le marchand, de son côté, paraissait plongé dans une rêverie dont il ne sortit que pour se signer dévotement avant de se mettre à manger quelques prunes sèches et un morceau de biscuit; après quoi il fît signe à Quentin de lui donner la coupe. Mais, au moment où celui-ci la lui présentait, il ajouta : — Vous êtes noble? — Bien certainement, je le suis, répondit l'Ecossais, si quinze générations peuvent me rendre tel; Je vous l'ai déjà dit. Cependant, que cela ne vous retienne pas, maître Pierre : on m"a toujours appris qu'il esl du devoir du plus jeune de servir le plus âgé. — Excellente maxime! répondit le marchand tout en jircnant la coupe des mains du jeune homme et la remplissant au moyen d'une aiguière qui paraissait être du même métal, sans se montrer aucunement ému par ces scrupules sur les convenances que Quentin s'était peut-être attendu à faire naître en lui. — Au diable soit l'aisance et la familiarité de ce vieux bourgeois! se dit encore Durward; il se fait servir par un noble écossais avec aussi peu de cérémonie que je le ferais à l'égard d'un rustre de Glen-lsla.
Toutefois le vieillard, ayant vidé sa coupe, dit à son compagnon : — D'après le goût que vous avez paru avoir pour le vin de Beaune, re m'imagine que vous seriez peu disposé à me faire raison avec cette liqueur plus commune. Mais j'ai sur moi un elixir qui peut changer en vin aussi délicieux qu'il y en ail eu France, l'eau de roche ellemême.
Kn pariant ainsi, il lira de son sein une grosse bourse de peau de loutre de mer, et fit tomber dans la coupe, qui au reste n'était pas grande, une pluie de petites pièces d'argent, jusqu'à ce qu'elle fût plus d'à moitié pleine. - Jeune homme, ajouta maître Pierre, vous devez à votre patron saint Quentin cl au bienheureux saint Julien plus de reconnaissance que vous ne paraissiez le croire il y a un instant. Je vous conseille de faire des aumônes en leur nom. Restez dans celle hôtellerie jusqu'à ce que vous voyiez votre parent le Balafré, qui sera relevé de garde dans l'après-midi. Je le ferai avertir qu'il peut vous trouver ici, car j'ai affaiie au château.
Quentin aurait voulu dire quelques mots pour s'excuser d'accepter la prodigue libéralité de son nouvel ami; mais maître Pierre, fronçant ses sourcils noirs, et relevant son corps courbé p^ur prendre une atliludc pli's digne et pins imposante, lui dit d'un Ion d'autorilé : — Point de réplique, jeune homme; faites ce qu'on vous commande A ces mots il quitta l'appartement en faisant signe à Quentin qu'il ne devait pas le suivre. Le jeune Ecossais resta pétrifié, ne sachant que penser de tout ce qui lui arrivait. Son premier mouvement, le plus naturel, mais le moins noble peut-être, fut de regarder dans la coupe, qui était assurément plus qu'à moitié pleine de pièces d'argent : le nombre en était tel, que jamais peut-être, dans le cours de sa vie. il n'en avait eu la vinglicme partie à sa disposition. Mais n'élail-ce pas compromellrc sa dignité de gentilhomme que d'accepter l'argent d'un riche plébéien? Celle question était cranarrassanle; car, quoiqu'il eût fail un copieux dejeuner, ce qui restait aiip.iravanl dans sa bouisc ne pouvait lui suffire, soit pour retourner à Dijon, dans le cas où il voudrait, bravant le courroux du duc de Bourgogne, entrer au service de ce prince, soit pour se rendre à Sainl-Qucnlin, s'il se déterminait en faveur de celui du comle de Saint-Pol; car c'était à l'un de ces deux grands vassaux qu'il avait résolu d'offrir ses services, s'il n'entrait pas dans la maison du roi de France. Le parti auquel il s'arrêta, fut de se laisser guider par son oncle. En attendant, il mil les pieces d'argent dans son SuC de velours, et appila l'Iiôtu pour lui faire retirer la coupe d'argent, et en même temps pour lui adresser quelques questions au sujet de ce marchand qui se montrait si libéral et si impérieux.
Le maître de la maison se pré.senta bientôt; et, s'il ne fut pas Ircscommunicnlif, toujours se montra-t-il moins avare de paroles. Il refusa positivement de reprendre la coupe d'argent.— Elli: ne lui appartenait pas, dit-il , mais à maître Pierre, oui en avait fait présent à son convive, il avait, à la vérité, quatre hanaps, que lui avait légHfs sa grand'méie d'heureuse mémoire, mais qui ne ressemblaient pas plus à C(! beau morceau de ciselure qu'un navet m: ressemble à une pêche. Celui-ci était une de ces fameuses coupes de Touts, travaillées par Martin Dominique, lequel pouvait défier tout Paris. — Et, s'il vous plail, qui c'sl ce niailre Pierre qui fait de si riches présents à des étrangers? demanda Durward en l'interrompant.—Qui est ce maître Pierre? répéta l'hôte en laissant tomber de sa bouche ces paroles uue 4 une, comme «il les eut distillées. —
Oui, répliqua Durward d'un ton impatient et impératif, qui est ce ruaitre Pierre qui se montre si libéral et si prodigue? et qui est celte espèce de boucher qu'il a envoyé en avant pour commander le déjeuner? — Oh! oh! beau sire, quant à savoir ce qu'est maître Pierre, vous auriez dû lui adresser celte question à lui-même; et, pour celui qui a fait préparer le déjeuner. Dieu vous préserve de faire sa connaissance plus intime. — Il v a quelque mystère daiii tout cela. Ce mailre Pierre m'a dit qu'if est marchand. — S'il vous l'a dil, vous devez l'en croire. — Et quels sont les objets de son commerce?— Oh! ce sont des objets do prix. Entre autres, il a établi ici des manufactures de soieries dont les produits rivalisent ,ivec les riches étoffes que les Vénitiens apportent de l'Inde et du Catliay. En venant ici, vous avez dû voir de belles allées de mûriers : ils ont élft plantés par l'ordre de maître Pierre pour nourrir les vers à soie. — Et cette jeune personne qui a aftporlé des confitures, qui est-e!le, mon bon ami? — .Ma locataire : elle est iri avec sa tutrice, une tante ou autre parente, je m'imagine. — Et êtes-vous dans l'usage d'employer vos locataires à se servir les uns les autres? J'ai remarqué que maître Pierre n'a rien voulu prendre de votre main ni de celle de la personne qui vous accompagnait.- Les gens riches ont leurs fantaisies, car ils peuvent payer pour les satisfaire. Ce n'est pas la première fois que maître Pierre a trouvé le moyen d'avoir des gentilshommes derrière son fauteuil.
Le jeune Ecossais se sentit un peu offensé de cette observation ; mais, rachaiit son dépit, il demanda s'il pourrait avoir un appartement dans l'auberge pour un jour ou plus peut-être. -Cerlainement, répondit l'aubergiste, et pour aussi longtemps qu'il vous plaira (\<: rester ici. — Et mescra-t-il permis, continua Durward, de presenile mes respects aux dames dont je vais devenir le voisin?— Je n'en sais rien. Elles ne sortent pas, et ne reçoivent personne. — A l'exccplinn de mailre Pierre, j'imagine?— Il ne m'est pas permis de désigner d'exception, réjiondil l'aubergiste d'un ferme, mais respectueux".
Quentin portait assez haut l'idée qu'il se faisait de son importance, quoiqu'il fût dépourvu des moyens de la soutenir. Un peu mortifié de la réplique de l'aubergiste, il n'hésita pas à se prévaloir d'un usage assez commun dans ce siècle. — Portez à ces dames, dit-il, un flacon de vin d'Auvergne, en leur offrant mes 1res humbles respects, et dites-leur que Quentin Durward, de la maison de Glen- Houlakin, honorable cavalier écossais, qui vient de prendre un logement dans celte hôtellerie , demande la permission de leur prélenter ses hommages en personne.
Le messager partit, et revint presque aussitôt : les dames refusaient d'accepter le rafraichissemenl, et offraient leurs remercîments au cavalier écossais ; elles regrettaient que la vie retirée qu'elles menaient les mil dans l'impossibilité de recevoir sa visite. Quentin se mordit les lèvres, et prit un verre du vin qu'on avait refusé et que l'hôte avait posé sur la table. — Par la messe! se dit-il tout bas, voici 1111 pays bien étrange! Des marchands et des ouvriers s'y donnent les manières et exercent la munificence des nobles, et de petites tilles, qui tiennent leur cour dans un cabaret, alfeclent un grand ton, comme si elles étaient des princesses déguisées. Il faut cependant que je revoie cette belle aux sourcils noirs, ou je serais bien empêché. Ayant pris cette sage résolution, il voulut être conduit à l'appartement qu'il devait occuper.
L'aubergiste le fit monter par un escalier placé dans une tourelle : vers le haut de cet escalier, il se trouva dans une galerie sur laquelle ouvraient plusieurs portes, comme dans le dortoir d'un couvent. Celte ressemblance n'excita pas une grande admiration chez notre jeune héros, qui se souvenait avec beaucou|i d'ennui de l'avanlgoùt qu'il avail eu autrefois de la vie monastique. L'aubergiste, s'arlêtant à l'autre extrémité de la galerie, choisit une clef dans un gros trousseau pendu à sa ceinture, ouvrit une perte, et fil entrer son hôte dans une chambre qui occupait tout l'intérieur d'une tourelle. Cette chambre était petite, à la vérité, mais propre et écartée des autres; on y voyait un petit lit el qm-lques meubles rangés dans un excellent ordre ; (-4 tout bien considéré, elle parut à Durward un peiil palais. — J'espère, mon bon monsieur, dil l'aubergisie, que vous trouver(>z cel appartement agréable. Je me fais un devoir de ouiilenler tous les amis de maîlie'Pierre. — Quel heureux ploiiiieon j'ai fait là! s'écria Quentin en battant un entrechat dès que son'hôle se fut retiré. Jamais bonheur ne se prési nia sous une forme au.ssi brillante et nnssi limpide : je suis en vérité submergé dans le torrent lie la fortun(^
En parlant ainsi, il .s'approcha de la petite fenêtre, d'où, attendu que la tourelle s'avançait considérablement hors de la ligne principale du bâtiment, la vue s'étendait, non-senlemenl sur un joli et a.ssez vaste jardin, dépendant de l'auberge, mais encore sur un charmant bosquet de ces mûriers que, disait-on, maître Pierre avait fait planter pour nourrir les vers à soie. Si. délowrnanl les yeux de ces objets cloigné-s, on le» dirigeait le long du mur, on voyait iJne seconde b'urelle rlont une des fenêtres correspondait à celle que Durward occupait en ce moment. Or il serait difficile à un homme moins jeuni; que Quentin de dire pourquoi re rôle l'intéressait plus que le joli jardin ou le bosquet rie mùiiers ; eir, lielas! des yeux de qiiaraute aus et plus regardent avec iudiffcreac« uuM U>ùreU« dont la
fenêtre et la jalousie sont entr'ouvertes pour laisser entrer l'air, tandis que ie voiet reste à moitié fermé pour intercepter, soit les rayons du soleil, soit des regards trop curieux... un luth, à demi caché par un léger voile de soie verte, fùt-il même suspendu auprès de ceite fenêtre. Mais, à l'âge heureux de Durward, de pareils accidents, comme dirait un peintre, offrent une base suffisante pour élever cent édifices aériens et former ces conjectures mystérieuses, souvenir desquelles l'homme plus mùr sourit et soupire, au soupire et sourit tout ensemble.
Comme on peut supposer que notre ami Quentin désirait apprendre quelque chose de plus relativement à sa belle voisine, la propriétaire du luth et du voile ; comme on peut supposer du moins qu'il avait quelque désir de savoir si cette voisine n'était pas par hasard la même personne qu'il avait vue servant maître l'ierre d'une manière si iiumlile, on doit supposer d'abord qu'il ne mit pas la tète et la moitié du corps à la fenêtre, dans l'attitude d'une indiscrète curiosité. Durward connaissait mieux l'art de l'oiseleur. En effet, il s'effaça de manière à ne pouvoir être aperçu du dehors, se contentant de regarder au travers de la jalousie ; et, grâce à cette précaution , il eut le plaisir de voir un beau bras, d'une parfaite blancheur, d'une rondeur parfaite, décrocher l'instrument, et bientôt après ses oreilles eurent aussi leur part dans la récompense que méritaient ses habiles dispositions. La dame qui habitait la petite tourelle, la dame à qui appartenaient le voile et le luth, chanta précisément un de ces petits airs qui, selon la croyance reçue, coulaient des lèvres des nobles châtelaines au temps de la chevalerie, tandis que les barons et les troubadours les écoutaient en soupirant. Les paroles n'avaient pas assez de sentiment, d'esprit et d'imagination pour détourner l'attention de la musique, et la musique n'était pas assez savante pour couvrir le vide des paroles et en détruire l'effet. Poésie et mélodie semblaient tellement faites l'une pour l'autre, que, si les vers eussent été récités sans les notes, ou r;iir joué sans les paroles, ni la chanson ni la musique, ainsi prises séparément, n'auraient mérité la moindre attention. On pourrait donc nous faire un reproche de consigner ici des vers qui n'ont été faits ni pour être récités, ni pour être lus, mais seulement pour être chantés ; cependant, comme les lambeaux d'ancienne poésie ont toujours eu pour nous un attrait irrésistible; comme, d'ailleurs, l'air est perdu pour jamais, à moins qu'un de nos compositeurs ii la mode n'en retrouve par hasard Its accords, ou que quelque rossignol n'enseigne à notre prima-donna la manière de le gazouiller, nous ne reculons pas devant le risque de compromettre notre crédit et le goût de la joueuse de lulh, en conservant ces vers, quelque dépourvus d'ornement qu'ils puissent paraître :
Comte Guy, l'heure est arrivée :
Le soleil descend sous les mers ;
La douce brise s'est levée ;
L'oranger parfume les airs.
Le chantre des nuits étoilées
Remplace les chantres du jour ;
Tout annonce dans nos vniléos
L'heure du soir, l'heure d'amour.
Peux-tu donc, comte Guy, rester loin des vallées Où t'appelle le soir, où t'appelle l'amour?
Comte Guy, les forêts prochaines
De plus d'un couple sont l'abri;
De leur balcon les châtelaines
Aux sérénades ont souri.
De la nuit le chaste et doux rêve
Remplace les peines du jour;
Et sur les monts déjà se lève
L'astre du soir, l'astre d'amour.
Crains-tu donc, comte Guy, l'étoile qui se lève? Crains-tu l'astre du soir, crains-tu l'astre d'amour?
Quoi que le lecteur puisse penser de cette simple chanson , elle produisit un effet magique sur Quentin, lorsqu'il l'entendit chanti-r par une voix douce et mélodieuse, dont les accords lui étaient apportés par le zéphyr avec le parfum du jardin : cependant les traits de la jeune chanteuse pouvaient à peine s'entrevoir, et toute cette scène semblait couverte d'un voile mystérieux.
Lorsque le chant eut cessé, Quentin ne put s'empêcher de se montrer à découvert, en essayant imprudemment de voir un peu mieux. La nmsique cessa à l'instant, la croisée se ferma, et un sombre rideau, baissé en dedans, arrêta le cours des observations de l'habitant de la tourelle voisine. Aussi mortifié que surpris des suites de sa précipitation, il se consola cependant par l'espoir que la dame au luth n'abandonnerait pas si facilement un instrument qui paraissait lui être très familier, et ne pousserait pas la cruauté jusqu'à renoncer au plaisir de respirer un air pur et d'ouvrir sa croisée, dans l'intention peu généreuse de garder exclusivement pour son oreille les doux sons qu'elle créait. Peut-être un léger sentiment de vanité personnelle vint-il se mêler à ces réflexions consolatrices. Si, c^'iume il le soupçonnait fort, une belle jouvencelle, aux tresses longueset noires, habitait l'une des tourelles, il ne pouvait s'empêcher do convenir qu'un jouvenceau bien fait, de bonne mine et à la blonde chevelure, occupait l'autre ; cl les romans, ces sages iOftjtuteurs, avaiçDi, appris â sa jeunesse que , si les «Uunoiselles
étaient réservées, elles n'étaient cependant dépourvues ni d'une certaine curiosité qui les portait à pénétrer dans les affaires de leurs voisins, ni d'une certaine disposition à s'y intéresser. Tanais que DurTvard s'abandonnait à ces rétlexions, un garçon de l'auberge vint lui dire qu'un homme d'armes demandait à lui parler.