‹ Wilfred Laurier à la tribune [microforme]Chapitre 66 sur 571 · M. LAURIER ADMIRATEUR ET DISCIPLE DES LIBÉRAUX DE L'ÉCOLE ANGLAISE · texte numérisé non relu

M. LAURIER ADMIRATEUR ET DISCIPLE DES LIBÉRAUX DE L'ÉCOLE ANGLAISE

(Comférence donnée à l’Académie de Musique de Québec, le 26 juin 1877, sur l'invitation du Club Canadien.)

Une brochure du temps, publiée à Québec aux ateliers de l’Evénement, contient l'appréciation suivante de cette conférence, qui a eu un retentissement extraordinaire et qui fait désormais partie des chefs-d’œuvre de l’éloquence canadienne:

Jamais, depuis les grands triomphes oratoires de M. Papineau, on avait vu un pareil auditoire, un public aussi intelli gent, aussi cultivé et éclairé, se précipiter au devant d'un orateur venant lui parler de libertés politiques et lui exposer la vraie théorie du régime constitutionnel, ce régime aux progrès successifs, mûrement élaborés, lents et sûrs, expression raisonnée, ferme et pacifique de la marche d’un peuple vers des destinées meilleures.

Depuis de longues, oui, de bien longues années, nous avions perdu l'habitude d'entendre un homme public parler d'autre chose que de ses adversaires, des mérites de son parti, des crimes de ceux qui lui font opposition, des mille petites chicanes qui sont la monnaie courante des discoureurs. Il nous manquait la théorie, le sens des principes constitutionnels, la thèse qui établit, qui démontre et qui élucide.

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En un seul jour M. Laurier s'est placé à la hautour de l'homme d'état et nous a ramenés aux notions saines et viriles qni, d'âge en âge se développant, ont fait du régime constitutionnel le modèle de tous les gouvernements.

L’auditoire semblait avoir été choisi, tant il y avait de notabilités de tout genre se pressant, se disputant une place pour entendre le chef désormais accrédité des libéraux canadiens, pressentant l'immense portée de ses paroles, et toutes prêtes à les recueillir comme la formule éloquente, comme le code précis, net et lumineux de nos institutions.

On était venu de toutes parts, de tous les districts environnants, et jusque de St. Hyacinthe et de Montréal, pour assister à cette fête unique dont le spectacle a été aussi imposant qu'instructif. Les premiers hommes du pays, appartenant à la magistrature, au barreau, à toutes les professions libérales, au commerce, à l’industrie, aux métiers,—car il n'y avait pas d’exceptions pour ce que l'on considérait comtne une grande démonstration nationale—s'étaient donné rendez-vous pour encombrer la salle où M. Laurier faisait sa conférence et pour mêler leurs applaudissements, sans distinction d'opinions, de partis ou de trance

Il y avait plus de deux mille personnes rassemblées dans une salle qui en contient à peine douze cents dans les occasions les plus chères au public ; les gardiens des portes, envahis par un flot montant et grossissant sans cesse, avaient renoncé à recevoir les billets d'entrée ; la foule était trop nombreuse et trop avide pour attendre ; on ne pouvait pas la contenir ni la soumettre aux réglements ordinaires, il a fallu de bonne heure lui laisser libre cours et lui abandonner toutes les issues ; la grande porte centrale elle-même, toujours fermée, même dans les plus attrayantes circonstances, et qui ne mesurejpas moins de vingt pieds de largeur, avait dû être laissée toute grande ouverte, et les gradins qui mènent de cette porte au plancher de la salle étaient littéralement inondés d’auditeurs qui se prêtaient appui pour tenir le plus profond silence, afin de nerien perdre des paroles qu'ils venaient entendre.

11 y avait quelque chose de magnifique dans le spectacle de cette foule attentive et en même temps enthousiaste, qu voulait applaudir à chaque phrase de l’orateur et qui se contenait malgré elle, pour ne rien perdre de ce qu'il lui disait, de ce qu’il lui démontrait; car le discours de M. Laurier a été une démonstration en même temps qu'une harangue ; il a été une exposition éclatante et vivante de ce que sont les véritables principes libéraux, si méconnus, si dénaturés, si calomniés, et que l’on veut assimiler en vain aux élucubrations funestes du libéralisme européen.

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On peut dire que ce discours ouvre une ère nouvelle dans notre politique. Il l'affranchit des coteries, de toutes les misérables petitesses qui constituent l'aliment quotidien des partis qui se disputent sur des riens ou pour des satisfactions passagères ; le libéralisme, envisagé à ce point de vue, devient une grande et féconde thèse qui le débarrasse des accusations vexatoires, et qui rend son action salutaire en même temps qu'il l'élève à la hauteur d'une théorie sociale.

L'événement du 26 juin est pour nous surtout, Canadiensfrançais, un sujet d'orgueil et de superbe encouragement, On nous à crus Jusqu'ici inpropres à la vie parlementaire, et l'on a eu trop souvent raison, tant notre éducation est peu de nature à nous donner le tempérament nécessaire, tant notre conduite dans les circonstances politiques trahit cette lacune de l'éducation, et tant notre presse, presque uniquement occupée de querelles secondaires où les personnes sont seulesy en cause, semble en avoir peu l’intelligence.— Mais il ne faut pas confondre une certaine inexpérience avec de l’inaptitude, et les Canadiens-français ont démontré, dans la soirée désormais mémorable du 26 juin, qu'ils pouvaient, tout aussi bien que leurs concitoyens d’origine anglaise, comprendre le jeu et saisir la portée des institutions représentatives, lorsqu'ils leur sont exposés avec la clarté, la méthode lumineuse, l'argumentation calme autant qu'éloquente, en un mot avec le sens exact qu'a déployés M. Laurier dans tout lo cours de sa conférence.

Cette conférence n'a pas été une simple plaidoirie en faveur d'un parti politique, comme on pouvait s'y attendre en toute justice, elle à été une définition des choses, des choses depuis si longtemps oubliées pour les mots, et nous a ramenés par l'histoire, par l'exemple des libéraux de la Grande-Bretagne, et par l'aperçu de la marche progressive des institutions, au sentiment des principes, guides indispensables dont nous contemplons tristement le naufrage de plus en plus profond dans les chicanes journalières de la vie publique.

C'est de la reconnaissance que ses compatriotes doivent maintenant à M. Laurier, après l'hommage éclatant qu'ils jui ont rendu. Ils lui devront d'avoir soulagé la conscience populaire des accablantes doctrines qu'on veut lui imposer, et qui sout la négation absolue de tout principe constitutionnel ; ils lui devront d'avoir ouvert une voie et montré la route à suivre, bienfait inestimable pour un peuple égaré dans toute espèce de brouillards, en proie à toutes les incertitudes ; ils lui dovront enfin de les avoir rendus au sain amour du libéralisme, co glorieux et immortel penchant qui a été le salut des peuples et auquel ses adversaires ont rendu hommage, dans tous les âges, par la concession des réformes nécessaires et par la reconnaissance de droits populaires longtemps combattus et désormais inaliénables,

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C'est donc une sorte d'apostolat dont M. Laurier a jeté les premières semences dans la soirée du 26 juin. A nous d'en suivre avec un soin jaloux les développements et de les recueillir au t-mps de la moisson. A nous de marcher sans crainte et sans hésitation, ‘{ le front haut, ” comme dit l’orateur libéral, et avec l’orgueil de nos principes. Nous savons où nous allons désormais ; nous n'’allons pas aux cataclysmes révolutionnaires ; le libéralisme est dégagé de ses aspects farouches, de son caractère anti-social et anti-religieux, et il ne garde plus que sa physionomie véritable, celle de l'amour des libertés légitimes et nécessaires, des libertés progressives, qui résultent des conditions naturelles du progrès, et non des brusques poussées en avant que veulent imprimer des esprits dangereux.

Voilà la physionomie qu'a le libéralisme canadien, celle que M. Laurier a indiquée, et celle que nous devrons à l'avenir savoir lui conserver.

Québec, 10 juin 1877.

A M, WILFRID LAURIER, M. P., Arthabaskaville Monsieur,

J'ai l'honneur de vous informer qne les membres du Club Canadien de Québer, club fondé dans un but d'instruction portique. ont décidé, à l’une de ieurs séances, de vous prier de faire une conférence publique à Québec sur le ‘“ Libéralisme politique.’

ous vivons dans un temps où les partis politiques se font une guerre acharnée, guerre de personnalités le plus souvent. Aussi les menibres du Club Canadien ont-ils cru qu’il serait opportun, dans l'intérêt du pays et du parti libéral, de vous inviter à Jeter une nouvelle lumière sur les principes qui dirigent ce parti et le but que ses chefs ont en vue.

Espérant que vous répondrez favorablement à la demande des membres du Club Canadien dont je suis l’iaterprôte,

J'ai l'honneur d'être, Monsieur, Votre très humble et très-dévoué serviteur, ACHILLE LARUE, Président du “ Club Canadien.”

Arthabaska ville, 14 juin 1877.

M. ACHILLE LARUE, Président du Club Canadien, Québec.

Monsieur,

J'ai l'honneur d’accuser réception de votre lettre m’invitant, au nom du Club Canadien, à faire une conférence publique à Québec, sur le ‘‘ Libéralisme politique.’

Je me fais un devoir autant qu'un plaisir d'accepter votre invitation, et, si ce jour convient à votre Club, je fixerai dès maintenant le 26 courant, pour la date de cette conférence.

J’al l'honneur d'être, Votre dévoué serviteur WILFRID LAURIER.

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Monsieur le Président, Mesdames et Messieurs,

Je ne saurais cacher que j'ai accepté avec un certain sentiment de plaisir l'offre qui m'a été faite de venir exposer quelles sont les doctrines du parti libéral, et ce que comporte ce mot de ‘* libéralisme ?” pour les libéraux de la province de Québec.

Je dis que ce n’est pas sans un certain sentiment de plaisir que j’ai accepté ; mais j'aurais certainement refusé si je n'avais regardé qu'aux difficultés de la tâche. Cependant, si les difficultés de cette tâche sont nombreuses et délicates, d’un autre côté je suis tellement pénétré de l'importance qu’il y a pour le nr libéral de définir nettement sa position, devant

’opinivn publique de la province, que cette considération à été p\ "1 moi supérieve à toutes les autres.

En effet, ,e 14 : 7: fais pas illusion sur la position du parti libéral a. : la province de Québec, et je dis de suite qu’il y occupe une pusition fausse au point de vue de l'opinion publique. Je sais que, pour un grand nombre de nos compatriotes, le parti libéral est un parti composé d'hommes à doctrines perverses et à tendances dangereuses, marchant sciemment" et délibérément à la révolution. Je sais que, pour une portion de nos compatriotes, le parti libéral est un parti composé d'hommes à intentions droites peut-être, mais victimes et dupes de principes par lesquels ils sont conduits inconsciemment, mais fatalement, à la révolution. Je sais enfin que pour une autre partie, non pas la moins considérable peut-être de notre peuple, le libéralisme est une forme nouvelle du mal, une hérésie portant avec elle sa propre condamnation.

Je sais tout cela, et c’est parce que je le sais que j'ai accepté de venir devant vous. Je n’ai pas l’outrecuidance de croire que rien de ce que je pourrai dire ici ce soir aura l'effet de dissiper aucun des préjugés qui existent aujourd’hui contre nous ; na seule ambitiun est d'ouvrir la voie, comptant que la voie ouverte sera suivie par d’autres, et que l’œuvre commencée sera complètement achevée ; ma prétention ne va pas au delà.

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Et que personne ne dise que cette manifestation est inutile ou intempestive.

Il n’est ni inutile ni intempestif de combattre les préjugés qui se dressent partout entre nous et l’opinion publique; il n’est ni inutile ni intempestif de définir nettement notre position telle qu’elle est.

Il est vrai que nous avons été assez longtemps déjà devant l’opinion publique, pour qu'elle ait eu l’occasion de nous connaître et de nous apprécier. Mais il est également vrai que si, comme tout parti politique, nous avons eu nos ennemis, plus qu'aucun parti politique nous avons été attaqués. Des ennemis que nous avons, les uns nous ont systématiquement déuigrés, les autres nous ont de bonne foi calomniés. Les uns et les autres nous ont représentés comme professant des doctrines dont l'effet, prévu et calculé pour certains d’entre nous, non entrevu, mais fatal pour les autres, serait le bouleversement de notre société, la révolution avec toutes ses horreurs. C’est pour répondre à ces açgeusations, pour définir notre position, que la démonstration de ce soir a été organisée par le Club Canadien.

D'après ma manière de voir, le moyen le plus efhcace, le seul moyen de mettre à néant ces accusations, de défendre nos idées et nos principes, c’est de les faire connaître. Oui, j'en suis convaincu, la seule exposition de nos principes en sera la meilleure comme la plus éloquente apologie.

Et quand nous nous serons fait connaître tels que nous sommes, quand nous aurons fait connaître nos principes tels qu’ils sont, nous aurons, je crois, obtenu ur double résultat, Le premier sera d'amener à nous tous les amis de la liberté, tous ceux qui avant comme après 1837, ont travaillé pour nous obtenir le gouvernement responsable, le gouvernement du peuple par le peuple, et qui, cette forme de gouvernement établie, se sont éloignés de nous, par crainte que nous ne fûssions ce que l’on nous représentait, par crainte que la réalisation des idées qu’on nous attribuait n’amenûât la destruction du gouvernement qu’ils avaient eu tant

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nos ennemis véritables, tous ceux qui au fond sont des ennemis plus ou moins déguisés de la liberté, non plus à en appeler contre nous aux préjugés et à la peur, mais à se présenter franchement comme nous devant le peuple avec leurs idées et leurs actes.

Et quand la lutte se fera sur les pures questions de principes, quand les actes seront jugés d’après les pensées qui les inspirent, et les pensées d’après leur valeur propre ; quand on ne craindra plus d’accepter ce qui est bien ou de rejeter ce qui est mal, de peur qu’en acceptant ce qui est bien, en rejetant ce qui est mal, on ne rende trop fort un parti à doctrines perverses et à tendances dangereuses, 11 m'importe peu de quel côté sera alors la victoire. Quand je dis qu’il m'importe peu de quel côté sera la victoire, je n’entends pas dire que je suis indifférent au résultat de la lutte. Je veux dire ceci: si la lutte tourne contre nous, l'opinion exprimée sera la libre expression du peuple ; mais j’en ai la conviction, un jour viendra où nos idées, jetées en terre, germeront et porteront leurs fruits, si la semence en est saine et juste.

Oui, j’en ai la confiance, j’en ai la certitude, si nos idées sont justes comme je le crois, si nos idées sont une émanation du vrai éternel et immuable, comme je le crois, elles ne périront pas ; elles peuvent être rejetées, honnies, persécutées, mais un jour viendra où on les verra germer, lever et grandir, lorsque le soleil aura fait son œuvre et suflisamment préparé le terrain,

J'ai déjà signalé quelques-unes des accusations que l’on fait circuler contre nous, je reviendrai encore sur ce sujet, car c’est là le point le plus important. Toutes les accusations portées contre nous, toutes les objections à nos doctrines, peuvent se résumer dans les propositions suivantes : Lo, le libéralisme est une — furme nouvelle de l'erreur, une hérésie déjà virtuellement condamnée par le chef de l’église ; 20. un catholique ne ‘ad pas être libéral.

Voilà ce que proclament nos adversaires.

M. le président, tous ceux qui me font en ce moment l'honneur de m’écouter me rendront cette

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justice que je pose la question telle qu’elle est, et que e n’exagère rien. Tous me rendront cette justice que je reproduis fidèlement les reproches qui nous sont tous les jours adressés. Tous admettront que c’est bien là le langage de la presse conservatrice.

Je sais que le libéralisme catholique a été condamné par le chef de l’église. On me demandera :

west-ce que le libéralisme catholique ? Sur le seuil

e cette question, je m’arrête. Cette question n’entre pas dans le cadre de mon sujet ; au surplus, elle n’est pes de ma compétence. Mais je sais et je dis que le ibéralisme catholique n’est pas le libéralisme politique. S'il était vrai que les censures ecclésiastiques portées contre le libéralisme catholique dussent s’appliquer au libéralisme politique, ce fait constituerait pour nous, Français d’origine, catholiques de religion, un état de chose dont les conséquences seraient aussi étranges que douloureuses.

En effet, nous Canadiens-français, nous sommes une race conquise. C’est une vérité triste à dire, mais enfin c’est la vérité. Mais si nous sommes une race conquise, nous avons aussi fait une conquête : la cunquête de la liberté. Nous sommes un peuple libre ; nous sommes une minorité, mais tous nos droits, tous nos privilèges nous sont conservés. Or, quelle est la cause qui nous vaut cette liberté ? C’est [a constitution qui nous a été conquise par nos pères, et dont nous jouissons aujourd’hui. Nous avons une constitution qui place le gouvernement dans le suffrage des citoyens ; nous avons une constitution de nous a été octroyée pour notre propre protection. Nous n’avons pas plus de droits, nous n’avons pas plus de privilèges, mais nous avons autant de droits, autant de privilèges que les autres populations qui composent avec nous la famille canadienne. Or, il ne faut pas oublier que les autres membres de la famille catadiénne sont partagés en déux partis : le parti libéral et le parti conservateur.

Maintenant, si nous, qui sommes catholiques, nous n'avions pas le droit d’avoir nos préférences, -si nous n'avions pas le droit d’appartenir au parti libéral, il

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arriverait de deux choses l’une: ou nous serions obli-

és de nous abstenir complètement de prendre part à 2, directivn des.affaires de l’état, et alors, la constitutivn,—<cette constitution qui nous a été octroyée pour nous protéger—ne serait plus entre nos mains qu'une lettre morte; ou nousserions obligés de prendre part à la direction des affaires de l’état sous la direction et au profit du parti conservateur, et alors, notre action n'étant plus libre, la constitution ne serait encore entre nos mains qu’une lettre morte, et nous aurions par surcroît l’ignominie de n’être plus, pour ceux des autres membres de la famille canadienne qui composent le parti conservateur, que des instruments et des comparses.

= Ces conséquences absurdes, maïs dont personne ne pourrait contester la rigoureuse exactitude, ne montrent-elles pas jusqu’à l’évidence à quel point est fausse l’assertion qu’un catholique ne saurait appartenir au parti libéral ?

Puisque la Providence a réuni sur ce coin deterre des populations différentes d’origine et de religion, n'est-il pas manifeste que ces populations doivent avoir ensemble des intérêts communs et identiques, et

ue, sur tout ce qui touche à ses intérêts, chacun est libre de suivre soit le parti libéral, soit le parti conservateur, suivant que sa conscience lui dicte de suivre l’un ou l’autre parti ?

Pour moi, J’appartiens au parti libéral. Si c'est © un tort d’être libéral, j'accepte qu’on me le reproche; si c’est un crime d’être libéral, ce crime, j’en suis coupable. Pour moi, je ne demande qu’une chose, c’est que nous 8s0yons jugés d après nos principes. J'aurais honte de nos principes, si nous n’osions pas les exprimer; notre cause ne vaudrait pas nos efforts pour la faire triompher, si le meilleur moyen de la faire triompher était d’en cacher la nature. Le parti libéral a été vingt-cinq ans dans l'opposition, qu’il y soit encore vingt-cinq ans, si le peuple n’est pas encore arrivé à accepter ses idées, mais qu’il marche le front haut, bannières déployées, à la face du pays!

Il importe cependant avant tout de s’entendre sur

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la signification, la valeur et la portée de ce mot ‘ libéral ”, et de cet autre mot ‘‘ conservateur ”.

J’affirme qu’il n’est pas une chose si peu connue en ce pays par ceux qui l’attaquent que le libéralisme. Il y a plusieurs raisons à cela.

Nous n'avons été initiés que d’hier aux institutions représentatives. + La population anglaise comprend le jeu de ces institutions en quelque sorte d’instinct, en outre par suite d’une expérience séculaire. Notre population, au contraire, ne les connaît guère encore. L'éducation ne fait que de commencer à se répandre parmi nous, et pour ceux qui sont instruits, notre éducation française nous conduit naturellement à étudier l’histoire de la liberté moderne, non pas dans la terre classique de la liberté, non pas dans l’histoire de la vieille Angleterre, mais chez les peuples du continent européen, chez ïes peuples de même origine et de même religion que nous. Et là, malheureusement, l’histoire de la liberté est écrite en caractères de sang, dans les pages les plus navrantes que contiennent peut-être les annales du genre humain. Dans toutes les classes de la snciété instruite, on peut voir, effrayées par ces pages lugubres, des âmes luyales qui regardent avec terreur l'esprit de liberté, s’imaginant que l'esprit de liberté doit produire ici les mêmes désastres, les mêmes crimes que dans les pays dont je parle. Pour ces esprits de bonne foi, le seul mot de libéralisme est gros de calamités nationales.

Sans blâmer tout à fait ces craintes, mais sans nous en laisser effrayer, remontons jusqu’à la source même, et examinons avec calme ce qui se trouve au fond de ces deux mots: libéral, conservateur. Quelle idée cache ce mot de libéral qui nous à valu tant d’anathèmes ? Quelle idée cache ce mot de conservateur, qui semble tellement consacré qu’on l’applique modestement à tout ce qui est bien? L'un est-il, comme on le prétend, comme de fait on l’affirme tous les jours, l'expression d’une forme nouvelle de l'erreur? L'autre est-il, comme on semble constamment l’insinuer, la définition du bien sous tous ses aspects? L’un est-il la révolte, l’anarchie, le désordre? L'autre est-

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il le seul principe stable de la société? Voilà des questions qu’on 8e pose tous les jours dans notre pays. Ces distinctions subtiles que l’on retrouve sans cesse dans notre presse ne sont pourtant pas nouvelles. Elles ne sont que la répétition des rêveries de quelques publicistes de France, qui, renfermés dans leur cabi net, ne voient que le passé et critiquent amtrement tout ce qui existe aujourd’hui, pour la raison que ce qui existe aujourd’hui ne ressemble à rien de ce qui a existé autrefois.

Ceux-là disent que l’îdée libérale est une idée nouvelle, et ceux-là se trompent. L'idée libérale, non plus que l’idée contraire, n’est pas une idée nouvelle ; c’est une idée vieille comme le monde, que l'on retrouve à chaque page de l’histoire du monde, mais ce n’est que de nos jours qu'on en connait la force et les lois, et qu’on sait l'utiliser. La vapeur existait avant Fulton, mais ce n’est que depuis Fultun qu'on connait toute l'étendue de sa puissance et qu'on sait lui faire produire ses merveilleux effets. C’est la combinaison du tube et du piston qui est l'instrument dont on se sert pour utiliser la vapeur ; c’est la forme des gouvernements représentatifs qui a révélé au monde les deux principes libéral et conservateur, et cette forme de gouvernement est l'instrument qui leur fait rendre tous leurs effets.

Sur quelque sujet que ce soit, dans le domaine

des choses humaines, le vrai ne se manifeste pas également à toutes les intelligences. Il en est dont le regard plonge plus loin dans l'inconnu, mais embrasse moins à la fuis ; il en est d’autres dont le regard, s’il est moins pénétrant, aperçoit plus nettement dans la sphère où il peut s'étendre, Cette distinction primordiale explique de suite jusqu’à un certain point l’idée libérale et l’idée conservatrice. Par cette seule raison, le même objet ne sera pas vu sous le même aspect par des veux différents ; par cette seule raison, les uns prendront une route que les autres éviteront, quand cependant les uns et les autres se proposeront d'arriver au même but. Mais il y a une raison concluante qui explique clairement la nature, la raison d’être et le pourquoi

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des deux différentes idées. Macaulay, dans son histoired'Angleterre, en donne la raison d’une manière admirable de clarté. Parlant de la réunion des chambres ‘our la seconde session du Long Parlement, sous Phares ler, le grand historien s'exprime ainsi :

De ce jour date l'existence organique des deux grands partis qui, depuis, ont tonjours alternativement gouverné le \a vérité, la distinction, qui alors devint évidente, a toujours existé. Car cette distinction a son origine dans la diversité de tempéraments, d’intelligences, d'intérêts, qu'on retrouve dans toutes les sociétés, et qu'on y retrouvera aussi longtemps que l'esprit humain sera attiré dans des directions opposées, par le charme de l'habitude ou par le charme de la nouveauté. Cette distinction 86 retrouve, non pas seulement en politique, mais dans la littérature, dans les arts, dans les sciences, dans la chirurgie, dans la mécanique, dans l'agriculture, jusque dans les mathématiques. Partout il existe une classe d'hommes qui s’attachent avec amour à tout ce qui est ancien, et qui, même lorsqu'ils sont convaincus par des arguwents péremptoires qu’un changement serait avantageux, n’y consentent cependant qu'avec regret et répugnance. trouve aussi partout une autre classe d'hommes exuérants d'espérance, hardis dans ieurs idées, allant toujours de l'avant, prompts à discerner les imperfections de tout ce qui existe, estimant peu les risques et les inconvénients qui accompagnent toujours les améliorations, et disposés à regarder tout changement comme une amélioration.

Les premiers sont les conservateurs ; les secunds Voilà le sens réel, l’explication véritable et du principe libéral et du principe conservateur. Ce sont deux attributs de notre nature. Comme le dit admirablement Macaulay, on les retrouve partout : dans les arts, dans les sciences, dans toutes les branches ouvertes à la spéculation humaine ; mais c’est en politique qu'ils sont le plus

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sont les libéraux.

apparents.

Ainsi, ceux qui eundamnent le libéralismecomme une idée nouvelle n’ont pas réfléchi à ce qui se passe chaque jour sous leurs yeux. Ceux qui condamnent le libéralisme comme une erreur n’ont pas réfléchi qu’ils s’exposaient, en le faisant, à condamner un

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