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CHAPITRE XXVUL

Quarante hommes d'armes, dont la moitié portait l'épée nue, l'autre une torche enflammée, servirent d'escorte ou plutôt de garde au roi Louis depuis l'hôtel-de-ville de Péronne jusqu'au château ; et, lorsqu'il entra dans celte sombre et redoutable forteresse, il crut un moment entendre une voix qui faisait retentir à son oreille cet avis que le poète florentin a écrit au-dessus de la porte des régions infernales : Lasciate ogni speranza voi c/i' intrate.

Peut-être quelque sentiment de remords aurait effleuré Tàme du roi, s'il eût pensé en ce moment aux centaines, disons mieux, aux milliers d'individus que, sur un léger soupçon, quelquefois même saus motif, il avait plongés dans les cachots, leurôtant tout espoir de liberté, et les forçant même à détester la vie.

La vive clarté des torches l'emportait sur la pâle lueur de la lune, dont les rayons étaient plus obscurcis cette nuit-là que la précédente, et la lumière rougeâtre qu'elles répandaient autour d'elles parmi des tourbillons de fumée, donnait une teinte cent fois plus sombre à l'immense donjon que l'on appelait la tour du comte Herbert. C'était cette même tour que Louis avait observée la veille avec un pressentiment pénible, et qu'il était maintenant destiné à habiter, en proie à la crainte des violences auxquelles le caractère iras- (Mble de son trop puissant vassal pourrait se livrer dans ces secrets repaires du despotisme. Les pénibles sensations du roi s'aggravèrent encore, lorsqu'cn traversant la cour il aperçut un ou deux cadavres sur lesquels on avait jeté h la hâte des manteaux de soldats : il ne fut pas longlemps à reconnaître que c'étaient les cadavres de deux archers de sa garde écossaise. Ayant refusé, comme le comte de Crèvecœur le dit à Louis, d'obtempérer à l'ordre de quitter le poste qu'ils occupaient près de l'appartement du roi, une rixe s'était élevée entre eux et la garde wallonne du duc, et avant que les officiers des deux corps fussent parvenus à la faire cesser, plusieurs soldats avaient perdu la vie.

— Mes fidèles Ecossais! s'écria le roi en voyant ce triste spectacle; .s'il ne se fût agi que d'un combat homme à homme, la Flandre et la Bourgogne reunies n'auraient pu fournir de champions capablesde lutter avec vous. — Sans doute, dit le Balafré qui marchait immédiatement derrière le roi; mais, si Votre Majesté veut bien me permettre de le dire, nombreux moissonneurs, prompte moisson. 11 y a peu d'hommes capables de faire face à deux ennemis à la fois. Moi-même je n'aimerais guère à en avoir trois sur les bras, à moins que ce ne fût dans l'accomplissement d'un service tout spécial, auquel cas il ne s'agit pas de s'amuser à compter les tètes. — Ah! te voilà, ma vieille connaistancc! dit le roi en se tournant vers lui. J'ai donc encore près de lOiii un sujet fidèle. — El un fidèle ministre, soit dans vos conseils, smt dans les devoirs à remplir auprès de Totre royale personne, d? Olivier 1' Tsin d'uije voix

basse et insinuante. —Nous sommes tous fidèles, reprit Tristan fErmite d'un ton bourru; et si l'on abrège les jours de Votre Majesté, on ne laissera la vie à aucun de nous , quand même nous voudrions la conserver. — Ala bonne heure! voilà ce que j'appelle une bonne garantie de fidélité jusque dans la mort, dit le Glorieux qui, comme nous l'avons déjà remarqué, avec cet esprit incapable de repos qui caractérise un cerveau détraqué, s'était mis de la compagnie.

Cependant le vieux sénéchal, qu'on avait appelé à la hâte, faisait de pénibles efforts pour tourner la pesante clé dans la serrure rouillée de la vaste prison gothique; et il fut enfin obligé de recourir à l'aide d'un des agens de la suite de Crèvecœur. Quand on eut réussi à ouvrir la porte, six hommes entrèrent avec des torches, afin d'éclairer, en marchant les premiers, un passage étroit et tortueux, commandé de distance en distance par des meurtrières ou embrasures pratiquées dans l'épaisseur des voiites et des murs latéraux. Au bout de ce passage se trouvait un escalier d'une construction non moins elTrayante, et dont les degrés étaient d'énormes quartiers de pierre, grossièrement façonnés au marteau et d'une hauteur inégale. Lorsque Louis et son cortège en eurent atteint la dernière marche , une porte garnie d'épaisses barres de fer leur donna entrée dans ce qui avait été autrefois la grande salle du donjon. Elle était faiblement éclairée, même pendant le jour (car l'excessive épaisseur des murs faisant paraître plus étroites encore les ouvertures par lesquelles la lumière devait y pénétrer, on lesaurait prises pour des crevasses plutôt que pour des fenêtres), et l'on doit penser que, sans la lueur des torches, une obscurité complète y eût régné en ce moment. Deux ou trois chauves-souris, ou autres oiseaux de sinistre présage, réveillés par cette clarté inaccoutumée, voltigèrent autour des flambeaux et faillirent même les éteindre, tandis que le sénéchal, avec toute la roldeur de l'étiquette, s'excusait auprès du roi de ce que le principal appartement de la tour n'avait pas été mis en ordre : on lui avait laissé si peu de temps pour le préparer! — Dans le fait, ajouta-t-il, cet appartement n'a pas servi depuis vingt ans, et même, d'après ce que j'ai entendu dire, il a été bien rarement habité depuis le temps de Charles-le-Simple. — De Charles le Simple! répéta Louis. Oh! je connais f histoire de celte tour, maintenant ; c'est ici qu'il fut assassiné par son perfide vassal Herbert, comte de Vermandois... comme le racontent nos annales. Il y avait déjà, relativement au château de Péronne, quelque souvenir qui me trottait dans la tète sans que je pusse m'en rappeler les circonstances C'est donc ici qu'un de mes prédécesseurs a péri misérablement' — Non, pas ici, pas exactement ici. Votre Majesté est dans Terreur, répondit le vieux sénéchal avec l'empressement dun cicérone qui fait voiries curiosités d'un édifice; c'est un peu plus loin . dans une petite pièce attenante à la chambre à coucher qu'occupera Votre Majesté.

11 ouvrit à la hâte une porte placée à l'autre extrémité de l'appartement, et donnant entrée dans une chambre à coucher assez petite, comme c'est fordinaire dans ces vieux édifices, mais qui, par cette raison même, était plus agréable que la grande salle. On avait fait à la hâte quelques préparatifs pour recevoir le roi : une tapisserie avait été clouée sur le mur, on avait allumé du feu dans une grille rongée par la rouille , preuve certaine qu'on n'en avait pas fait usage depuis longtemps; et on avait dressé une sorte de lit de camp pour ceux qui , suivant la coutume de ce temps, devaient passer !a nuit dans la chambre du roi. — Je ferai placer des lits dans la grande salle pour le reste de votresuile. Sire, continua le vieux sénéchal ; on m'a donné si peu ac temps , qu'en vérité... Maintenant, s'il plait à Votre Majesté de passer par' cette petite porte, là, derrière la tapisserie , elle entrera dans un petit cabinet pratiqué dans l'épaisseur du mur; c'est dans cet antique réduit que Charles perdit la vie : un passage secret, au moyen duquel il communique avec l'étage inférieur, fut ouvert aux hommes chargés de lui donner la mort. Votre Majesté, dont j'espère qiie la vue est meilleure que la mienne, pourra encore distinguer les traces de sang sur le plancher, quoiqu'il y ait cinq cents ans que cette aventure est arrivée.

En parlant ainsi , il s'efforçait d'ouvrir la petite porte dont il parlait. Le roi lui dit enfin : — Attends , mon brave homme, attends encore un peu; tu pourras avoir une histoire plus récente à raconter, et du sang plus frais à montrer. Qu'en dites-vous , comte de Crèvecœur? — Tout ce que je puis vous dire. Sire, répondit le comte, c'est que ces deux appartements intérieurs sont aussi absolument à la disposition de Votre Majesté que ceux de votre château du Plessis : la garde extérieure en est confiée à Crèvecœur, dont le nom n'a jamais été terni par lesépithètes de traître ou d'assassin.— Mais le passage secret dont parle ce vieillard ? le passage qui conduit dans ce cabinet? dit Louisa voix basse et d'un ton d'inquiétude, et en serrant d'une main le bras de Crèvecœur, tandis que de l'autre il en montrait la porte. — Ce n'est sans doute qu'un rêve du vieux Mornay, répondit le comte , ou quelque vieille et absurde tradition du château : mais je vais examiner cela.

11 allait ouvrir la porte du cabinet, quand Louis l'en empêcha en lui disant : — Non, Crèvecœur, non, votre honneur m'est une ga-

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rantie suffisante. Mais qii'est-ce que votre duc se propose de faire

de moi? 11 ne peut espérer me retenir longtemps prisonnier, et

En un mot , dites-moi ce que vous pensez de tout ceci, Crèvecœur.

— Sire, Votre Majesté peut juger elle-même jusqu'à quel point le duc de Bourgogne doit être courroucé de l'horrible assassinat commis sur la personne de son proche parent, de son allié; vous seul aussi savez quels motifs il peut avoir de penser que les auteurs de ce crime ont agi à l'instigation des émissaires de votne cour. Mais le noble caractère de mon maitre lui défend, même au plus fort de sa colère, d'employer la trahison. Quelque détermination qu'il prenne, il l'exécutera au grand jour et en face des deux peuples. Et j'ajouterai seulement que le désir de tous les conseillers qui l'entourent, peut-être à l'exception d'un seul , est qu'il se conduise en cette occasion avec autant de générosité que de justice. — Ah ! Crèvecœur, dit Louis en lui prenant la main, comme s'il eût été affecté par quelque souvenir pénible, heureux le prince qui a près de sa personne des conseillers capables de le prémunir contre ses propres passions! Leurs noms seront écrits en lettres d'or dans l'histoire de son règne. Oh ! si ma bonne étoile eût voulu mettre près de moi des hommes semblables à Crèvecœur... — Alors, dit le Glorieux, Votre Majesté n'aurait eu d'autre soin que de s'en débarrasser au plus vite.

— Ah! ah! sieur de la Sagesse, ètes-vous là? dit Louis en quittant 1-e ton pathétique avec lequel il parlait au comte, pour le rem|)lacer aussitôt, avec une étonnante facilité, par un autre accent qui pouvait passer pour de la gaité ; nous avez-vous donc suivis jusqu'ici?

— Oui, Sire; la Sagesse doit suivre en vêtements bigarrés, quand la Folie marche en avant couverte de la pourpre. — Comment doisje interpréter ces paroles , sire Salomon? Voudrais-tu changer de place avec moi? — Non, sur mon àme. Sire ! quand même vous me donneriez cinquante couronnes en retour. — Et pourquoi cela? A ce que sontles princes aujourd'hui, je mécontenterais de l'avoir pour roi. — Je ne dis pas le contraire. Sire; mais, jugeant de l'esprit de Votre Majesté d'après le logement que cet esprit lui a procuré ici, ne devrais-je pas être honteux d'avoir un fou aussi peu perspicace. — Silence! monsieur le drôle ! s'écria le comte de Crèvecœur; votre langue se donne trop de liberté. — Laissez-le parler à son aise , dit le roi; je ne connais pas de sujet de raillerie plus juste que les folies de ceux qui devraient se montrer les plus sages. Tiens, mon judicieux ami, prends cette bourse d'or, et reçois en même temps un bon conseil : ne sois jamais assez fou pour te croire plus sage que les autres. Je t'en prie, rends-moi le service de t'enquérir de mon astrologue, Martius Galeotti , et de me l'envoyer à l'instant. — J'y cours. Sire, et je suissùr que je le trouverai chez Jean Double-Porte ; car les philosophes savent aussi bien que les fous où se vend la meilleure boisson. — Comte de Crèvecœur, dit Louis, voudrez-vous bien donner ordre à vos gardes de laisser passer librement ce docte personnage? — Rien ne s'oppose à ce qu'il entre. Sire; mais je suis fâché de vous dire que mes instructions ne permettent à personne de sortir de votre appartement. Je souhaite à Votre Majesté une bonne nuit, et je vais donner mes soins à ce que les personnes de votre suite qui doivent rester dans l'antichambre s'y trouvent plus à leur aise. — Que cela ne vous inquiète en rien , sire comte ; a sont des gens habitués à la fatigue, et qui s'accommodent de tout ; et, pour vous dire la vérité, à l'exception de Galeotti, que je désire voir, je serais bien aise d'avoir cette nuit aussi peu de communications avec l'extérieur que vos instructions vous le permettent. — Mes instructions prescrivent que Votre Majesté ait la pleine et entière possession de son appartement : tels sont les ordres de mon maitre.

— Votre maitre, comte de Crèvecœur, et je pourrais aussi le nommer le mien , est un très gracieux maitre. Mon royaume n'est pas trop vaste en ce moment, puisqu'il se réduit à une vieille salle et à une chambre à coucher ; mais il est assez étendu pour les sujets que jf puis compter encore.

Le comte de Crèvecœur prit congé du roi ; et bientôt après Louis entendit le bruit des sentinelles qui se promenaient chacune à son poste, la voix des officiers qui donnaient di.'s ordres, et la marche précipitée des soldats qu'on relevait de garde. Enfin le silence régna de tous côtés, et aucun son ne troubla le calme de la nuit, sauf le murmure sourd des eaux profondes de la Somme, qui baignaient les murs du château. — Retirez-vous dans l'antichambre, mes bons amis, dit Louis à Olivier et à Tristan qui l'avaient suivi jusque dans son cabinet ; mais ne vous endormez pas, tenez-vous jirêls à recevoir mes ordres car il y a encore beaucoup à faire cette nuit même.

Olivier et Tristan se retirèrent donc dans la grande salle, où le Balafré était resté avec les deux soldais du grand prévôt. Ceux-ci avaient allumé un feu de fagots suffisant pour éclairer et chauffer la salle; puis, enveloppés d» leurs manteaux, ils s'étaient assis sur le plancher dans diverses attitudes convenables au trouble et à l'abattement de leur esprit. Olivier et Tristan ne virent rien de mieux que de suivre leur exemple ; et comme ils n'avaient jamais été grands amis dans les jours de pro'périti', ils n'éprouvaient ni l'un m l'autre le besoin de te parler avec confiance dans cet étrange et soudain '•evcrs de fortune. Toute la compagnie resta donc plongée dans un muet abattement. Cependant Louis, dans sa retraite silencieuse, était fn proie à dsTudes angoisses, capables de servir d'expiation à quel-

ques-unes de celles qu'il avait fait endurer à d'autres. Il parcourait sa chambre à pas précipités et inégaux, s'arrêtait tout à coup en joignant les mains; en un mot, il s'abandonnait à toute l'agitation qu'il savait si bien réprimer en public. Enfin, s'arrêtant devant l'arnere-cabinet que le vieux Mornay lui avait indiqué comme le théiUra du meurtre d'un de ses prédécesseurs, il se tordit les mains, et donna un libre cours aux sentiments qui l'agitaient.

— Charles le Simple!.., Charles le Simple! Quel surnom la postérité donnera-t-elle à Louis .XI, dont probablement le sang rafraîchira bientôt les taches du tien? Louis le Sot... Louis le Niais... Louis l'infatué... Ce sont des épithètes trop douces pour exprimer mon imbécillité! Avoir pu penser que ces tètes chaudes de Liégeois, pour qui la révolte est un besoin naturel, resteraient deux jours en repos! Croire que le Sanglier des Ardennes interromprait un instant sa carrière de violence! Employer le langage de la raison et du bon sens vis-à-vis de Charles de Bourgogne, ou en face un taureau sauvage ! Sot, double sot que j'étais ! .Mais ce scélérat de Martius ne m'échappera pas. Il a été un des principaux leviers de cette machine; lui, et ce maudit prêtre, ce détestable la Balue? Si jamais je puis metirer de ce danger, je lui arracherai son chapeau de cardinal, dusséje lui enlever en même temps la peau de la tète. Mais le second traitro est dans mes mains... je suis encore assez roi... j'ai encore un cni-^ pire assez étendu pour châtier ce vendeur d'orviétan, ce marchand de paroles, ce contemplateur d'étoiles, ce fabricant de mensonges, qui a fait de moi tout à la fois un prisonnier et une dupe! La conjonction des planètes!... oui, la conjonction! 11 m'a débité un fatras de sottises qui auraient à peine trompé une tête de mouton trois fois bouillie, et j'ai été assez idiot pour me persuader que je le comprenais! Mais nous verrons tout à l'heure ce que cette conjonction à réellement prédit. Cependant, avant tout, faisons nos dévotions.

Au-dessus de la porte du petit cabinet, et peut-être en mémoire de l'événement qui s'était passé dans l'intérieur, était une niche grossièrement sculptée, dans laquelle on voyait un crucifix de pierre. Le roi fixa les yeux sur cette sainte image, comme prêt à s'agenouiller devant-elle ; mais il s'arrêta tout court: il parut craindre de manquer de respect à cet emblème religieux, en le faisant participer aux principes d'une politique mondaine; il n'osa point s'en approcher avant de s'être assuré l'intercession particulière de quelque patron favori. Louis se détourna donc du crucifix, comme se croyant indigne de le regarder; et choisissant parmi les images qui garnissaient le tour de son chapeau, celle de Notre-Dame de Cléry, il se mit à genoux devant-elle, et lui adressa la prière extraordinaire que nous allons rapporter. On y remarquera que sa grossière superstition le portait en quelque sorte à considérer Notre-Dame de Cléry comme un être different de Notre-Dame d'Embrun , à laquelle il adressait souvent ses vœux avec une dévotion toute spéciale. — Douce Notre-Dame de Cléry, s'écria-t-il en joignant les mains et en se frappant la poitrine; bienheureuse mère de miséricorde! toi qui es toute-puissante auprès du Tout-Puissant, aie pitié de moi, qui ne suis qu'un pécheur! 11 est vrai que je t'ai un peu négligée pour ta bienheureuse sœur d'Embrun; mais je suis roi; mon pouvoir est grand, ma richesse .sans bornes; et si elle n'était pas assez grande, j'imposerais une double gabelle sur mes sujets, plutôt que de ne pas vous payer mes dettes à toutes deux. Ouvre ces portes de fe»... comble ces effroyables fossés... tire-moi de cet imminent danger, comme une mère qui conduit son fils! Si j'ai donné à ta sœur le commandement de mes gardes et le beau comté de Boulogne, tu auras la vaste Champagne, et ses vignobles verseront l'abondance dans ton couvent. J'avais promis cette province à mon frère Charles; mais il est mort, tu le sais.... empoisonné par ce méchant abbé d'Angely, que je punirai si je conserve la vie; je te l'avais déjà promis; mais ci;tle fois je tiendrai parole. Si j'ai eu quelque connaissance de ce crime, veuille me croire, ma très chère patronne : je ne voyais pas d'autre moyen pour dompter les mécontents de mon royaume. Oh ! \\ji porte pas cette vieille dette à mon compte; mais soi.s, comme lu as toujours été, bonne, bénigne, et facile à fléchir par les prières. Très sainte Vierge, intercede auprès de ton fils, pour qu'il me pardonne mes fautes passées, et le péché... le péché bien petit... qu'il faut commettre cette nuil.... Encore n'est-ce pas un péché, chère Notre-Dame de Cléry... ce n'est pas un péché, mais un acte de justice secrètement exercé; carie scélérat est le plus grand imposteur qui ait jamais versé le mensonge dans l'oreille d'un prince; et d'ailleurs il a du penchant pour l'abominable hérésie des Grecs : il t'appelle Mère du Christ, et non pas Mère de Dieu : il n'est pas digne de ta protection ; mets-le sous mon pouvoir, et regarde comme une bonne œuvre ce que je vais faire, car c'est un nécromancien, un sorcier, indigne de ta pensée... un chien, dont la mort ne doit pas être plus importante à les yeux que l'extinction de l'étincelle qui tombe d'une lampe. Ne fais nulle attention à cette bagatelle, (louer et bonne Notre-Dame; ne songe qu'aux moyens de me délivrer du péril Mon sceau royal, que j'appose sur ton effigie, est la gage de ma pnuncsse à l'ég.ird du comte de Champagne; et ce sera la dernière fois que je t'importunerai pour quelque affaire de sang, loi (|ui es si bonne, si douce et si compatissante.

Après avoir pour ainsi dire signé ce contrat extraordinaire avcr

LES VEILLÉES LITTÉRAIRES ILLUSTRÉES

l'objot de ses adorations, Louis récita, eu apparence avec la plus luMiible dévotion, les sejit psaumes de la pénitence, en latin, quel- Hiies Ave, et plusieurs autres prières spécialement consacrées à la Vierge. Il se releva ensuite, charmé de s'être assuré l'intercession de la saiiite à laquelle il avait adressé ses prières, et d'autant plus M'irement, comuie il le dit sournoisement à part soi, que la plupart 'lis pcclios pour lesquels il avait imploré précédemment sa médialion, étaient d'une nature dilTérente, etque, par conséquent, Notro- Danu^ de Cléry ne pouvait pas le regarder comme un meurtrier lialiituel e\ endurci, comme pourraient le faire les autres saints qu'il avait pris plus fréquemment pour confidents de ses crimes.

Sa conscience étant ainsi purgée ou plutôt blanchie comme un S'pukre. le roi entr'ouvrit la porte de sa chambre, et, mettant la tèto en dehor:^, appela le Balafré.

— Mon brave, lui dit-il, il y a longtemps que tu es à mon service, et tu n'as eu que peu d'avancement. En ce moment ma vie aussi bien que ma mort tiennent à peu de chose ; mais je ne voudrais pas mourir insjrat, c'est-à-dire sans récompenser, autant que les snints m'en donnent le pouvoir, soit un ami, soit un ennemi, chacun selon ce qu'il mérite. Or, j'ai un ami à récompenser : toi-même; un ennemi a punir : ce perfide Martius Galeolti, qui, par ses impostures et ses mensonges, m'a livré à mon ennemi mortel, avec une préméditation aussi arrêtée de me faire périr que celle du boucher qui fait entrer un bœuf dans la tuerie. — Je l'appellerai au combat, répondit le Halafré : le duc de Bourgogne aime trop les gens d'épée pour ne pas nous accorder le champ clos, un terrain d'une étendue raisonnable. i:t si Votie Majesté vit assez longtemps, et qu'elle jouisse d'assez de liberté, elle me verra combattre pour soutenir sa querelle. —Je rends justice à ta bravoure, et je connais ton dévouement à num service ; mais ce vil scélérat est un vigoureux compagnon, et je ne voudrais pas te faire courir le risque de la vie, mon brave. — Votre Majesté me permettra de lui dire que je ne serais pas un brave si je n'osais me mesurer contre un homme plus redoutable encore que Galeotti. Il serait vraiment beau à moi, qui ne sais ni lire ni écrire, d'avoir peur d'un gros lourdaud qui n'a guère fait autre chose de sa vie. - N'importe: notre bon plaisir n'est pas que tu exposes ainsi ta vie. Balafré. Ce Iraitre va venir ici d'après notre ordre, saisis l'occasion, approche-toi de lui, et frappe-le sous la cinquième côte. Me comprends-tu? — Oui, Sire, je vous comprends; mais Votre Majesté me permettra de lui dire que ce n'est pas tout à fait là mamaitière de combattre. Bien au contraire. Je no saurais tuer même un chien, sauf dans la chaleur d'un combat, d'une poursuite ou d'un di'fi, ou dans toute autre circonstance semblable. — Mais, dit le roi, lu n'as sans doute pas de prétention à la tendresse, loi qui fus toujours le premier à l'escalade, toujours avide des avantages qu'un rœur dur et un bras intrépide savent recueillir dans une ville prise d assaut. — Sire, l'épée à la main, je n'ai jamais craint ni épargné vos ennemis. Un assaut est unealfaire où l'on se bat en désespéré, uu l'on court des risques qui échauffent le sang d'un homme à tel point que, par saint André! une heure ou deux ne suffisent pas |iour le refroidir : c'est ce que j'appelle un droit bien acquis de se livrer au pillage. Dieu veuille avoir pitié de nous, pauvres soldats! le danger nous fait tourner la tète, et la victoire nous la fait perdre davantage encore. J'ai entendu parler d'une légion qui n'était absolument composée que de saints : ils devraient bien s'occupera prier et à intercéder pour le reste de l'armée et pour tout ce qui porte le panache et le corselet, le pourpoint de cuir et la dague. Mais ce que Votre Majesté me propose est tout à fait hors de la route que je

e suis tracée, quoique cette route soit assez large. Quant à l'astrologue, si c'est un traître, qu'il meure de la mort des traîtres ; je ne veux m'en mêler en aucune façon. Votre Majesté a dans l'antich:uiibre son grand prévôt et deux de ses gens ; cette affaire est de leur ressort; il ne convient pas qu'un gentilhomme écossais de ma. race, un vieux soldat se mêle de pareille besogne. — Tu as, ma foi, raison. Balafré ; mais du moins il est de ton devoir de veiller à l'exécution de ma juste sentence, d'cmpècher qu'on n'y apporte interruplion. — Je le ferai contre tout Péronne, Sire; Votre Majesté ne doit pas douter de ma loyauté en tout ce qui peut se concilier avec ma conscience, laquelle, je puis le dire, est assez large pour ma propre convenance t!t pour le service de Votre Majesté. Je me souviens d'avoir fait pour vous certaines choses... j'aurais plutôt avalé le manche demon poignard que de les faire pour tout autre. — N'en parlons plus, et écoute-moi. Quand Galeotti sera introduit, et la porte fermée, mets le sabre à la main ; garde l'entrée du dehors ; tu ne laisseras pénétrer personne. Voilà tout ce que je te demande. Va, et envoie-moi le grand pruvot.

Le Balafré rentra dans la grande salle, et, un moment après, Tristan l'Ermite se présenta devant Louis. — Sois le bienvenu, compère, lui dit le roi; que penses-tu de notre situation? — Condamnés à mort, répondit le grand prévôt, à moins d'un sursis accordé par le duc. — Sursis ou non, celui qui nous a fait tomber dans ce piège doit partir avant nous pour 1 autre monde, en qualité de fourrier, pour nous préparer les logements, dit le roi avec 1)11 sourire féroce et diabolique. Tristan, tu as exécuté bien des actes de bonn« justice; finis^ je devrais dire funis (la corde) coronat

opus. 11 faut que tu me serves fidèlement jusqu'à la fin. — Et je le

ferai. Sire; je ne suis qu'un homme comme un autre; mais je suis reconnaissant. Tant que je vivrai, le moindre mot de Votre Majesté .sera une condamnation aussi irrévocable, aussi ponctuellement exécutée que lorsque vous étiez assis sur votre trône. Je remplirai mon devoir entre ces murs aussi bien que partout ailleurs : qu'on fasse ensuite de moi ce qu'on voudra, je m'en soucie fort peu. — C'est ce que j'attendais de toi, mon cher compère, mais as-tu de bons aides? Le traître est un garçon vigoureux; et sans doute il appellera au secours de toutes ses forces. L'Ecossais ne fera que garder la porte, et c'** déjà beaucoup que je l'y aie décidé à force de llatteries et de cajoleries. Olivier n'est bon qu'à mentir, à flatter et à suggérer des conseils dangereux; et, ventre-saint-Dieu ! je crois probable qu'il aura un jour lui-même la corde au cou, au lieu de savoir l'attacher au cou d'un autre. As-tu les hommes et les moyens nécessaires pour faire prompte et sûre besogne? — J'ai avflc moi Trois-Echelles et Petit-Andre, gens tellement experts dans leur métier, que, sur trois hommes, ils en auraient pendu un avant que le» deux autres s'en fussent doutés; et nous avons résolu unanimcmant de vivre ou de mourir avec Votre Majesté, sachant fort bien que, vous parti, il ne nous resterait guère plus de temps que nous n'en accordons à nos patients. Mais Votre Majesté voudra-t-elle bien me dire quel est le sujet sur lequel nous aurons à exercer notre talent? J'aime à être sur de mon homme ; car. Votre Majesté se plaît quelquefois à me le rappeler, il m'est arrivé de temps en temps de mç tromper, et, au lieu du criminel, d'étrangler un honnête laboureur qui n'avait fait aucun mal. — C'est la vérité. Sache donc, Tristan, que le condamné est Martius Galeotti... Cela t'étonne; c'est ppurtant comme je te le dis. Ce traître nous a amenés ici, au moyeu de fausses et perfides insinuations, pour nous livrer tous sans défense entre les mains du duc de Bourgogne. — Mais non sans vengeance; pour dernier acte de ma vie, je lui ferai sentir intimement mon ai7 guillon, comme une guêpe expirante, dussé-je être broyé l'instant d'après! —Je connais ta fidélité; comme tous les hommes honnêtes, tii trouves du plaisir dans ton devoir, car la vertu trouve en ellemême sa récompense. Mais va-t-en, et préparc le sacrifice ; la victime s'avance. — Votre gracieuse Majesté désire-t-elle que l'exécution se fasse en sa présence? demanda Tristan.

Louis rejeta celte olTre, mais il chargea le grand prévôt 4é tou^ disposer pour exécuter ponctuellement ses ordres au moment oii l'astrologue sortirait de sa chambre à coucher. — Car, dit-il, je veux voir le scélérat encore une fois, ne fût-ce que pour observer comment il se comportera envers le maître qu'il a fait tomber dans le piège. Je ne serais pas fâché de voir l'appréhension d'une mort prochaine effacer les couleurs de ses joues enluminées, et ternir l'éclat de cet œil qui souriait si finement au moment même où il me trahissait. Oh! si je tenais aussi l'autre traître, celui dont les conseils ont secondé ses pronostics! Mais si je me tire de ce danger, prenez garde à votre pourpre, monseigneur le cardinal; Rome perdrait sa peine à vouloir vous sauver..., soit dit sans offenser saint Pierre ni la bienheureuse Notre-Dame de Cléry, qui est toute miséricordieuse !... Eh bien! qu'attends-tu? Va préparer tes gens. Le traître peut arriver d'un instant à l'autre. Fasse le ciel qu'il ne conçoive aucune crainte, et que rien ne le retienne! S'il ne venait pas, ce serait um; cruelle contrariité! Va-t-en donc, Tristan...; tu n'as pas coutume d'être si lent à remplir ta besogne. — .\u contraire. Sire, car Votre Majesté disait tous les jours que j'y mettais trop de promptitude, que je me méprenais sur ses intentions, et que je saisissais un sujet pour un autre. Je désire donc que Votre Majesté veuille bien me donner un signe à l'aide duquel, au moment où elle congédiera Galeotti, je puisse reconnaître si je dois ou non me mettre en besogne ; car j'ai vu doux ou trois fois Votre Majesté changer d'avis, et blâmer ma précipitation. — Homme soupçonneux! mon parti tot pris. Au surplus, pour mettre fin à tes remo'ntrances, fais bien attention aux paroles que je prononcerai en me séparant de ce drôle. Si je lui dis : Il y a un ciel au-dessus de nous^ remplis ton devoir; mais si je dis : Allez en paix, tu reconnaîtras que j'ai changé d'avis. — Mon intelligence est parfois de l'espèce la plus épaisse et la plus lourde; permettez-moi. Sire, de répéter ce que Votre Majesté vient de me dire : si vous lui dites d'aller en paix, ce sera le signal de me jeter sur lui ; si... — Non, idiot, non ; dans ce cas, au contraire, tu le laisseras aller en liberté. Mais si je lui dis : Il y (f un ciel audessus de nous, alors élève-le de quelques pieds, et rapproche-le des jilanctes avec lesquelles il est si familier. — Je doute que nous en trouvions les moyens ici. — Eh bien! que tu lui élèves la tête, pu que tu l'abaisses, peu importe, pourvu qu'il périsse. Et un sourire elfleura les lèvres du roi. — Et le corps, reprit Tristan, qu'en ferons-iunis? -— Laisse-moi réfléchir : les fenêtres de la grande salle sont |tr^^ étroites, mais ce balcon, qui avance en saillie, est assez large. VojJ^ le jetterez dans la Somme, et vous attacherez sur sa poitrine un écfi.j teau portant ces mots : « Laissez passer la justice du roi. » Les officiers du duc pourront s'en emparer, je le leur permets.

Le grand prévôt quitta l'appartement de Louis, et appela ses deux conseillers dans une grande encoignure de la grand* salle Trois- Echelles attacha contre la muraille unetorchedestiné» à les éclairer.

QUENTIN uur.WAun

Ils s'entretinrent à voix basse, quoiqu'ils n'eussent pas à craindre d'être entendus, ni par Olivier le Dain, qui semblait plongé dans un accablement complet, ni par le Balafré, qui dormait d'un profond sommeil. — Camarades, dit le prévôt à ses deux satellites, vous avez peut-être cru çue votre besogne ici-bas était finfe; peut-être même avez-vous présumé qu'au lieu de remplir notre ministère auprès des autres, nous verrions ces fonctions rem plies à notre égard: mais courage, mes amis, notre gracieux souverain nous réserve une noble expédition dans laquelle nous devons déployer notre valeur, comme des hommes qui désirent vivre dans l'histoire. — Oh! oh! je devine ce que c'est, dit Trois-Echclles; notre patron estcorame les anciens CésarsdeRome, qui, niduitsà ladernière extrémité, et, sevoyantcommenous disons, au pied de l'échelle, choisissaient parmi les ministres de leur justice quelque homme habile et expérimenté qui put épargner à leur personne sacrée la tentative maladroite d'une main novice ou peu légère dans l'exécution de nos mystères. C'était une excellente coutume pour des païens; mais, conime bon catholique, je me ferais scrupule de porter la main sur leroi très chrétien. — Vous êtes trop scrupuleux, confrère, s'écria Petit-André; si le roi commande sa propre exécution, je ne vois pas quel droit nous aurions de résistera son ordre. Celui qui vit à Rome doit obéir au pape. Los gens du grand prévôt doivent obéir à leur maître, comme lui-même au roi. — Silence, drôles! interrompit le grand prévôt; il ne s'agit nullement delà personne du roi, mais bien de celle de cet hérétique grec, de ce païen, de ce sorcier mahométan, Martius Galeotti. — Galeolti! reprit Petit-André: cela mesemble beaucoup plus naturel; je n'ai jamais connu aucun de ces faiseurs de tours, passant sa vie à danser sur une corde horizontale, qui ne l'ait terminée par une dernière gambade au bout d'uiu! cmle perpendiculaire... Tcl'ick!

— .Mon Seul regret, ajouta Troi^-Echclles en levant les yeux ai ciel, c'est que la pauvre créature mourra sans confession. — Bon! bon! reprit le grand prévôt; c'est un hérétique, bien certainement un nécromancien : l'absolution d'un couvententier de moines ne pourrait le soustraire à la (lamnalion éternelle. D'ailleurs, s'il désire se confesser, tu peux fort bien, Trois-Echelles, lui servir de père spirituel. Mais ce qui est plus important, je crains que vous ne soyez forcés de faire usage du poignard, camarades, car vous n'avez pas ici les instruments nécessaires à l'exercice de votre profession. — Notre-Dame de Paris me préserve d'être jamais pris au dépourvu lorsqu'il s'agit d'exécuter les ordres du roi! s'écria Trois-Echelles. Je porte toujours sur moi un cordon qui me fait quatre fois le tour du corps, et à rextrémilé duquel il y a un joli Ufuud coulant; car je suis de la confrérie de Saint-François, et je pourraien porter le froc quand je serai in extremis... grâce à Dieu et aux bons pères de Saumur. — Et moi, dit Petit-André, j'ai toujours en poche une bonne poulie, une vis, et tout ce qu'il faut pour la fixer solidement, dans le cas où nous nous trouverions dans les lieux où les arbres seraient rares ou auraientleurs branchesà une trop grande distance de la terre. C'est une bonne et sage précautioiL. — Eh bien! voilà notre affaire, reprit le grand prévôt; vous n'avez qu'à fixer votre poulie dans cette poutre au-dessus delà porte. J'amuserai le drôle par quelques menus propos lorsqu'il sortira de la chambre du roi, vous lui jetterez adroitement le nœud coulant sous le menton, et puis... — Et puis nous tirerons la corde, ^^t tchick!... notre astrologue se rapprochera du ciel, car ses pieds quitteront la terre. — Mais, reprit Trois-Echelles, ces messieurs ne nous aideront-ils pas, ne fût-ce que pour faire un petit apprentissage dans notre profession?

— Non, nim! répondit Tristan ; le barbier est excellent pour imaginer le mal, mais il laisse aux autres le soin de l'exécuter. Quant à l'Ecossais, il gardera la porte pendant que nous serons occupés d'une opération à laquelle il ne saurait prendre une part plus active. Chacun son métier.

Oubliant presque la situation précaire dans laquelle ils se trouvaient eux-mêmes, les dignes exécuteurs des ordres du grand prévôt préparèrent leur corde et leur poulie de manière à mettre à exécution la sentence prononcée contre Galeotti par le monarque captif, chacun d'eux paraissant se féliciter que sa dernière action se trouvât en telle conformité avec toutes celles de sa vie passée. Tristan, assis à quelques pas, regardait leurs apprêts avec une sorlede satisfaction, tandis qu'Olivier ne paraissait faire aucune attention à eux; et si Ludovic Le.^ly fut éveillé par le bruit qu'occasionnaient ces préparatifs, ildemenra convaincu que b.s trois amis s'occupaient d'affaires entièrement étrangères à ses devoirs etdonton ne pouvait en aucune manière le considérer comme responsable.

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