QU'UN SIMPLE ENGIN DE GUERRE
un cheval de bataille que l’opposition trouve à sa convenance, mais dont on n’entendrait plus parler si elle revenait au pouvoir.
Cette politique me rappelle l’ancien temple de Janus, dont les portes étaient ouvertes en temps de guerre, mais fermées pendant la paix. Que l’opposition reprenne les rênes du gouvernement, et sa politique de représailles, décor devenu inutile, sera enfouie à tout jamais dans le troisième dessous.
Cette théorie d’un tarif de représailles que l’on qualifie de politique d’expédients appartient à l’honorable député de Terrebonne (M. Masson). Son discours de l’autre jour nous l’a appris.
M. Masson :—Je n’en revendique pas la paternité. J'ai dit que c’était la politique de Sir Alexander Galt,
M. Laurier:—[l se peut que l’honorable député de Terrebonne l’ait attribuée à sir Alexander Galt. Quand un homme se jette dans l’absurde, on ne sait plus où il s'arrêtera, c’est ce qu'a prouvé mon honorable ami lorsqu'il a prétendu que le gouvernement actuel devrait non seulement protéger nos industries, mais aussi procurer du travail aux classes laborieuses. L'honorable représentant de Terrebonne (M. Masson) a préconisé là une doctrine—qualifiée plus tard de communisme par l'honorable ministre de l’Intérieur— qui n’est pas nouvelle et que l’on trouve développée dans le fameux ouvrage de Louis Blanc, publié en 148, et qui a pour titre: Du droit au travail,
Napoléon avait coutume de.dire: Grattez un Russe et vous êtes sûr de trouver un Tartare; et les Adials de ce pays ont l'habitude de dire que si l’on gratte un conservateur de la province de Québec, bientôt il se transforme en radical de l’école française. Toujours les extrêmes se touchent.
Le discours prononcé par l'honorable député de Bagot renferme des doctrines aussi subversives que celui du représentant de Terrebonne.
L'honorable député de Bagot (M. Mousseau) a attaqué la magistrature de son pays; il a parlé d'elle en termes dérisoires et calomnicux. Il a employé à l'adresse des juges un terme qui n’est pas français et qui a été inventé par la presse franco-can: \ienne. Tout homme qui ne respecte pas la magistrature de son pays et qui se sert d’un tel jangage à son adresse, ne saurait être fier de cette institution ni mériter le nom de patriote.
L'honorable député de Bagot a encore été plus loin ; dans un accès et avec des accents de vertueuse indignation, il a été jusqu’à accuser le gouvernement et ses amis de.s’engraisser des sueurs du peuple.
S'engraisser des sueurs du peuple, voilà un bien gros mot dans la bouche du député de Bagot! C'est là une expression qui n'est pas nouvelle, mais l’on ne se serait pas attendu à la voir tomber de la bouche de l'honorable député Pendant la révolution française, aux journées de vendémiaire, le général Bonaparte
rait été chargé par le Directoire de maintenir la ti anquillité dans Paris. T1 parcouraïit les quartiers, théâtre de l'insurrection récente, quand d’un groupe menaçant, une femme de la halle, d'un embonpoint énorme, se détache et, le bras levé, s'écrie : Voilà un de ceux qui s’engraissent des sueurs du peuple! Le général, qui à cette époque était d’une extrême maigreur, lui répond: Mais, ma bonne femme, si quelqu'un ici s’engraisse des sueurs du peuple, est-ce vous où moi? Le contraste était si fr: ippant que la foule bien qu'hostile, partit d’un long éclat de rire. Je ni vois pas d'autre réponse à faire à l'honorable député qui, par l’ampleur et le langage, m'a rappelé ce trait.
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