INTRODUCTION
M. le professeur Wilh. Blasius, directeur du Musée ducal de Brunswick et fils du célébre mammalogiste | J.-B. Blasius, a publié, sous le titre ci-dessus traduit (2), une monographie très concise des Visons, dans laquelle | les caractères des sous-genres du genre Putois (Putorius | G. Cuvier) et ceux des espèces du sous-genre Vison
(1) Wilh. Blasius a adopté le nom générique de Fætorius Keyserling et Blasius (1840). Je le remplace, d’après la loi de priorité, par le nom plus ancien de Putorius G. Cuvier (1817).
. (2) « Der japanische Norz, Fælorius ilatsi (Temm.), in seinen Bezieh
ungen zu den übrigen Arten der Gattung Fætorius im Allgemeinen und der Untergattung Lutreola im Besondern (Sep. Abdr. aus dem XIII. Bericht der Naturforschenden Gesellschaft in Bamberg) ». 1884, 89, 34 p.
(Zutreola Keyserling et Blasius) sont étudiés avec méthode et précision. La lecture de ce mémoire m'a fait changer d'avis sur la valeur systématique du Vison d'Europe (Pulorius lutreola Linné), que j'avais regardé jusqu'alors (1) comme spécifiquement identique au Vison d'Amérique. En donnant ici, de ce mémoire, une analyse très détaillée et dans laquelle les passages les plus importants seront intégralement traduits, j'ai l'espoir derendre service au moins à ceux des naturalistes français qui ne lisent que péniblement et lentement l'allemand ; et ceuxlà, parmi lesquels j'ai le regret de me compter, sont malheureusement trop nombreux. A cette analyse, je joindrai des observations et appréciations personnelles.
Mustela iaitsi a été décrit pour la première fois par Temminck, en 1842, dans la Fauna japonica de Siebold. Le nom d’J{atsi ou Ilatchi est celui que les Japonais donnent à l'espèce, et c’est par une faute d'impression qu’il a été changé en celui de Mais: dans la pl. 7 (fig. 1 et 2) de l'ouvrage précité. C.-G. Giebel (Die Saügethiere, Leipzig [1859], p. 799) a rapporté cette espèce au Putois commun (Mustela putorius Linné), tandis que J.-E. Gray in Proc. Zool. Soc. Lond. |1865], p. 117, et Catalogue of Carnivorous etc. [1869], p. 94), qui, une deuxième fois et encore par une faute d'impression, défigurait le nom de l’espèce en l'écrivant #alsr, a regardé celle-ci comme identique au Mustela sibirica Pallas. Elliot Coues (Fur-
(1) Sur le Vison de France, in Le Naturalisle, 1° janvier 1885, p. 3. — Un mammifère nouveau dans le département de la Gironde, in Journ. d'Hist. nat. de Bordeaux et du Sud-Ouest, 31 mars 1886, p. 40.— Présence du Vison dans la Gironde, in Proc. verb. Soc. linn. Bordeaux, 1 avril 1886, p. XXXIX.
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bearing Animals : Mustelidæ; in U.S.Geol. and. Geogr. Surveys, Misc. Publ., v. VIII [1877]) et Reinhold Hensel (Craniologischen Sludien, in Nova Acta d. Ksl. Leop. Carol. Deutsch. Akad. d. Naturf., Bd. XLII [1881|, p. 185) ont adopté l'opinion de Gray. Cependant David Brauns (On the syslematic Position of the Itachi, in Asialic Society of Japan, v. VII [1880], p. 416; aussi in Zenaischen Zeüschr. f. Naturwiss., Bd. XIV [1880], p. 977) faisait voir la très proche parenté de l'espèce du Japon avec notre Vison d'Europe et concluait même à l’identité spécifique des deux. Quant à Mustela sibirica Pallas, Reinh. Hensel a établi que ses caractères crâniens le rattachaient non pas aux Visons, comme pensait Gray, mais aux Hermines et aux Belettes, et c'est aussi à cette manière de voir que Wilh. Blasius a été conduit par ses recherches personnelles. Ainsi, les trois groupes primitivement établis par Keyserling et J.-B. Blasius (Dre Wirbellhiere Europa’s, 1 [1840], p.68), Putois, Belettes
et Visons, se disputent l'honneur de la plus proche parenté avec l'espèce japonaise, et les prétentions des deux derniers semblent solidement appuyées. C’est dans ces circonstances que Wilh. Blasius, ayant à sa disposition de riches matériaux , a entrepris l'étude analysée
Après avoir énuméré les dix-sept spécimens de Puito rius italsi qu'il a entre les mains, donné leurs références et désigné chacun d'eux par une lettre de l'alphabet qui permettra de les citer individuellement dans le courant du mémoire, l’auteur résume ainsi le résultat de leur examen: « Puiorius ilaisi appartient très certainement au groupe des Visons {s. g. Lutreola Coues ou Vison Gray), mais il se distingue des deux autres espèces de Visons (Puiorius lutreola Linné, d'Europe, et Putorius son Brisson, de l’Amérique du Nord), lesquelles, comme on sait, sont bien réellement distinctes, plus nettement encore que celles-ci l’une de l’autre ». Il développe la première de ces propositions dans le chapitre suivant :
Pourquoi Putorius itatsi APPARTIENT-IL AU GROUPE DES VISONS ?
Wilh. Blasius divise le genre Puiorius en cinq sousgenres, lesquels ne coïncident pas absolument avec ceux qu'admettaient Coues ou Gray. D'abord, il convient. comme l’a démontré Hensel (7. c., p. 158), de réunir au sous-genre Pulortus le sous-genre Cynomyonax Coues, créé pour l'espèce nigripes Aud. et Bachm. Restent les trois groupes distingués par Keyserling et Blasius, savoir : celui des Belettes et Hermines (Gale), celui des Putois (Putorius, représenté en Amérique par une seule espèce,
P. nigripes) et celui des Visons (Zutreola), groupes qui
ont été plus tard élevés au rang des sous-genres et pourvus de noms scientifiques, et que Gray a conservés sous les noms de Mustela, Pulorius et Vison. Un quatrième sous-genre a été créé par Gray pour les espèces à plantes nues, soit nudipes Fr. Cuvier, katiah Hodgson , strigidosus Hodgson et africanus (1) Desmarest, et il est adopté par Wilh. Blasius, malgré les doutes exprimés par Hensel, et quand bien même quelques espèces devraient en être retirées pour être portées parmi les Belettes ; celles-ci, d’ailleurs, doivent comprendre aussi des espèces, comme P. sibiricus, par exemple, que Gray plaçait parmi les Visons. Enfin, Wilh. Blasius, pour l'espèce
(1) Dans mon Catalogue des Mammifères de Barbarie (in Act. Soc. linn. Bordeaux, XXXIX (1885), p. 243), j'ai regardé P. africanus Desmares et P. numidicus Pucheran comme synonymes ; mais, ainsi que l’a fait remarquer Trouessart (/oc. cil., p. 245) et comme j'ai pu m’en convaincre, depuis, par l’examen des deux types, conservés au Museum de Paris, l'espèce de Desmarets et celle de Pucheran sont parfaitement disunctes. J’ajouterai que la première, autant qu'il m'a été permis d’en juger per l'examen d'une peau montée et irès ancienne, m'a paru avoir réelleent la plante des pieds nue entre les tubercules, caractère qui, à mon avis, suffirait parfaitement à valider le sous-genre Gymnopus Gray.